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Gabon .Covid-19 : Les 8 irresponsabilités-péchés du gouvernement

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Accusant inlassablement le peuple gabonais d’être à l’origine des soubresauts de la pandémie du Covid-19 dans le pays, le gouvernement, gérant de tout mais responsable de rien, n’est pourtant pas exempt de tout reproche. Il a commis 8 fautes majeures, sinon gravissimes, ici listées et explicitées.

1- Le refus du dépistage de masse

En juillet dernier, 1,2 millions de personnes ont gratuitement été testées en Île-de-France et dans les Hauts-de-France. En Slovaquie, 2,5 millions de personnes l’ont gratuitement été en novembre 2020 et en deux semaines. Au Gabon, le gouvernement, « chef de tout mais responsable de rien », pour reprendre l’expression de François Hollande brocardant Sarkozy, a très vite pleurniché sur les 589,3 millions de francs CFA dépensés pour les tests à travers le pays entre mars et octobre 2020. Il rétorquera toujours que le Gabon n’est ni la France, ni la Slovaquie, ni le Japon, et qu’il n’a pas leurs moyens… il n’a pour lui que la coercition.

À raison de 5 dollars US le test (2800 francs CFA), hors frais de transport, tester les 700.000 habitants de Libreville reviendrait à environ 1,96 milliard de francs CFA, en tout cas à moins de 2 milliards CFA. Trop cher pour le gouvernement gabonais qui, ignorant ses missions régaliennes en santé publique, a pris l’option des tests payants. Ce faisant, il a freiné sinon estompé le dépistage de masse recommandé par l’OMS dès mars 2020. En faisant payer les tests (5000 et 20000 francs), le gouvernement n’encourage pas les citoyens à se faire tester. Seuls les voyageurs, en partance pour l’étranger ou l’intérieur du pays, sont ainsi contraints au dépistage. Lancée en avril dans le Grand-Libreville et à Bitam, l’opération de dépistage de masse s’est très vite estompée, tout comme la campagne gratuite de dépistage avec déploiement d’unités mobiles.

Le Copil a donc choisi de faire du commerce avec le dépistage, première étape de la stratégie de la riposte recommandée, consistant à dépister, isoler et soigner. Si le gouvernement a bien déployé des sites de prélèvement (en réalité des comptoirs) et quelques laboratoires sur le territoire, son acharnement actuel à rendre obligatoire les tests dans certaines entreprises et pour tout voyage relève d’une logique mercantile. «La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût», croyait-on. Le peuple doit payer ou trinquer. C’est tout !

2- La non-gratuité des masques

L’Italie distribue gratuitement 11 millions de masques par jour et jusqu’à 50000 litres de gel désinfectant par jour aux écoles. Au Japon, le gouvernement a décidé, dès avril 2020, de fournir à sa population des masques réutilisables. Même si Michael Ryan, le directeur des opérations d’urgence à l’OMS, a laissé entendre que « rien n’indique que le port du masque buccal partout serait bénéfique », au Gabon, où il est imposé par la coercition, l’Etat se déclare sempiternellement sans moyens et ne peut distribuer des masques, sauf aux forces de l’ordre.

Si la Fondation Sylvia Bongo a gratuitement distribué des masques, notamment à travers le quotidien L’Union, le gouvernement n’a jamais rien entrepris dans ce sens. Bien contraire, ainsi qu’on l’a vu sur les trottoirs de Libreville, les masques offerts par les Fondations Jack Ma et Alibaba se sont retrouvés à la vente. Il n’y a vraisemblablement aucun effort, aucun engagement notable et noté du gouvernement gabonais. Celui-ci ne s’illustre que dans l’accusation et la pression sur le peuple, seul fautif de la remontée de la contagion du Covid-19. Le pouvoir PDG est pourtant passé maître dans le financement, la production et la distribution, à tout le pays, de gadgets électoraux, autrement plus onéreux que des masques. Si, en période électorale, il excelle en distribution de goodies, il ne sait pas du tout le faire en période de crise sanitaire. Ce n’est certainement pas de sa faute. C’est celle du peuple qui doit absolument payer pour sa santé.

