Le Mali célèbre, vendredi 26 mars 2021, le 30e anniversaire de l’avènement de sa démocratie. Une occasion pour non seulement faire le bilan de ces années de pratique démocratique, mais aussi d’analyser les différentes perspectives qui s’offrent au peuple malien pour repenser le système en place.
-maliweb.net- « Nous ne voulons plus de l’ancien, mais du nouveau ! »,tel était le slogan des révolutionnaires de mars 1991 pour demander le départ du régime dictatorial ou de parti unique du général Moussa Traoré et la fin de la seconde république. Pendant ces temps troubles, où il fallait mettre un terme aux souffrances d’un peuple en quête d’idéal, la démocratie a été présentée comme une panacée.« La naissance douloureuse de la Troisième république nous avait fait espérer en de lendemain meilleur », écrit Pr Issa N’Diaye, dans son ouvrage « Silence, on démocratise ! ».
Après trente ans de pratique démocratique, le bout du tunnel semble encore loin. Le peuple reste tout entier animé par le même désir du renouveau qui a donné naissance à la démocratie. N’est-il pas également ce désir qui a conduit au quatrième coup d’État de l’histoire du Mali, en août 2020 contre Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) ? « Nous voulons un autre Mali, un Mali nouveau », peut-on entendre encore de nos jours, de part et d’autre. D’où plusieurs initiatives et propositions pour la refondation de l’État malien. Certains pensent même qu’il est temps de passer à la 4e république.
Les deux coups d’État qu’a connu cette démocratie constituent quand même une preuve assez palpable pour dire que de 1991 à nos jours, l’idéal de changement tant exprimé par le peuple malien peine toujours à se concrétiser. On n’a plus besoin de microscope pour savoir que le modèle démocratique malien a échoué. Un échec qui ne pourrait être qu’un problème d’adaptation de « la démocratie occidentale aux réalités africaines » ou maliennes.
La quasi-totalité des problèmes auxquels cette « jeune démocratie » est confrontée relève du constat que l’avènement de cette démocratie au Mali a marqué le début de la « médiocratie dont elle a fait finalement la promotion, la faillite de la classe politique », dira également Pr. Issa N’Diaye.
La corruption, la mauvaise gouvernance, le favoritisme avec son corollaire de promotion de la « médiocratie », la rébellion, marquent cette expérience démocratique du Mali. Un constat qui conduit des hommes politiques et écrivains du pays à faire le panégyrique des 23 ans de dictature, que le pays a connu, au détriment du système démocratique actuel. « Les régimes de parti unique ont su contenir la rébellion et préserver l’unité du peuple malien et l’intégrité de son territoire national ; les régimes issus du pluralisme politique ont échoué face aux poussées sécessionnistes », expliquent Choguel Kokalla Maïga et Issiaka Singaré dans leur ouvrage « Les Rébellions au Nord du Mali ».
Après trente ans de tâtonnement, cette démocratie malienne a besoin d’un véritable travail de nettoyage afin de l’aider à retrouver les rails. Il lui faut un « changement purificateur ». Cette période de la transition est le moment propice pour cette mission. Car comme une ironie du sort, le trentième anniversaire de cette démocratie intervient alors que le pays se trouve sous une transition quasiment militaire. Mais cette transition ne réussira ce « changement purificateur » que si elle s’impose beaucoup plus de rigueur et de transparence. Cette démocratie nécessite d’être entièrement repensée.
Fousseni Togola
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