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Politique

La CEDEAO doit repenser son rôle

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Dans la foulée du sommet extraordinaire tenu par visioconférence le 8 septembre dernier, sur le coup d’Etat contre le président guinéen, Alpha Condé, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé de dépêcher une mission à Conakry, à l’effet de prendre langue avec les responsables de la junte. Une mission d’évaluation qui intervient après la ferme condamnation de la prise du pouvoir par les armes et au lendemain de la sanction de suspension prononcée contre le pays, en attendant de voir plus clair dans la situation pour aviser. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la CEDEAO est dans son rôle. Même si l’on peut penser que cette mission, si elle ne manque pas d’intérêt, vise aussi à se donner bonne conscience pour ne pas être accusée d’inaction face à un sujet qui l’interpelle au plus haut point. Car, on imagine le peu d’effets que produiront ces sanctions qui ont une force aussi peu coercitive que dissuasive pour d’éventuels apprentis-putschistes sur le continent. En vérité, la CEDEAO a beaucoup perdu de son aura et surtout de sa crédibilité aux yeux de certains Africains.


Il faut croire que la démocratie est véritablement en danger dans la sous-région ouest-africaine

Et ces sanctions a minima contre les putschistes guinéens cachent mal l’impuissance de l’organisation sous-régionale face à la succession des coups d’Etat intervenus dans son espace géographique ces derniers temps. Elle qui avait déjà péché par manque de fermeté face aux tombeurs de Ibrahim Boubacar Kéita au Mali, une année plus tôt. C’est dire si l’institution régionale elle-même, déjà en manque de confiance, joue une fois de plus sa crédibilité ou du moins ce qu’il en reste, face à des populations qui ne cachent plus leur déception. En effet, on se demande à quoi sert encore la CEDEAO si elle est incapable de se faire entendre et de défendre conséquemment sa propre Charte de la démocratie et de la bonne gouvernance fortement malmenée par les fossoyeurs de la démocratie. La question est d’autant plus fondée que son « évangile » de la bonne gouvernance ne passe visiblement pas au niveau des chefs d’Etat qui rusent par ailleurs allègrement avec les règles de l’alternance pour se maintenir indûment au pouvoir. S’il faut en plus qu’elle paraisse un tigre en papier face à des putschistes venus opportunément et prétendument jouer les redresseurs de torts alors qu’il est de notoriété publique que c’est généralement pour assouvir des ambitions personnelles, on se demande s’il n’est pas temps, pour la CEDEAO, de repenser son rôle. Car, si c’est pour rester atone et ne pas pouvoir lever le petit doigt face à la roublardise de chefs d’Etat félons et devoir faire profil bas ou jouer les accompagnateurs de putschistes dans le secret espoir que ces derniers reviennent à de meilleurs sentiments par une dévolution pacifique du pouvoir aux civils, il faut croire que la démocratie est véritablement orpheline et plus que jamais en danger dans la sous-région ouest-africaine, face à des prédateurs obnubilés par leur seul destin.

L’envoi d’une mission d’évaluation en Guinée, est une démarche de prudence

A ce rythme, l’instrument politique que la CEDEAO voulait être, risque de devenir, si ce n’est déjà fait, une coquille vide. Et dans le cas d’espèce de la Guinée où les putschistes semblent adoubés par le peuple, c’est peu dire que la CEDEAO marche pratiquement sur des œufs. Dans ces conditions, il paraît extrêmement difficile pour elle de vouloir faire preuve de fermeté à l’égard des putschistes en vue du rétablissement de l’ordre constitutionnel normal dans de brefs délais. Du reste, quelles exigences nouvelles ou ultimatum peut-elle encore poser quand on sait la mansuétude dont elle a fait montre envers les putschistes maliens ? C’est pourquoi l’on est porté à croire que l’envoi d’une mission d’évaluation en Guinée, est une démarche de prudence visant à préserver sa respectabilité face aux tombeurs d’Alpha Condé qui semblent bien décidés à imprimer le rythme de la transition. Surtout qu’en la matière, ils peuvent surfer sur l’onde de sympathie que leur ont valu de la part du peuple guinéen, leurs premiers actes en termes de libération de prisonniers politiques, de destruction de vestiges de la répression de l’ère Condé comme les fameux postes avancés des forces de l’ordre ou encore de promesse de formation d’un gouvernement d’union nationale sans « chasse aux sorcières ». Autant de faits et gestes de décrispation qui ôtent des arguments à la CEDEAO pour sévir, en attendant de voir la couleur de la transition.

« Le Pays »


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