2 semaines après sa première visite au Burkina en qualité de médiateur de la CEDEAO, Mahamadou Issoufou, l’ancien président nigérien, est attendu de nouveau aujourd’hui à Ouagadougou. A 48 heures d’un nouveau sommet de l’organisation régionale avec pour principal sujet à l’ordre du jour le retour à une vie constitutionnelle normale au Mali, en Guinée et au Burkina, Mahamadou Issoufou a besoin de mettre de l’ordre dans ses notes pour son rapport aux chefs d’Etat.
Outre le médiateur de la CEDEAO, les autorités burkinabè sont aussi en état de veille pour répondre à l’exigence de l’organisation régionale d’avoir un calendrier électoral pour sortir de la transition. Mercredi dernier, le Premier ministre Albert Ouédraogo s’est essayé à un exercice oral pour informer la classe politique du projet d’agenda électoral que le gouvernement burkinabè va présenter au médiateur Mahamadou Issoufou avant le sommet d’Accra du 3 juillet prochain.
Le moins qu’on puisse dire de ce projet électoral, c’est que le gouvernement de Paul-Henry Damiba n’a pas changé d’un iota sa volonté de conduire une transition de 36 mois. En effet, devant un parterre des principaux leaders politiques du Burkina, le Premier ministre Albert Ouédraogo a indiqué, pour citer les dates les plus importantes, qu’un référendum constitutionnel était prévu en décembre 2024 et le premier tour de l’élection présidentielle, le 25 février 2025.
Le président Damiba, son gouvernement et les experts qui avaient été commis pour concevoir un calendrier électoral ont-ils maintenu la barre haut pour la fin de la transition afin d’avoir une marge de négociation avec la CEDEAO ? Quoi qu’il en soit, il y a une grogne d’une partie de la classe politique, notamment l’ancienne majorité, qui dénonce son ‘’exclusion’’ de la conception du chronogramme de sortie de transition. Par la voix du président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), elle fustige la rencontre d’information du gouvernement avec la classe politique, la qualifiant de «spectacle pour faire plaisir à la CEDEAO ».
Faire plaisir à la CEDEAO, le mot est lâché, car l’épée de Damoclès d’une aggravation des sanctions de l’organisation régionale est toujours suspendue sur le Burkina.
Faire plaisir à la CEDEAO ! Peut-être bien qu’à Bamako, Assimi Goïta et ses partisans jouent la même carte, eux qui ont enfin donné une lisibilité sur un chronogramme électoral pour sortir de la transition. En effet, à une semaine du prochain sommet extraordinaire de la CEDEAO, les autorités maliennes ont annoncé l’adoption d’une nouvelle Constitution en mars 2023 et l’élection présidentielle en février 2024. Cet agenda électoral est-il à même d’amadouer les chefs d’Etat de la CEDEAO pour qu’ils allègent les sanctions qui pèsent sur le Mali ? On attend de voir.
A Conakry, la junte au pouvoir, elle aussi, attend de voir si la CEDEAO se satisfera de son calendrier électoral qui prévoit la fin de la transition dans 36 mois. En tout cas, elle a déjà appelé les autorités guinéennes à revoir leur copie et il se susurre à Conakry que le pouvoir, après avoir récusé le médiateur de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, marche sur des œufs pour éviter l’aggravation des sanctions contre la Guinée.
En somme, de Ouagadougou à Conakry en passant par Bamako, les pouvoirs kaki sont en mode calendrier électoral, les uns pour éviter des sanctions plus lourdes, l’autre pour espérer un allègement de ses peines.
Comme quoi, les fruits de la presse de l’organisation régionale mûrissent lentement mais sûrement. Alors, le mode calendrier électoral activé dans ces capitales allumera-t-il des boutons verts au sommet d’Accra ?
Zéphirin Kpoda
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