On ne compte plus les allées et venues du président Goodluck Jonathan au Mali. A la tête d’une délégation de la CEDEAO, il est arrivé hier en début d’après-midi à Bamako pour une visite de travail de 48 heures.
Le seul point à l’ordre du jour de cette visite de travail, c’est de trouver un terrain d’entente avec les autorités maliennes pour un retour à une vie constitutionnelle normale.
On se souvient que la proposition des autorités maliennes d’une transition de 4 à 5 ans avait été rejetée par l’organisation régionale, qui exigeait qu’elles reviennent à un délai raisonnable. Et pour les y contraindre, une batterie de sanctions a mis le pays presque dans une situation de blocus économique avec la fermeture des frontières et des restrictions bancaires et financières.
Un mois et demi après ces sanctions, malgré le verbe haut du gouvernement malien et les manifestations de rue de ses suppôts, beaucoup d’opérateurs économiques font grise mine. Les transactions commerciales sont en berne et le panier de la ménagère, qui souffrait déjà de la vie chère, est loin de voir s’alléger ses factures. Pendant combien de temps encore ?
Sans douter des capacités de résilience des populations maliennes, c’est connu, on peut flatter l’orgueil d’une partie du peuple tout le temps avec de beaux discours mais jamais tout le peuple tout le temps s’il a le ventre vide. Assimi Goïta, Choguel Maïga, Abdoulaye Maïga, Abdoulaye Diop, etc., ont donc tout intérêt à mettre rapidement de l’eau dans leur jus de gingembre avant que l’opinion publique malienne ne tourne casaque.
Cette énième visite de Goodluck Jonathan est donc une opportunité à saisir du côté de Bamako. Les autorités de transition doivent mettre l’émotion sous le boisseau afin qu’émerge la raison du compromis. Elles veulent une levée rapide des sanctions, la CEDEAO veut un délai raisonnable de prorogation de la transition. Les objectifs de chaque partie sont donc clairs. La proposition de l’Union africaine et de l’Algérie d’une transition de 16 mois, celle du président en exercice de la CEDEAO qui table sur 12 mois ou celle de l’opposition malienne qui avance la proposition de 9 mois peuvent constituer une bonne base de discussion.
On croise alors les doigts pour que la ronde des institutions et des personnalités que va faire Googluck Jonathan pendant ce séjour bamakois porte des fruits qui jurent avec le langage peu fleuri affiché par certains décideurs maliens. S’entendre sur un délai raisonnable de prolongation de la transition ne devrait pas être la mer à boire. Quoi qu’il en soit, continuer le bras de fer dans ce dossier serait totalement improductif, que ce soit pour les autorités maliennes ou pour la CEDEAO. Les premières, parce qu’elles pourraient enfermer davantage leur pays dans l’isolement diplomatique et le blocus économique ; la dernière parce qu’elle y joue sa crédibilité et la cohésion dans les rangs des Etats membres.
Pourvu donc que cet énième voyage du président Goodluck Jonathan à Bamako ne soit pas un coup d’épée dans les flots du Djoliba.
Zéphirin Kpoda
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