3- La passoire aéroportuaire

Si les frontières terrestres ont été fermées, l’aéroport de Libreville est devenu une passoire à coronavirus. Depuis des mois, les voyageurs arrivant à Libreville sont tout simplement testés avant d’être lâchés dans la nature. Ils rentrent chez eux, chez leurs hôtes ou à leurs hôtels. Là, ils doivent attendre d’être joints au téléphone pour connaitre les résultats des tests aéroportuaires. Entretemps, ils peuvent contaminer amis, parents et contacts divers. Où sont donc les hôtels réquisitionnés au début pour la mise en quarantaine cas contacts, notamment les personnes venant de l’étranger et autres malades du Covid-19 ? Ce dispositif a été abandonné et ce n’est pas la réduction des vols qui filtrera l’importation du virus et de ses variants si à la mode dans la novlangue du Copil. Mais ce n’est pas une faute capitale que de ne pas isoler les voyageurs entrant au Gabon tant que leur statut sanitaire n’est pas connu. Le Copil et les sécurocrates du gouvernement n’ont là aucune responsabilité. La flambée des contaminations ou l’entrée d’un variant exotique sera toujours de la faute du peuple.

4- La fermeture-restitution du Méridien Re-Ndama

Ainsi qu’indiqué ci-dessus, après l’annonce du premier cas de Covid-19 au Gabon, le 12 mars 2020, l’Etat avait notamment réquisitionné l’hôtel Wali Ré-Ndama pour y loger les cas contact. Pour avoir dépensé 1,450 milliard de francs CFA dans la location de quelques hôtels, le gouvernement a estimé qu’il en avait déjà trop fait. Il a fini par restituer ces établissements. L’isolement des cas contacts et des malades n’est pas du tout de sa responsabilité. Le Copil a même demandé aux personnes contaminées de «respecter les mesures barrières en restant chez elles à domicile». Il fait semblant d’ignorer que dans les quartiers sous-intégrés, de nombreuses familles populeuses s’entassent dans des habitations à deux pièces, pouvant ainsi générer une ribambelle de cas positifs. Ce n’est pas le problème du gouvernement. La faute sera toujours au peuple têtu et aux entreprises qui brassent du monde.

5- Le mimétisme bidon sur la France et le refus des modèles africains

«Tendance haussière», «variants», «seconde vague», les savants du Copil et les sécurocrates du gouvernement gabonais s’y croient en empruntant la rhétorique des autorités politiques et scientifiques Françaises. Comme lu sur Facebook, les discours et déclarations d’Emmanuel Macron sont littéralement décalqués sur le Gabon. Parle-t-on en France du Grand-Paris ? on crée aussitôt le concept de Grand-Libreville au Gabon. Les chiffres montent-ils en France ? comme par hasard ils prennent synchroniquement l’ascenseur au Gabon. La France instaure-t-elle, en janvier, un couvre-feu à partir de 18 heures ? le Gabon s’y met le mois suivant.

Dans les faits, le 13 février dernier et pour ce seul jour, le pays de Macron a enregistré 199 morts supplémentaires du Covid et 21231 nouveaux cas. C’est connu de tous, l’Hexagone compte 66 millions d’habitants et n’a pas la même pyramide des âges que le Gabon, pays de 2 millions d’habitants. Toutes choses étant égales par ailleurs, les chiffres français doivent donc être divisés par 33 pour les comparer au Gabon. On aurait donc eu, le 13 février dernier, au moins 6 morts au Gabon, et au moins 642 cas ce seul jour-là. Or, le Gabon n’a enregistré un peu avant (le 5 février) qu’un seul mort et 328 nouveaux cas (chiffre-argument d’autorité du Copil). Et, entre le 8 et le 12 février, deux décès. Bien à l’antipode, toutes proportions gardées, du pays dont on copie tout. Le réalisme, la lucidité et le génie inventif gabonais sont ainsi injuriés par les sécurocrates du Gabon, adeptes de la gouvernance par le copié-collé. Le gouvernement gabonais est cependant réfractaire à copier les modèles africains (Côte d’Ivoire, Bénin, Cameroun… ayant adopté des voies plus réalistes ou endogènes et n’en sont pas pour autant des cimetières à ciel ouvert). Si ce n’est pas une faute, ça y ressemble étrangement.

