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Culture

Côte d’Ivoire. Tourisme : Dans les « cases sacrées » de Biankouma Village (2/2)

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Ensemble, découvrons Biankouma-Village, par ailleurs appelé « Biangouiné » ou « Biangouin » selon que vous êtes Toura ou Yacouba, l’une des trois composantes ethniques de la région. Biankouma ou « Biangouin », pour dire « village situé au sommet du Mont Bian ».

A l’image de la plupart des villages yacouba dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, Biankouma-Village était autrefois perché à la cime du Mont-Gbian pour certains ou Mont-Bian pour d’autres. La situation en altitude de ce village, selon le patriarche feu Diomandé Droh (ex-chef de Biankouma-Village) permettait aux populations d’identifier aisément et de loin les éventuels envahisseurs. C’est seulement quelques années après la capture de Samory Touré à Guélémou (une des provinces du département de Biankouma), en septembre 1898, que Biankouma-Village a changé de site, pour se retrouver au bas de cette montagne, dans une plaine. Seule une piste carrossable longue de 400 mètres permet l’accès à ce village.


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Un village peuplé de plus 2 500 habitants, subdivisés en cinq grandes familles. Il s’agit des : Maniga, Diomandé, Bamba, Soumahoro et des Bakayoko. Tous des Toura et Yacouba.

En dépit de ces noms à consonance malinké qui font penser à la pratique de l’islam, la quasi-totalité des populations de Biankouma-Village sont des animistes. En lieu et place des mosquées, sept cases sacrées peuplent le paysage du village. Deux parmi elles sont réservées aux masques. Celles-ci sont appelées en langue locale yacouba « Guéhé-koh ». Les cinq autres sont des espaces de rencontre des notables et du chef du village pour le règlement des conflits communautaires. Ces lieux sont aussi, des lieux de célébration des sacrifices et d’invocation des esprits des ancêtres en cas de sinistre ou de bonheur. Elles sont appelées « Gbouhou-koh ».

Outre leurs fonctions de tribunal traditionnel ou d’autel, les cases sacrées jouent également le rôle de musée où sont jalousement conservés des objets très anciens. Entre autres des boubous de guerre, des gibecières, des lances, des ustensiles de cuisine et des fétiches. Soulignons que si dans l’Egypte antique les pharaons décédés étaient enterrés dans l’enceinte des pyramides, ici, les cases sacrées servent aussi de lieux d’inhumation discrète de certains patriarches. Exceptionnellement des gardiens des cases sacrées.

Est éligible au poste de locataire de la case sacrée à Biankouma-Village, généralement, une personne adulte, sage et discrète qui a un respect scrupuleux des valeurs traditionnelles. Il est par ailleurs important de savoir que l’accès à la case sacrée est strictement interdit aux femmes et aux personnes non initiées.


Cases mâles et cases femelles


Les maisons d’habitation de Biankouma-Village, dans un passé très récent, étaient des cases rondes construites avec de la terre battue et couvertes de chaume. Différentes cases aux parois badigeonnées de kaolin et parsemées de petits dessins ou de brèves phrases relatant un évènement qui a marqué la vie de la maisonnée ou celle d’un membre de la famille voisine. Parmi les cases d’une concession, la principale ou la case mâle est habitée par le chef de famille. Cette case a un intérieur subdivisé en deux compartiments. L’un sert de chambre où se trouve un mobilier sommaire, essentiellement composé d’un seul lit, parfois fait en terre battue. Dans l'autre, la salle de séjour, on trouve un hamac suspendu dans un angle, qui sert de siège aux visiteurs. La case mâle est généralement entourée par des cases femelles qui abritent la ou les femmes et les enfants. Chacune des cases (mâle ou femelle) est caractérisée par deux issues. La grande est l’entrée principale et la moins grande, l’issue de secours.

Petit détail, pourtant important. La sexualité étant un sujet tabou dans la société traditionnelle dan, l’issue de secours, moins grande et parfois discrètement orientée, permettait à l’épouse de s’introduire, nuitamment, dans la case de l’époux sans être vue des enfants. La case « femelle » qui sert de dortoir à la femme et aux enfants, plus spacieuse, est marquée à l’intérieur par un foyer central, alimenté par un feu ardent régulièrement nourri de bois sec. Ce feu est surplombé par un grenier en rotin où sont conservés différents ingrédients destinés à la confection du repas quotidien.

Le chef de Biankouma-Village a pour mission essentielle de liquider les affaires courantes. Assisté des notables, il règle les conflits. Face à un conflit qui dépasse sa compétence, l’affaire est transférée dans la case sacrée, en présence des masques, dernier recours.

La chefferie traditionnelle à Biankouma-Village se transmet de façon héréditaire, donc de père en fils. De 1898 à nos jours (juillet 2021), ce sont cinq chefs traditionnels qui se sont succédé à la tête de ce village. Il s’agit de : Gbeutin Valet, Diomandé Ouédéh, Droh Gbon Diomandé, Gbindéh Diomandé et Droh Diomandé Pierre.

Le repas des populations dans ce village traditionnel yacouba est essentiellement à base de riz et de manioc. Les sauces sont faites à partir des feuilles, notamment des feuilles de manioc, de gombo et d’épinards. A celles-ci s’ajoutent des sauces obtenues à partir des écorces de certaines plantes sauvages. Mais, selon les saisons, termites ailés et chrysalides sont consommés avec délice. L’eau consommée provient des marigots dont le principal et le plus ancien est le « Gloho-hi ». Une source vieille de plus de 90 ans,creusée dans un amas de rochers granitiques aux eaux limpides qui ne tarissent presque jamais et dont l’entretien incombe exclusivement aux matrones du village.

La fête de l’igname, la fête de circoncision et d’excision (aujourd’hui bannie) sont les principales cérémonies de réjouissance annuelles dans ce village. La fête de l'igname, l’une des grandes fêtes populaires de réjouissance à Biankouma-village est une cérémonie symbolique. Pendant cette cérémonie, les jeunes garçons dont l’âge varie entre 5 et 15 ans, parfois plus, sont conduits dans l’enclos par leurs aînés, pour y subir l’opération de circoncision. Durant leur séjour en ce lieu, ces adolescents communient avec les masques pour la première fois. Ce jour-là, ils ne consomment que de l’igname. Soit, l’igname à la vapeur, soit le foutou d’igname.

Honoré Droh

Correspondant régional










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