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Procès de parents de migrants clandestins: Et si les vrais coupables étaient ailleurs?

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C’est un procès inédit qui s’est ouvert hier à Dakar : dans le box des accusés, trois chefs de famille poursuivis pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « complicité de trafic de migrants » ; leur crime, avoir soutenu financièrement notamment leurs enfants afin qu’ils rallient l’Europe par la mer à bord d’une embarcation de fortune comme c’est souvent le cas.

Parmi eux, Doudou, un adolescent originaire de la localité de M’Bour dont le rêve de devenir footballeur professionnel sur le vieux continent s’est transformé en cauchemar, puisqu’il est mort à bord de la pirogue dans laquelle il avait embarqué. Les enfants des deux autres accusés ont, eux, eu plus de chance, car même s’ils ne sont certes pas arrivés sur la terre promise, ils n’ont pas payé de leur vie cette aventure à hauts risques.

Le tribunal suivra-t-il le procureur dans ses prétentions ? Ou les juges opteront-ils pour une peine plus clémente dans un procès qui se veut avant tout pédagogique ? Rendez-vous le mardi 8 décembre pour le délibéré. Ce jugement pose en effet la question de la responsabilité des familles qui encouragent souvent les jeunes à tenter une expédition qu’ils savent pertinemment lourde de tous les dangers, que ce soit à travers le Sahara ou la Méditerranée, se ruinant parfois littéralement pour que leur rejetons arrivent dans l’eldorado tant rêvé et dont ils espèrent qu’ils sortiront toute la tribu de la misère.

Tant de vies ont été fauchées souvent à la fleur de l’âge sans que pour autant cela ne décourage les futurs candidats au « suicide » et leurs proches. Pour beaucoup, mieux vaut terminer sa misérable vie dans la gueule d’un requin que de mourir à petit feu dans un pays où l’horizon est bouché. Du coup, on se demande si le malheureux père de Doudou, qui a dit regretter d’avoir planifié le départ de son fils et de ses deux compagnons d’infortune, n’est pas plus victime que coupable dans cette affaire.

Pour Mamadou Lamine Faye, c’est même déjà une double peine que de se retrouver à la barre, lui qui a déjà perdu son fils. Si la responsabilité des parents est engagée, c’est à se demander finalement si les vrais coupables ne sont pas ailleurs, notamment du côté des responsables étatiques, car si Doudou et toutes les autres victimes prennent autant de risques malgré les dangers dont ils sont conscients, c’est bien parce que nos Etats ont failli à offrir à leur jeunesse des perspectives reluisantes, que ce soit au Sénégal, dans le cas d’espèce, ou au Burkina Faso, au Mali, au Niger, etc.

A chaque élection, on promet invariablement des centaines et des centaines de milliers d’emplois aux femmes et aux jeunes, mais force est de reconnaître que la situation ne change guère considérablement.

Issa K. Barry


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