6- Les tests douteux, l’incertitude des chiffres et la préférence pour la pandémie en vogue

Les chiffres du nouveau Coronavirus au Gabon déjouent toutes les déductions des scientifiques et autorités intellectuelles mondiales pour expliquer le fiasco des annonces d’hécatombe sur le continent noir. Le Copil pointe régulièrement du doigt le non-respect des gestes barrières, mais ne s’est jamais interrogé sur la fiabilité des tests effectués dans le pays. Un témoignage, la semaine dernière dans l’hebdomadaire Le Mbandja, est assez éloquent sur des résultats qui changent du jour au lendemain, comme au pingpong, pour un seul et même patient.

Des tests contaminés ou faussés ont été relevés à travers le monde, notamment en Espagne, en Grande-Bretagne et au Canada. Des animaux et des fruits ont été testés positifs au Covid-19 en Tanzanie. Pourtant truffé de savants, le Copil n’a jamais abordé l’hypothèse d’une défectuosité des écouvillons. Interrogé à ce sujet après un article de Gabonreview, il n’a jamais entrepris de faire expertiser, dans la marge de tolérance, un seul lot de tests. Tout est fiable, la population a toujours tort.

Dès qu’une seconde vague a été annoncée en Europe, les chiffres du Copil ont tressaillit avec un synchronisme pour le moins bizarre. Personne, même pas la représentation locale de l’OMS (qui s’emmure d’ailleurs dans le politiquement correct) ne contre-expertise ces chiffres. Et l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, Raymond Ndong Sima, de relever: «Lorsque la défense d’une position sur une question intellectuelle repose sur la dissimulation de l’information, on peut craindre le pire car bien souvent alors il s’agit d’arguments d’autorité de ceux qui craignent la contradiction».

7-La mise à l’agonie de l’économie

Bien qu’un mort de plus soit toujours une perte humaine de trop, pour 75 décès du Covid-19… contre 467 morts du paludisme en 2019, ou 1100 morts du Sida en 2019 ou encore 800 trépas du cancer par an, le pouvoir au Gabon n’a jamais entrepris de mettre à genoux l’économie.

Prenant prétexte et se consolant de l’impact économique mondial de la pandémie, le gouvernement gabonais n’en a visiblement cure des conséquences de ses mesures drastiques sur ce qu’il faut sauver de l’économie nationale. Si Port-Gentil, déjà touchée par la crise pétrolière de 2016, est davantage en voie de paupérisation, dans l’ensemble du pays plus de 12000 emplois ont été perdus, tandis que dans le seul secteur du tourisme, plus d’une centaine entreprises sont en faillite. Selon la Direction générale de l’économie et de la politique fiscale, les mesures dites de riposte contre la pandémie de Covid-19 ont provoqué, au Gabon, une flambée des prix sur la quasi-totalité des denrées alimentaires et produits de première nécessité. Aux yeux du gouvernement, le peuple n’en souffre pas et n’en meurt pas, seul le Covi-19 tue. On comprend mieux pourquoi son seul travail est désormais de compter les cas de contamination et de gérer la pandémie par la «coercition». N’est-il donc pas de la responsabilité du gouvernement de sauver des emplois, de préserver le tissu économique ou, grosso modo, de sauvegarder l’économie nationale ?

8- Le frein sur l’enquête de la commission parlementaire

La filiale gabonaise de la banque UBA a donné au Gabon 90 millions de francs CFA, au titre de sa contribution à la lutte contre la crise sanitaire. Dans la même veine, l’Union Européenne a octroyé un appui de 525 millions de francs CFA ; la communauté libanaise du Gabon a fait un don de 500 millions de francs CFA ; l’Agence Française de Développement a accordé un appui financier et technique de 3,3 milliards de francs CFA ; le FMI décaissé 74 milliards de francs CFA ; la Banque Mondiale un prêt de 5 milliards de francs CFA, et la Banque Africaine de Développement a débloqué un prêt de plus de 65 milliards de francs CFA devant permettre au Gabon de faire face aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire.

