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Côte d'Ivoire. A Abengourou, les acteurs unanimes : Il n'y a pas d'enfants dans les plantations de cacao

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Ces dernières années, des chocolatiers américains ont fait planer des menaces sur la filière cacaoyère en Côte d’Ivoire, du fait du travail des enfants dans les plantations. Ce fléau est méconnu dans la région de l’Indénié-Djuablin où les producteurs persistent et signent pour dire qu’ils n’utilisent pas d’enfants dans les champs. D’Abengourou à Niablé, en passant par Agnibilékrou ou encore Manzanouan, c’est la même trompette embouchée par les paysans.

Commençons par la société coopérative « Abotrè » de Niablé. Son président, Koffi Assémou Bernard, soutient que, depuis le temps de leurs grands-parents qui ont cultivé le cacao avant l’indépendance de la Côte d’Ivoire, ils n’ont jamais fait travailler les enfants dans les champs. « Si nos grands-parents qui étaient analphabètes n’ont pas utilisé les enfants dans les champs, ce ne sont pas nous, intellectuels, qui allons le faire », fait observer Koffi Assémou.


Tous les enfants sont scolarisés


Il précise que le processus de certification dans lequel s’est engagée sa structure agricole, interdit à tout membre d’utiliser la main d’œuvre infantile. « Un des critères de la certification de notre cacao est la lutte contre le travail des enfants. Vous convenez avec moi que, dans ces conditions, notre coopérative qui aspire à devenir une référence dans la cacaoculture, ne saurait s’accommoder de telle pratique » fait remarquer le président de la société coopérative « Abotrè » de Niablé. Il affirme, avec force détails, que tous les enfants de leurs manœuvres en âge d’aller à l’école ont été scolarisés.

Dans cette dynamique, la coopérative a contribué à l’amélioration de la scolarisation, à travers la construction d’écoles primaires dans quelques-unes de ses sections. « Ici à Niablé, ni nos enfants, ni ceux de nos employés ne travaillent dans les champs » martèle Koffi Assémou Bernard.


Des manœuvres adultes


Dans le village d’Angouakro, à quelques kilomètres de Niablé, c’est la même réalité. Le travail des enfants dans les champs de cacao n’existe pas dans cette localité, aux dires des producteurs que nous avons rencontrés. Selon Akou Sévérin, le bras frêle de l'enfant ne peut même pas tenir la manche d’une machette, a fortiori, l’utiliser pour créer un champ ou y travailler. « On n'a jamais utilisé les enfants pour travailler dans les champs. Nous, on apprend à la radio, dans les journaux et à la télévision qu’il y a travail des enfants en Côte d’Ivoire. Chez nous ici, nous ne connaissons pas cette pratique. Ailleurs, ça peut se passer, mais pas dans l’Indénié » martèle-t-il, très en colère. Et de préciser que les employés qui travaillent dans leurs champs sont des manœuvres adultes, venus soit des autres régions de la Côte d’Ivoire ou bien des pays limitrophes.

« Niablé est baptisée Cité des lauréats agricoles. Vous pensez que si nos parents qui ont remporté plusieurs prix au terme du concours de la Coupe nationale du progrès, depuis les années 70, utilisaient les enfants, nos champs n’allaient pas disparaître avec la scolarisation obligatoire imposée par nos gouvernants ? » renchérit Akou Sévérin, de la coopérative Espoir d’Angouakro.


“ Un complot ”


A Ebilassokro, sous-préfecture située à 70 kilomètres d’Abengourou, les producteurs de cacao se disent écœurés en apprenant que les enfants travaillent dans leurs champs, à l’image de dame Konin Bla. A en croire cette productrice de cacao, « le travail des enfants est un complot, un prétexte pour refuser d’acheter à bon prix le cacao ivoirien. Moi, ce ne sont pas les enfants qui ont créé mon champ », conclut-elle avec un brin d’humour.


Comités de protection des enfants


Dans le département d’Agnibilékro, précisément dans le village de Manzanouan, à 6 kilomètres du Ghana, les producteurs de cacao, disent ne pas être concernés par ce phénomène de travail des enfants dans les cacaoyères. En revanche, ils sont soucieux de la protection et de l’avenir des enfants. Pour ce faire, la société coopérative COOPAMA a mis en place avec l’appui de ses partenaires, des comités de protection des enfants (CPE). Ces structures sont chargées de sensibiliser, d’informer, de prévenir et de traquer toute personne utilisant la main d’œuvre infantile. Bien plus, la coopérative COOPAMA a construit des salles de classe pour accroître la capacité d’accueil des écoles primaires du village. « A la limite de nos moyens, nous construisons des salles de classe. Nos enfants, comme ceux de nos manœuvres, vont tous à l’école. Leur place n’est pas dans les champs », souligne un membre de la coopérative COOPAMA de Manzanouan. Les propos de celui-ci sont confirmés par Hien Sansan, un manœuvre que nous avons surpris dans un campement. Il reconnaît que, grâce à son employeur, ces deux enfants vont à l’école. Le premier est en classe de CE2 tandis que son cadet est inscrit au CP1.

A Abengourou, le collectif des sociétés coopératives agricoles de l’Indénié-Djuablin embouche la même trompette. Selon son président Yao Ehoura dit Paille, les membres de son organisation sont tous sensibilisés à la nécessité de scolariser les enfants de leurs manœuvres. Ce qui se fait depuis plusieurs années, avant même que l’on ne commence à parler du phénomène du travail des enfants. « Nous avons compris depuis longtemps que l’éducation est le socle de tout développement. Alors, nous n’avons pas hésité de scolariser nos enfants, en même temps que ceux de nos manœuvres qui se sont d’ailleurs fort bien intégrés dans nos communautés ».


Les syndicats agricoles eux non plus, ne sont en marge de la lutte contre le travail des enfants dans les cacaoyères. C’est le cas du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAPCI) dont le coordonnateur régional dans l’Indénié-Djuablin, le Gontougo et le Bounkani sillonne, depuis quelque temps, villages et hameaux à la recherche d’éventuels enfants travaillant dans les champs de cacao. Selon Moussa Sanou, les investigations qu’il a menées avec son équipe sur le terrain, en vue de débusquer d’éventuels trafiquants d’enfants, ont été infructueuses. « Nos enquêtes n’ont pas permis de constater de travail des enfants dans les champs » assure ce syndicaliste. En revanche, il précise que, de plus en plus, des informations lui parviennent de ce que des enfants travailleraient dans les sites clandestins d’orpaillage de la région.

Du côté des autorités, l’on veille aussi au grain quant au travail des enfants dans les plantations de cacao. Il y a quelques mois, à la faveur de l’inauguration d’une école primaire dans sa circonscription administrative, le sous-préfet de Duffrebo, a été formel : «Ici, aucun enfant ne travaille dans les champs de cacao », martèle l’administrateur. Son collègue de Niablé, à l’occasion de l’arbre de Noel organisé en décembre dernier par les autorités municipales, a abondé dans le même sens, en affirmant que les droits à l’éducation des enfants sont respectés dans sa circonscription.

Comme on le voit, producteurs de cacao, syndicats agricoles et autorités administratives sont sur la même longueur d’onde.

Pour notre part, que ce soit dans les localités d’Angouakro, Niablé, Manzanouan ou Abronamoué où nous avons fait des « descentes » inopinées dans des campements, nous n’avons aperçu aucun enfant travaillant dans les champs de cacao. Autant d'observations qui confirment qu'il n’y a pas de travail des enfants dans les plantations de cacao dans la région de l’Indénié-Djuablin.


Traoré Moussa

Correspondant régional




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