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Politique

Condamné à perpétuité : Amadé Ouérémi paie pour ses crimes et ceux des autres

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L’ex-seigneur du mont Péko a donc été condamné à perpétuité, le jeudi 15 avril 2021, par le tribunal criminel d’Abidjan. A en juger par les zones d’ombre qui subsistent au terme de ce procès, on peut oser dire qu’Amadé Ouérémi a été offert en victime expiatoire.

On est, en effet, porté à penser qu’il a payé pour ses crimes autant que pour ceux que d’autres ont commis à Duékoué fin mars 2010.

Ouvert le 24 mars 2021, ce procès s’est vite refermé. Il ne se sera tenu qu’en sept audiences et sur à peine trois semaines. Et avec une trentaine de témoins sur les 82 initialement prévus pour être entendus. Certes, ce procès a le mérite de s’être tenu, avec la satisfaction pour certains, de voir ainsi un accusé, supposé proche du camp Alassane Ouattara, être traduit devant les tribunaux.

Il n’aura cependant pas tenu les promesses des fleurs. Il s’est refermé avec un goût d’inachevé. Ce qui a fait dire à Issiaka Diaby, président du Collectif des Victimes en Côte d’Ivoire (Cvci) qu’il y avait comme une «symphonie inachevée ». De fait, tout au long des audiences, l’accusé n’avait de cesse de pointer la responsabilité de certains ex-chefs de guerre, en l’occurrence Losséni Fofana dit Loss et un certain Coulibaly, qui régnait sur la localité de Kouibli à l’époque des faits. Inlassablement, il a laissé entendre qu’il agissait sous les ordres de l’ex-com’zone Loss et son collaborateur Coulibaly dit Coul. Mais le procès s’est achevé sans que ces mis en cause aient été entendus. Les victimes, autant que l’opinion n’en sauront donc pas plus sur leur part de responsabilité dans ces tueries de Duékoué, imputées au seul Amadé Ouérémi.

« Pourquoi veut-on faire porter le chapeau à cet homme frêle et analphabète ?... Amadé Ouérémi recevait bel et bien des ordres… Il a été instrumentalisé. Il faut dénicher les commanditaires tapis dans l’ombre… Ce procès m’a laissée un goût d’inachevé », a lancé, dépitée, son avocate, Rosine Aka, le dernier jour avant l’audience au cours de laquelle la sentence a été prononcée. C’est assurément là une zone d’ombre, qui n’aura pas été éclaircie.

Une autre zone d’ombre, c’est la quasi absence de pièces à conviction autres que les témoignages des victimes. Tout au long de ses sept audiences, rien ou presque n’a été ajouté au dossier comme élément de preuve visant à confondre l’accusé : aucune vidéo, aucune image de lui prise sur les faits, aucun objet supposé lui appartenir et qui aurait été retrouvé sur les lieux du crime. Le président du tribunal et les autres juges s’en sont tenus aux dires des victimes pour fonder leur conviction qu’Amadé Ouérémi ne pouvait qu’être l’auteur des crimes et exactions allégués.

Le président a parfois donné l’impression que son interrogatoire à charge ne visait qu’à faire dire à l’accusé ce qu’il voulait entendre, avec pour finalité de conforter sa position, à savoir qu’il tenait là le coupable du massacre du quartier Carrefour de Duékoué en mars 2010. Tout portait à croire qu’Amadé Ouérémi était condamné avant d’avoir été jugé. Comme s’il fallait, à travers sa personne, donner un exemple, marquer un coup. Tout cela donne à penser que cet ancien mécanicien, reconverti en milicien, le temps de la guerre postélectorale de 2010-2011, n’aura été qu’une victime expiatoire.

Karine Koré


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