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Politique

Côte d’Ivoire. Les colons nous écrasaient

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En marchant.C’est aujourd’hui le 7 août, jour de la fête nationale de la Côte d’Ivoire. C’est un jour particulier pour moi et c’est ce jour que j’ai choisi pour vous offrir le premier des 3 extraits (7 août, 7 septembre, 7 octobre) de mon nouveau livre sur les années yéyé en Afrique qui sort le 7 octobre 2021. Pour celles et ceux qui veulent le précommander, vous pouvez le faire dès maintenant sur les sites de vente en ligne comme Amazon, Fnac, etc. En attendant, voilà ce que j’écris à la date du 7 août :

… À 6 ans, je connais déjà les modes et usages de mon quartier. Les yéyés sont les plus en vue. Les garçons portent des chemises à fleurs cintrées à col large avec plein de boutons. Ils veulent ressembler à Johnny Hallyday. Les filles s’habillent en mini-jupe avec des bottes en cuir. Elles veulent faire comme Sylvie Vartan.


Les yéyés de mon quartier écoutent en boucle les succès du couple mythique de la chanson française que déversent à flots Radio Côte d’Ivoire, la seule fréquence du pays, et la RTI, l’unique chaîne de télévision. Face à Johnny Hallyday et Sylvie Vartan, les artistes nationaux font de la… résistance.


Cela a commencé le soir même de la proclamation de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Le 7 août 1960, un infirmier de 23 ans monte sur scène. Lunettes et moustache. Le regard charmeur. Il veut faire carrière dans la chanson. Le public ne s’y trompe pas. La salle est comble. Amédée Pierre séduit fans et curieux. Son morceau Indépendance frappe les esprits :


Les colons nous écrasaient,

En marchant.

Mais avec l’indépendance,

Ils doivent lever le pied.


Le 7 août 1960, un saxophoniste de 27 ans marque aussi de son empreinte les festivités. Lunettes et moustache. Sourire et cheveux courts. Il veut faire carrière dans la musique. Le monde ne le connaît pas encore mais cela ne saurait tarder. Manu Dibango fait rugir son instrument. Le président de la République Félix Houphouët-Boigny esquisse quelques pas de danse. Il a eu du flair en l’invitant.


Le 7 août 1960, Amédée Pierre et Manu Dibango font le spectacle chacun de leur côté, mais ils ne délivrent pas le même son. Avec son orchestre l’Ivoiro Star, l’infirmier privilégie les rythmes du terroir qu’il modernise avec des sonorités pop. Lui-même chante en bété, l’une des soixante et quelques langues du pays.


À l’inverse, le saxophoniste se produit avec un groupe ivoirien né en Belgique en 1956. Les Cocoblicos se partagent entre musique africaine et chansons françaises. De retour au pays, ils éprouvent le même plaisir à jouer ensemble, à l’image du batteur Philippe Katché, père du futur Manu Katché qui suivra ses traces…

Serge Bile


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