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Internationale

Démocratie en Afrique : Quand le Tchad et le Bénin se retrouvent dans la même classe

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Qui aurait cru que le Tchad et le Bénin se retrouveraient un jour dans la même classe, démocratiquement parlant ? Pourtant, c’est bien qui est en train de se passer. Hier, les deux pays ont organisé leurs élections présidentielles. Au Tchad, Idriss Déby brigue un 6e mandat, face à dix adversaires dont sept réels puisque trois de ces candidats ont décidé, in fine, de boycotter le scrutin en raison des conditions d’organisation. Les Tchadiens vont faire semblant d’attendre des résultats qui sont connus d’avance comme c’est souvent le cas.

Arrivé au pouvoir en 1990, celui qui s’est fait bombarder maréchal du Tchad règne d’une main de fer sur ce territoire et, après 31 ans de pouvoir, il n’est pas prêt à passer la main. Le fera-t-il d’ailleurs un jour en toute liberté et toute responsabilité ? On peut raisonnablement en douter. Déby peut d’autant plus se permettre de faire tout et n’importe quoi que la communauté internationale ferme les yeux sur ses agissements en raison de la lutte antiterroriste dans le bassin du Lac Tchad. Rien de nouveau donc sous le soleil de la démocratie au Tchad, pas même la moindre lueur d’espoir d’une quelconque amélioration.

Plus inquiétant est le cas béninois. Voilà un pays considéré jadis comme le quartier latin d’Afrique, l’un des premiers à initier la conférence nationale souveraine pour solder son passif et mettre la démocratie sur les rails, qui s’est même payé le luxe de renvoyer un de ses présidents, le général Mathieu Kérékou, à ses chères études marxistes, qui a connu l’alternance à plusieurs reprises et qui, depuis 2016, connaît un net recul démocratique avec l’arrivée de Patrice Talon, le désormais Talon d’Achille de l’ex-Dahomey.

Il était arrivé, avait-il promis, pour faire un mandat unique, le temps de mettre de l’ordre sur les plans et économique dans la maison, avant de se retirer. Une promesse vite rangée aux oubliettes puisque, au prix d’un parjure présidentiel, il a sollicité de nouveau le suffrage de ses compatriotes pour un second mandat. Le plus grave dans cette histoire n’est pas de n’avoir pas tenu son engagement initial, mais le fait qu’il se soit choisi ses adversaires après avoir mis sur la touche les prétendants les plus sérieux au prix d’artifices politico-juridiques, notamment l’obstacle infranchissable des parrainages. L’ex-homme d’affaires, qui s’est découvert sur le tard un destin présidentiel, était hier face à ses deux faire-valoir après une campagne émaillée d’incidents qui ont fait deux morts.

Celui qui est arrivé démocratiquement est devenu un petit potentat qui a mis en berne nombre de libertés individuelles et collectives en instrumentalisant la justice et en tenant la presse en laisse. Voilà ce qu’est donc devenue la démocratie béninoise, considérée pendant une vingtaine d’années, à côté d’autres pays comme le Sénégal, comme l’un des phares qui guidait une bonne partie du continent. Avec l’expérience Talon et bien d’autres dirigeants du même acabit, on se demande si les partisans des 3e ou 4e mandat et les vieux « Père de la Nation » ne sont pas mieux, eux qui ne se sont pas piqués d’être de bons démocrates et ont toujours été à la hauteur de leurs péchés.

Pour ce qui concerne le président sortant Talon, le fait d’avoir de réels succès dans les domaines socio-économiques est-il une excuse absolutoire pour jouer les Néron de pacotille ?

Issa K. Barry




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