Qu’a-t-on fait de tout cet argent dans un pays où la gratuité des masques est impossible ? Ancien président et porte-parole de la Confédération des syndicats des régies financières et des administrations assimilées (Cosyrefa), Wilfried Erisco Mvou Ossialas n’avait-il pas raison qui, dès avril 2020, s’offusquait de ce que «la crise de la Covid-19 (était gérée) en toute opacité et dans le cafouillage total». S’étonnant de ce que le Copil s’était empressé de s’offrir des voitures, le syndicaliste appelait à la reddition des comptes une fois crise sanitaire passée. Et si les sécurocrates du gouvernement tenaient absolument à la faire perdurer… pour leurs intérêts personnels ?

Coutumier des vaudevilles, le gouvernement a lancé un avis, le 10 février, en vue de sélectionner une structure nationale ou internationale pouvant auditer les comptes financiers de la riposte d’urgence à la pandémie de Covid-19. Bien avant, une enquête parlementaire avait été sollicitée, le 7 mai 2020, par l’ancien Premier ministre Julien Nkoghé Békale pour faire taire les suspicions de sa mauvaise gestion de la crise sanitaire en cours. Le même chef du gouvernement avait déjà promis au Fonds monétaire international (FMI), le 23 juillet 2020, un audit des dépenses liées à cette crise sanitaire et la publication de tous les contrats y relatifs. On n’a rien vu. Rien. Toujours rien. En lançant le dernier appel à manifestation d’intérêt international pour l’audit des comptes financiers de la riposte d’urgence à la pandémie de Covid-19, le gouvernement Ossouka Raponda ne cherche-t-il pas à gagner du temps ? En attendant, il faut sur-culpabiliser les populations, seules responsables de la mauvaise gestion d’une pandémie qui n’en est pourtant pas une au regard de ses dégâts par rapport au paludisme, au Sida, au cancer ou aux diverses maladies cardiovasculaires, autrement plus mortifères.

9- Notes subsidiaires à la marge

«Même avec une meilleure connaissance des risques, la plupart des politiciens auraient besoin d’un courage considérable pour agir sur la base de preuves plutôt que par peur. Mais c’est précisément le genre de dirigeants dont nous avons besoin et que nous respecterions», déclarait en fin d’année dernière Gerd Gigerenzer, le Directeur du centre Harding pour la bonne compréhension des risques, à l’Institut Max Planck pour le développement de l’Homme (Berlin). Déclenchant le branle-bas de combat au moindre frémissement des chiffres autoproduits et sans contre-expertise, les sécurocrates gabonais sont-ils «le genre de dirigeants dont nous avons besoin et que nous respecterions» ?

Visiblement motorisé par la peur, présentée comme principe de précaution, et sans en mesurer les conséquences sociales et économiques, le ministre de l’Intérieur a amené le maire de Libreville à interdire, le 8 février, la vente de la friperie sur son espace communal. Après les gargotes et petits bars de quartiers, cette mesure va nécessairement priver de nombreux Librevillois de leur gagne-pain. Les gouvernants campent ainsi dans leur logique coercitive. Ils veulent sauver les Gabonais d’un soi-disant fléau sanitaire quitte à les affamer et les appauvrir davantage.

L’information c’est le pouvoir, dit un adage paraphrasant l’idée du courtier Adam Smires. Le gouvernement a-t-il donc la bonne information sur les réalités socio-économiques du peuple qu’il gouverne ? Suit-il le débat international et les dernières approches médicinales de la pandémie devenue son seul travail visible ? Le Gabon n’a-t-il donc pour seule stratégie anti-covid que le confinement et la limitation de la circulation des personnes à partir de certaines heures ? Maintenant, il frappe un peuple habitué à mourir, beaucoup plus, de maladies qui ne l’ont pas autant préoccupé. On comprend : dans la panique, il a certainement mal interprété la note du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay. Attention !


Dimitri Mimongo



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