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Politique

Assises nationales en Guinee : Doumbouya avance-t-Il masqué ?

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Le 28 mars, ont démarré, dans la capitale guinéenne, les Assises nationales à l’initiative du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation. Annoncées depuis belle lurette par le président de la Transition, le colonel Mamadi Doumbouya, ces rencontres qui visent à bâtir « un nouveau cadre institutionnel » pour le pays, avaient fini par prendre tous les contours d’un serpent de mer alors même que les autorités avaient fait de leur tenue, la condition pour fournir à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et par-delà, la communauté internationale, un agenda clair pour un retour à l’ordre constitutionnel normal. L’on ne peut donc que saluer la tenue de ces assises nationales qui devraient permettre de voir plus clair dans le jeu de la junte. Dans la même dynamique, ce forum permet de satisfaire l’une des principales doléances de la classe politique guinéenne qui, depuis l’avènement des militaires au pouvoir, n’a eu de cesse de dire son souhait d’être associée au processus de Transition.

Tout autant que le contenu, le calendrier de ces Assises nationales comporte de nombreuses zones d’ombres

Cela dit, l’ouverture de ces Assises nationales au pays de Ahmed Sékou Touré, suscite de nombreuses interrogations. La première de ces questions est la suivante : quels en sont le contenu et le calendrier ? Alors que le maître de la Guinée a défini ces Assises nationales comme des journées du « pardon et de la réconciliation », aucune information précise n’a été communiquée quant à la manière dont ce volet sera abordé. Cette situation rend sceptiques de nombreux acteurs politiques et partenaires techniques qui attendaient que les Assises nationales s’attaquent à la définition claire d’un chronogramme de la Transition. Tout autant que le contenu, le calendrier de ces Assises nationales comporte de nombreuses zones d’ombres. A ce que l’on dit, le forum pourrait prendre plusieurs semaines sans que l’on sache de façon certaine, quand il prendra fin. D’aucuns n’ont pas tardé à voir dans ce flou artistique savamment entretenu par la junte, des manœuvres pour tirer en longueur la durée de la Transition. En tout état de cause, toutes ces incertitudes soulèvent de vives inquiétudes quant aux résultats dont accouchera ce dialogue national ; tant il est clair, comme le dit le proverbe, que « si l’on ne sait pas ce que l’on cherche, l’on ne peut pas comprendre ce que l’on trouve ». Les inquiétudes sont d’autant plus fondées qu’une partie de la classe politique, composée d’une soixantaine de partis, a décidé de boycotter ces Assises nationales. Si Mamadi Doumbouya veut continuer de bénéficier de la compréhension de ses concitoyens et de la communauté internationale qui attendent un chronogramme clair du processus électoral censé ramener l’ordre constitutionnel en Guinée, il se doit de jouer franc jeu et éviter tout calcul politicien.

On peut se demander si Doumbouya ne s’est pas inscrit dans le scénario malien

Mais l’on peut douter que ces attentes soient en phase avec les ambitions de la junte militaire qui semble dérouler un agenda caché. En effet, l’on peut s’étonner de la définition faite de ces Assises nationales par le colonel Doumbouya. Certes, la Guinée connait des déchirures dans le tissu social et politique mais il s’agit, pour l’essentiel, de questions qui peuvent clairement être prises en compte par la Justice. Si Doumbouya fait le choix du pardon et de la réconciliation au lieu de la justice, l’on ne pourra qu’y lire des manœuvres pour noyer le poisson dans l’eau, c’est-à-dire des manœuvres pour tirer d’affaire des protégés. L’on peut d’ailleurs se demander si cette question de la réconciliation nationale est une priorité dans la mesure où elle n’apparait pas clairement comme une urgence ou une condition à la tenue des élections qui doivent réinstaurer l’ordre constitutionnel en Guinée. Par ailleurs, l’on peut se demander, au regard de toutes les inquiétudes et du jeu du clair-obscur qui entourent ces Assises nationales, si Doumbouya ne s’est pas inscrit dans le scénario malien qui consisterait à faire pondre par le forum, des délais incertains pour la durée de la transition dont la fin pourrait être conditionnée par une feuille de route peu évaluable. Mais une telle éventualité pourrait signifier la fin de l’état de grâce accordé jusque-là à Mamadi Doumbouya et à ses compagnons d’armes, par les Guinéens et la communauté internationale. Et comme au Mali, il faudrait dans ce cas s’attendre à des mesures de rétorsions initiées par la CEDEAO et soutenues par l’Union africaine (UA) et l’ONU même si l’on peut douter de leur efficacité en Guinée qui bénéficie d’un littoral et dont l’économie est très peu intégrée dans celle de la communauté sous-régionale. Mais tout cela relève, pour l’instant, de l’imaginaire et la junte peut encore surprendre très agréablement les Guinéens et tous les partenaires techniques et financiers du pays. Même si l’héroïsme est chose rare dans le landerneau politique en Afrique, il existe des exemples qui peuvent inspirer Mamadi Doumbouya comme celui de Rawlings au Ghana ou encore de Salou Djibo au Niger.

« Le Pays »


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