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Politique

Réélection de Rock Kaboré :Les raisons d’une victoire nette

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Sauf retournement spectaculaire de situation, il n’y aura pas de second tour à la présidentielle du 22 novembre dernier au Burkina. En effet, au terme d’une séance de délibération et de compilation des résultats, qui aura duré un peu plus de soixante-douze heures, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proclamé, le 26 novembre dernier, les résultats provisoires de la présidentielle qui donnent Roch Marc Christian Kaboré, vainqueur au premier tour, avec 57,87% des voix, devant Eddie Komboïgo et Zéphirin Diabré, arrivés respectivement en 2e et 3e position avec 15,48% et 12,46 des voix. Le premier constat que l’on fait, c’est que ce n’est pas une victoire sur le fil du rasoir. Loin s’en faut. Mieux, après tout ce qui a été dit, Roch Kaboré sort largement vainqueur d’une compétition électorale largement saluée par les observateurs internationaux qui ont dit tout leur satisfecit du processus électoral, malgré les imperfections qui n’étaient pas, à leur avis, de nature à entacher la sincérité du vote ni la crédibilité des résultats ; ce qui peut être une fierté pour le Burkina.

L’opposition misait fortement sur un second tour

Mais le pari n’était pas gagné d’avance pour l’enfant de Tuiré. Et pour cause. Tout au long de son premier quinquennat, le président Kaboré a fait face à des situations difficiles, allant des questions sécuritaires aux revendications syndicales et sociales, qui rendaient le pari d’une réélection à sa propre succession, qui plus est au premier tour, quasiment hypothétique. Mais avec patience et humilité, l’homme a su tirer force de ses faiblesses serinées à longueur de mandat, par ses détracteurs, pour colmater les brèches d’une gouvernance fortement décriée et qui a, par moments, volé au bas des pâquerettes au point que certains ne vendaient pas cher sa candidature à cette élection. A commencer par l’opposition qui misait fortement sur un second tour, inévitable à ses yeux, pour renvoyer le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et son candidat, méditer à leur place au CFOP (Chef de file de l’opposition). Est-ce pour cela que le processus électoral a connu le coup de gueule de l’opposition, dès l’annonce des premiers résultats qui donnaient une avance sérieuse au locataire du palais de Kosyam ? Tout porte à le croire. Mais toute raison gardée, avec le recul, cette victoire du président Kaboré se justifie à bien des égards. D’abord, en raison de la stratégie de l’opposition qui a abordé ce premier tour en rangs dispersés ; chacun prêchant pour sa propre chapelle dans le secret espoir d’être le challenger du chef de l’Etat à un éventuel second tour pour bénéficier du soutien de ses camarades dans le cadre de l’Accord politique signé en août dernier. C’est à se demander si dans leur for intérieur, chacun des opposants se sentait vraiment capable, à lui tout seul, de terrasser le président sortant. On peut en douter. Ensuite, tout porte à croire que des partis politiques comme le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) et l’UPC (Union pour le changement) qui se présentaient comme les principaux challengers du MPP, ont perdu beaucoup de forces dans les crises à répétition internes sur fond de démissions en cascades, qu’ils ont eu à gérer jusque pratiquement à la veille des élections. Pendant ce temps, la majorité au pouvoir qui a fait la preuve de l’efficacité de sa machine électorale, a su rester unie autour de son candidat, travaillant même à élargir au maximum sa base pour pouvoir ratisser le plus large possible. Sans oublier les soutiens de tous ordres dont elle a pu bénéficier.

Ces élections ont été instructives à bien des égards pour les Burkinabè

Et puis, il y a aussi la personnalité du chef de l’Etat dont la réputation d’homme pondéré et fédérateur, est loin d’avoir été démentie, qui a su faire fi des critiques acerbes qui fusaient de partout, pour se concentrer sur son programme qu’il a su tant bien que mal dérouler, malgré un environnement social, sécuritaire, économique, sanitaire avec la pandémie du Covid-19, peu favorable. Et qu’on aime Roch ou qu’on ne l’aime pas, certains résultats de son premier quinquennat sont visibles au niveau des populations. Notamment dans les domaines des infrastructures, de la santé, de l’éducation, et cela n’est pas rien. Au demeurant, on peut se demander si l’opposition ne s’est pas fourvoyée en croyant peut-être naïvement que la stratégie qu’elle a bâtie sur le bilan catastrophique supposé ou réel de Roch, suffirait à faire la différence et à tailler suffisamment de croupières à ce dernier au point de lui valoir le désaveu du peuple burkinabè dans les urnes. Quoi qu’il en soit, en attendant de savoir quelle sera la réaction de l’opposition au moment où s’ouvre la période du contentieux électoral, on a envie de dire que cette nette victoire du président sortant, au premier tour, est loin d’être un fait du hasard. En outre, il y a des raisons de croire aussi que le coup K.-O. qui était le slogan de campagne du parti au pouvoir, a été minutieusement préparé. En effet, au-delà du défi que cela représentait pour le parti après la disparition de Salifou Diallo, force est de reconnaître que Simon Compaoré et ses camarades de la majorité présidentielle ont véritablement mouillé le maillot pour leur candidat. C’est dire si sur bien des plans, l’opposition politique ne peut s’en prendre qu’à elle-même. En tout cas, elle a intérêt à revoir sa copie, si elle veut se donner de meilleures chances à l’avenir. Cela dit, on peut déjà se féliciter que le processus électoral ait pu aller jusqu’à cette proclamation des résultats provisoires par la CENI, eu égard aux frayeurs occasionnées par le coup de semonce de l’opposition suivi du retrait de ses commissaires de la structure nationale chargée de l’organisation des élections, qui a failli bloquer le processus. C’est déjà une preuve que les Burkinabè sont capables de dépassement de soi, dans l’intérêt supérieur de la Nation. C’est le lieu de saluer le retour des commissaires de l’opposition au sein de la CENI, pour la suite et la fin des travaux. En tout état de cause, le moins que l’on puisse dire, c’est que ces élections ont été instructives à bien des égards pour les Burkinabè. D’abord, par cette nette victoire du candidat sortant qui a su relever le défi du coup K.-O. qu’il s’était lancé. Et à voir les tendances des législatives, tout porte croire qu’il n’aura pas de mal à former une majorité à l’Assemblée nationale, pour avoir les coudées franches pour travailler. Ensuite, par la redistribution des cartes au sein de l’opposition politique désormais emmenée par le CDP dont le candidat est arrivé en seconde position. Enfin, par la montée en force de certaines formations politiques comme le NTD (Nouveau temps pour la démocratie) au moment où des formations comme le PAREN de l’illustre Professeur Laurent Bado ou encore la NAFA de Djibrill Bassolé semblent se chercher une nouvelle jeunesse.

« Le Pays »




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