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Côte d’Ivoire. Automobiles. Les vendeurs de “France-au revoir” sont “sur cale” (Enquête express)

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L’interdiction d’importer des véhicules de plus de cinq ans sur le sol ivoirien a fait baisser considérablement le chiffre d’affaires des importateurs de véhicules d’occasion appelés « France au-revoir ». Dans le Grand Centre, plus précisément à Bouaké, le constat, sur plusieurs lieux de vente visités récemment, est triste.

Sur les parkings des revendeurs, l’on ne trouve désormais que de vieux tacots de plus de 20 ans. Des françaises aux japonaises, en passant par les américaines et allemandes, toutes les marques y sont. Sur l’un de ces parkings de vente de « France au revoir » bien connu des Bouakéens, assis dans un petit coin qu’il a aménagé pour en faire un bureau, notre hôte du jour, la quarantaine révolue, nous reçoit et donne quelques explications sur les difficultés que lui et ses collègues rencontrent à ce jour.


« C’est la galère »


Depuis la loi prise pour mettre fin à l’importation des véhicules de plus de 5 ans, « c’est la galère dans notre milieu ». Il rouspète et grogne contre cette loi. « On ne peut même plus vendre plus de deux véhicules dans le mois. Même si on réussit à le faire, c’est juste pour quelques broutilles. Cette loi nous a complètement anéantis. Voyez-vous, je n’ai aucune bonne voiture sur mon parking, à part des véhicules de plus de 20 ans », a tempêté notre interlocuteur qui n’a pas voulu dévoiler son identité.

Selon lui, avant cette loi, il était en contact avec l’un de ses frères qui réside en Europe et qui lui faisait parvenir, par le port d’Abidjan, au moins dix véhicules tous les trimestres. Et ces véhicules « France au-revoir » dont l’âge variait entre 10 et 15 ans, se vendaient comme des petits pains et il s’en sortait bien.

Aujourd’hui, la donne a changé. « Un véhicule de 5 ans est une nouvelle voiture, on ne peut pas se permettre d’enprendre une pour faire des affaires. Nous sommes obligés de passer par d’autres moyens », explique-t-il.


Jeu de cache-cache


“Autres moyens” ? C’est en fait un jeu de cache-cache qui s’engage ainsi entre trafiquants de voitures et forces de l’ordre. Certains n’hésitent pas à franchir le Rubicon de l’illégalité.

C’est un autre revendeur qui nous explique cette méthode risquée et dangereuse. Ils prennent se rendent dans des pays voisins, achètent des véhicules « France au-revoir » non dédouanés, roulent jusqu’en Côte d’Ivoire en prenant des chemins tortueux et dangereux. Ils évitent tous les postes et barrages des forces de défense et de sécurité, jusqu’à la destination finale qui est Bouaké.

Une fois sur place, avec ce véhicule qui a plus de 5 ans d’âge, un nouveau processus commence pour mettre le véhicule “à jour”. C’est cette mesure que T. P. propriétaire d’un parking de véhicules d’occasion et de location-vente qualifie de « baptême ».


Ça passe où ça casse

« Il s’agit de trouver des pièces d’un véhicule de la même marque mais accidenté et irrécupérable pour l’adapter au nouveau. Parfois, ça marche, parfois, c’est l’échec », confesse T. P. dans un éclat de rire. Il souligne que leur bête noire, c’est la SICTA (Société ivoirienne de contrôle technique automobile). Il avoue que les agents de cette société sont incorruptibles et très regardants au niveau du contrôle des numéros de châssis. « Impossible de les tromper », insiste notre informateur.

Joint par téléphone, un agent de cette société qui a requis l’anonymat, a affirmé que la SICTA rencontre effectivement de nombreux cas de fraude de ce genre. Et que ces fraudeurs n’ont aucune chance avec eux. « Il dit vrai mais, quelques rares fois, on réussi à les tromper et le véhicule passe haut la main la visite technique et nous le vendons à prix d’or. En fait, ça passe où ça casse », avoue T.P.

Y. M. est enseignant à Bouaké. Il reconnaît avoir acheté un véhicule par ce truchement. Malheureusement pour lui, les papiers (carte grise du véhicule et ancienne vignette et visite technique) qu’il a achetés à hauteur de 1,5 million de francs CFA, étaient faux. Son véhicule de marque japonaise, de type 4×4, est donc resté garé jusqu’à ce jour. « Plus de deux ans, le véhicule est garé je ne peux pas m’en servir par faute de papier. J’ai perdu beaucoup d’argent dans cette affaire malheureusement je ne peux pas porter plainte parce que depuis le début, je savais que j’étais dans le faux », reconnait l’enseignant.

Koffi Koffi

Correspondant régional





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