S’il y a un groupe professionnel qui se réjouit aujourd’hui à Bouaké, dans la deuxième ville ivoirienne, c’est bien les acteurs de la librairie. Contrairement aux années précédentes où ils tiraient difficilement leur épingle du jeu, à cause de la vente parallèle de fournitures scolaires dans presque tous les établissements de la ville, ils clament aujourd’hui que les mesures de la nouvelle ministre de l’éducation nationale leur font du bien.
« L’année passée, tous les enseignants de Bouaké obligeaient les élèves à acheter les livres avec eux-mêmes à l’école. Comme s’ils n’avaient pas de salaire. En fait, il n’y a que le gain qui les intéressait et non l’avenir de nos enfants » a décrié Allassane Koné, propriétaire d’une petite librairie au quartier Air France 1. Mamadi Doumbia, installé aux dans les environs du grand marché en construction, enfonce le clou. Pour lui, ces enseignants qui pratiquaient cette activité sont sans cœur. « Ils ont leur salaire. Par contre nous, nous payons certaines taxes et si nous ne vendons rien, comment allons nous nourrir nos familles ? » , s’est-il interrogé.
Librairies modernes et librairies « par terre »
Au quartier Commerce, centre des affaires, parents d’élèves et élèves se bousculent dans les librairies. Cahiers, livres, stylos et autres effets scolaires sont marchandés. Deux grandes librairies tirent leurs épingles du jeu grâce aux fonctionnaires.
Pour les parents débrouillards, le salut se trouve au niveau des librairies par terre, où l’on revend des vieux livres à des prix abordables. Installés derrière les locaux de la Poste de Côte d’Ivoire, Claude Kouassi et Jam’s affirment recevoir davantage de clients par rapport à l’année dernière. Leurs librairies se résument à deux vieilles grandes tables avec des étagères. « Les affaires vont mieux cette année que l’année dernière où presque la majorité des enseignants s’étaient transformés en libraires », avance Claude Kouassi.
Echanges des vieux livres
Poursuivant, le collègue de Claude soutient pour sa part que les moins nantis préfèrent les anciens livres. Et il en donne les raisons. Selon lui, un parent est autorisé à venir échanger les anciens livres de son enfant qui passe en classe supérieure contre de nouveaux livres moyennant un surplus. « Cela arrange beaucoup les parents d’élèves. C’est une pratique qui est impossible dans une librairie normale », explique Jam’s. Pour que cette transaction soit effective, il faut que le livre soit toujours dans le programme. « J’ai pu échanger 5 livres de la classe de 3ème contre des livres de 2nd C, malheureusement, on me dit que les deux livres d’allemand ne sont plus au programme. Il me faut donc acheter ces nouveau livres aux prix normaux. Dans tous les cas, je me réjouis. S’il fallait que j’achète tous ces livres à la librairie sans échange, avec mes 5 enfants à scolarisés, je ne pense pas que j’allais y arriver », confesse le septuagénaire Konan Joseph. Pour dame Amenan Catherine, la cinquantaine révolue, les librairies par terre leur apportent beaucoup de bonheur. « Suis pas obligée d’aller chez les blancs (allusion faite aux librairies modernes). Même les cahiers et bics, je les ai achetés à la librairie par terre » clame-t-elle.
A noter toutefois que, selon des informations recoupées de plusieurs sources recoupées, l’on trouve toujours des enseignants dans certains établissements qui continuent de vendre des livres aux élèves. « Notre professeur de français dit qu’on doit acheter un livre et c’est lui-même qui vend se livre », dénonce un jeune élève en classe de 3ème dans un établissement de la place. Comme quoi, des brebis galeuses, il y en aura toujours.
Koffi Koffi
Correspondant régional
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