Une discussion entre l’intendant d’un établissement secondaire et un parent venu s’acquitter du deuxième versement des frais d’écolage de son enfant a servi d’élément déclencheur pour mener cette enquête. En effet, les hésitations de parents d’élèves à s’acquitter totalement des montants mentionnés sur les fiches de relance à eux adressées résultent de la situation sociopolitique du pays. Doivent-ils respecter le paiement desdits montants mentionnés ? Beaucoup pensent que l’argent payé peut être perdu au cas où s’empirerait la situation sociopolitique délétère.
Au Collège privé La Fontaine, l’économe qui vient de recevoir un parent maugrée. Quand nous lui demandons ce qui ne va pas, il nous répond promptement. : « Voyez-vous, nous avons tous les problèmes pour récupérer les montants dus par les parents. Les années passées, beaucoup remettaient l’argent aux élèves qui passaient payer à la comptabilité de l’école. Cette année, nous subissons les affres des crises et autres manifestations. Un parent qui doit déposer, par exemple, 25 000 F vient avec 15 000 F et promet de repasser, accumulant ainsi des impayés. Et cela se généralise, si bien que nous risquons d’avoir des difficultés pour le fonctionnement », a-t-il confié.
« Vu la situation bizarre du pays »
Au Groupe scolaire primaire privé "Les Hirondelles", nous engageons un échange avec un parent qui n’hésite pas à relater que, « vu la situation bizarre du pays », il préfère étaler les frais d’écolage de ses deux enfants avec de petits montants de 5 000 F ou 10 000 F alternés, de sorte qu’il en finisse juste à la fin de l’année scolaire. « On a besoin d’avoir un peu, sinon un peu plus d’argent sur soi pour parer à toute éventualité. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Il faut de l’argent pour des provisions dès que l’annonce sera faite par quelque voie que ce soit. Il en faut aussi pour pouvoir se déplacer et chercher un endroit sûr pour soi et la famille. C’est donc tout cela qui justifie la méfiance de vite solder les frais d’école et autres », a expliqué Germain Kouassi, employé du privé et parent d’élève.
Aux abords du grand marché, un autre parent d’élève se rendant au CHR que nous avons interpellé sur le sujet ne dit pas autre chose. « Moi, je n’ai pas d’enfant au privé… Mais si tel était le cas, je prendrais mon temps pour négocier avec la direction et payer à mon rythme, jusqu’à ce que je reçoive le dernier bulletin de mon enfant car la situation du pays ne rassure pas totalement. A quoi bon payer toute la scolarité de l’enfant pour voir tout s’arrêter et se retrouver dans l’impossibilité de récupérer l’argent versé ? », s’interroge M. Betty Daniel. Qui ajoute que « cette situation bizarre que l’on vit se ressent à tous les niveaux. Les opérateurs économiques éprouvent des difficultés. Même ici au marché, c’est pareil. »
Au collège privé ‘’Eden’’, un membre de l’administration reconnaît que « la situation sociopolitique, pas trop rassurante jusqu’à présent malgré la tenue de l’élection présidentielle et malgré toutes les assurances que donnent les autorités, influe négativement sur l’enseignement privé. Les frais de scolarité qui permettent de fonctionner jusqu’au versement des subventions de l’Etat rentrent difficilement. Dieu merci, ce ne sont pas tous les parents qui hésitent ainsi.»
Cependant, aucun de ces intervenants d’établissements scolaires privés n'évoque la question des salaires des enseignants et autres personnels d’encadrement. Si nous n’avons pas, à ce jour, entendu parler de grève liée à des retards de paiement de salaire à Yamoussoukro, c’est sans doute que la situation reste tenable.
Robert-Patrice Zouhou
Correspondant régional
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