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Politique

Un homme qui a faim…

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La Charte du Mandé, qui aurait été établie entre 1190 et 1255, au temps de l’empereur Soundjata Kéïta, proclame que « la faim n’est pas une bonne chose, l’esclavage non plus n’est pas une bonne chose. » Félix Houphouët-Boigny, notre premier président que tout le monde qualifiait de sage et qui mourut en 1993 avait lui aussi l’habitude de nous dire que « l’homme qui a faim n’est pas un homme libre. » la Charte du Mandé n’est pas très connue du grand public et nous avons commencé à oublier Houphouët-Boigny et ce qu’il nous disait.

Que nous enseignent la Charte du Mandé et Félix Houphouët-Boigny ? Qu’il est primordial pour tout homme, et à fortiori pour tout peuple, d’assurer son autosuffisance alimentaire. Ils nous disent qu’un peuple qui n’arrive pas à se nourrir tout seul, n’est pas libre et est un peuple esclave. Et si nous regardons l’évolution des peuples, ils n’ont commencé à s’industrialiser que lorsqu’ils ont eu fini de régler le problème de leur alimentation. Il en fut ainsi de l’Europe, de la Russie, de l’Amérique, du Japon, de la Chine, de l’Inde… A propos du Japon, je vous recommande un excellent film sorti en 1983 et qui obtint la Palme d’or à Cannes, intitulé « la ballade de Narayama ». Il décrit la vie dans le Japon médiéval. Il y avait alors si peu à manger dans les campagnes que lorsque les hommes et les femmes atteignaient l’âge de 70 ans, leurs enfants devaient les déposer sur la montagne de Narayama pour qu’ils y meurent. Aujourd’hui, le Japon, bien qu’ayant une superficie à peu près équivalente à celle de la Côte d’Ivoire, avec plus de la moitié des terres occupées par des montagnes souvent volcaniques, avec une population de plus de 100 millions d’habitants, ce pays se suffit à lui-même sur le plan alimentaire, au point d’interdire l’importation du riz.

Depuis quelque temps nous avons découvert à quel point l’Afrique est dépendante des autres pour son alimentation. Et dans notre pays, la grande affaire du moment est la déclaration de Bébi Philippe lors du concours de Miss Côte d’Ivoire selon laquelle la vie serait devenue trop chère dans notre pays. Nous lui avons répondu qu’il fallait tenir compte des facteurs exogènes tels que la guerre entre la Russie et l’Ukraine, du fait que ces deux pays sont, pour la Russie, le premier producteur au monde de pétrole, et pour les deux, les principaux fournisseurs de céréales et d’engrais aux pays africains. On pourrait aussi ajouter le renchérissement du coût du transport maritime.

Mais nous ne devons pas oublier les facteurs endogènes, si nous voulons être justes. La Côte d’Ivoire et la plupart des pays côtiers africains sont pourvus de terres très fertiles, traversées par de grands cours d’eau. Mais à quoi sont consacrées ces terres ? Pendant longtemps en Côte d’Ivoire, ce fut le café et le cacao, à côté de produits vivriers. Puis, l’on élimina progressivement les cultures vivrières pour les remplacer par de l’hévéa, du palmier à huile, de l’anacarde. Depuis quelque temps, l’on a commencé à utiliser les dernières terres cultivables à chercher de l’or. Et cet orpaillage, qui a pris tout le pays et même les pays voisins, ne détruit pas seulement les terres, mais aussi les eaux. Tous nos cours d’eau commencent à être empoisonnés par les produits que les orpailleurs utilisent pour trouver de l’or. Dans la plupart de nos villages, plus aucun jeune homme ne veut aller travailler dans les champs ou même aller à l’école, pris qu’ils sont tous par la fièvre de l’or.

Pour nous résumer, toutes nos bonnes terres sont aujourd’hui occupées à la culture de cacao, café, hévéa, palmier à huile, anacarde, et à la recherche de l’or. Rien de tout cela ne se mange. Et personne ne s’est posée la question de savoir ce que tous ceux qui produisent l’or, l’hévéa, le cacao et tout le reste vont manger. Faut-il s’étonner que les prix des denrées alimentaires grimpent sur les marchés ? Russes et Ukrainiens qui nous vendaient la farine et l’engrais sont en guerre. Le président de l’Union africaine est allé supplier Vladimir Poutine pour qu’il « science » notre cas, pour parler comme Bébi Philippe, mais pour le moment la situation n’a pas beaucoup changé. Nos jeunes ne veulent plus aller faire des buttes d’ignames ou planter du riz. Ils préfèrent chercher de l’or. Comment on va faire ? Tous les artistes et sportifs auront beau dénoncer la cherté de la vie, cela ne changera rien. Si nous ne nous mettons pas résolument à changer nos façons de voir notre agriculture, nous aurons toujours faim et nous ne serons jamais libres.

Venance Konan





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