En mode, les alternatives aux matières polluantes gagnent du terrain. Parmi elles, le cuir d'ananas qui se présente comme un substitut au cuir animal. Comment est-il produit et que vaut-il sur le long-terme ? Focus sur cette matière innovante qui ne cesse de faire parler d'elle.
Ce n'est un secret pour personne, la mode est une industrie polluante qui a des conséquences dramatiques sur l'environnement. De ce constat naissent de nouvelles initiatives prises par les grands acteurs de la mode éco-responsable. Parmi elles, le cuir d'ananas ou Piñatex®, présenté comme une alternative au cuir animal.
Le cuir d'ananas, c'est quoi ?
À l'origine du Piñatex® , une femme d'origine espagnole du nom de Carmen Hijosa. Ancienne consultante dans l'univers du cuir animal, Carmen a développé ce substitut au cuir animal après un voyage d'affaires aux Philippines, au cours duquel elle découvre le Barong Tagalog, un vêtement traditionnel réalisé à partir de fibres de feuilles d'ananas.
S'ensuivent des années de recherches, pour obtenir le Piñatex® tel qu'on le connaît aujourd'hui. À la clé, une bonne alternative au cuir animal. Rappelons que la production de ce dernier peut être désastreuse pour la planète, tant par sa fréquente utilisation d'un tannage chimique que par sa consommation excessive d'eau.
Quelles sont les étapes de production du Piñatex® ? Les fibres des feuilles d'ananas sont extraites après récolte et sont ensuite séchées naturellement avant d'être envoyées en Espagne et en Italie pour les finitions. La matière brute est teintée avec des pigments certifiés GOTS (Global Organic Textile Standard) et solidifiée avec une résine ou du polyuréthane pour la gamme Piñatex® Performance.
Carmen Hijosa a créé une entreprise baptisée Ananas Anam pour distribuer aux marques de mode ce cuir d'un nouveau genre. H&M, Veja, Hugo Boss, Lancel ou encore la marque de chaussures vegan Nae, entre nombreuses autres, ont intégré le Piñatex® dans leurs collections ces dernières années.
Le cuir d'ananas comme substitut au cuir animal ?
Pour Marie Nguyen, co-fondatrice de la plateforme de mode éthique We Dress Fair qui recense des marques engagées pour une mode responsable, cette innovation est à saluer : "C'est dans cette voie-là qu'il faut aller pour faire bouger les choses dans l'industrie de la mode".
Il est indéniable que le cuir d'ananas présente bon nombre d'avantages, tant par sa production à faible impact environnemental que par son coût moins élevé que celui du cuir animal (environ 45€/m2).
Pour autant, comme le souligne Marie, il est important de rappeler que "la solution miracle n'existe pas". "C'est une matière qui n'est pas biodégradable et qui nécessite encore un revêtement en polyuréthane ajouté sur sa base végétale, pour être plus durable", poursuit-elle.
Chez We Dress Fair, la quasi-totalité des marques représentées ont recours au tannage végétal pour leurs pièces en cuir animal. Le Piñatex® , quant à lui, n'a pas encore sa place sur la plateforme créée en 2018 : "On manque de recul pour juger de sa durabilité sur le long-terme. Ça reste une bonne alternative mais qui ne remplacera jamais complètement le cuir animal", confie la co-fondatrice.
Une alternative au cuir animal qui n'est pas la seule à faire parler d'elle. Le liège, un substitut éco-responsable extrait d'arbres chênes-lièges sans en abimer leur écorce, est de plus en plus utilisé sur des baskets green et des sacs à main de collections de mode vegan. Ces innovations encourageantes font bouger les lignes d'une industrie qui doit accélérer sa transition vers une production plus responsable.
Charlotte Darnige
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