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Côte d’Ivoire.L’émouvant hommage de Fernand Dédeh à Sidy Diallo

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Augustin Sidy Diallo... Mon frère, mon grand-frère. Le Seigneur qui t’aime plus que nous, t’a rappelé à lui. J’ai vu le journaliste Wakili Alafe fondre en larmes. « Eh, Sidy! Eh! Sidy qui est prêt pour tout le monde... Eh, Sidy »! Il ne le savait pas. Il faisait remonter les souvenirs de notre fraternité...

Oui, à titre personnel, tu as été là quand j’ai perdu mon père en 2001. « Considère que c’est mon père qui est décédé. ». Tu as été à mes côtés. Tu m’as honoré. En 2011, quand j’ai perdu mon frère aîné, tu m’as juste dit « transfère le corps à Ivosep ». Le reste, tu t’en es occupé, Mais tu es tellement « une tombe » que tu n’as jamais voulu que je rende publics tes soutiens. Dans ma Culture, ça ne s’oublie pas ça! Reconnaissance éternelle.

Notre rencontre...

Nos destins se sont croisés à Premoto. Tu en étais le PDG. Et des forces occultes voulaient te spolier de la sueur de ton front. C’était en 1997. Je n’ai pas accepté ce que je considérais comme une injustice et un abus de pouvoir. Je me suis tenu à tes côtés. J’ai été traîné en Justice. J’ai gagné le procès!

Nous sommes aussi du monde du sport. Et c’est au Sport que nos relations et notre fraternité se sont consolidées.

En 1992, je n’étais pas encore dans la presse. Mais j’ai dansé, chanté, crié de joie dans les rues comme tous nos compatriotes. Nous avions retenu l’exploit des joueurs et l’index de René Diby, alors ministre des Sports, pointé vers le ciel à Dakar. C’est le président Simplice Zinsou qui m’a révélé le rôle que tu as joué autour de l’équipe. « Ce garçon a du caractère. Il m’a empêché de voir l’équipe à Dakar ». Oui, Dakar, au Sénégal. À la CAN 92. Tu étais déjà là. Autour des Éléphants. Quand je t’ai rapporté les propos de l’ancien président de l’Africa Sports d’Abidjan, au Caire, pendant la CAN2019, tu m’as juste dit « Ah, il t’a dit ça? Est-ce que tu sais que le Président Houphouet-Boigny m’a fait des remontrances? Je lui ai dit, si j’avais autorisé tout le monde à entrer en contact avec les joueurs, nous n’aurions pas remporté le trophée... ».

Caractère trempé

Ton caractère était trempé. Et tu fuyais la presse. « Moi, je dis toujours la vérité. Je préfère éviter la presse. Mon père m’a toujours dit pour mieux vivre, il faut vivre caché. ». J’ai tout tenté pour une interview avec toi. La réponse a toujours été la même: « quand je serai prêt, je ferai l’interview. ». L’interview ne viendra plus jamais.

Ce samedi 21 novembre, en milieu d’après-midi, je déjeune avec le journaliste Wakili Alafe quand il reçoit une alerte. « Attends, Sidy Diallo, son cas s’est aggravé... ».

Un coup de froid. Des coups de fil. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Les proches qui décrochent le téléphone sont en larmes. Appétit coupé. « Ça allait mieux après son hospitalisation dans une clinique. Et puis son état s’est dégradé. Ça s’est compliqué ».

Le 9 novembre 2020, tu informais la communauté sportive de ton état de santé: contrôlé positif à la Covid19. 11 jours plus tard, le grand voyage. Terrible. Affliction générale.

Présence constante dans le football

Tu as en fait toujours été dans le football. Avec ta discrétion légendaire. Après 1992, tu as pris du recul avec l’équipe nationale. Mais tu as toujours soutenu l’équipe du Stella-club d’Adjamé, l’équipe « du Vieux ». L’équipe de ton aîné Amadou Diallo, parti trop tôt, avant toi. En 2000, tu es revenu à la fédération avec ton grand-frère Jacques Anouma. Pièce-maîtresse du dispositif Anouma. Homme de confiance. Tu as la haute main sur les équipes nationales. Caire 2006, finaliste de la CAN2006, Allemagne 2006, première participation de la Côte d’Ivoire à la coupe du monde, tu es là. C’est d’ailleurs en Allemagne, à Cologne, que tu prends la décision d’abandonner la charge de vice-président des équipes nationales. « Je vais m’occuper de mes affaires », me dis-tu. Jacques Anouma dira plus tard « je ne veux pas nommer quelqu’un d’autre à La vice-présidence chargée des équipes nationales. Je vais m’en occuper moi-même jusqu’à ce que Sidy Diallo revienne occuper son poste ».

Après le Golf, la fédération

Tu ne reviendras plus dans le staff de Jacques Anouma. En 2011. Par la force des choses, après la crise poste électorale, tu es élu président de la fédération ivoirienne de football. Tu me l’as dit « Je n’étais pas au courant. J’étais à Paris après la crise post électorale. ». Tout s’est décidé dans ton dos.

Oui, Malick Toé l’a confirmé. C’est à lui que les nouvelles autorités avaient demandé de remplacer Jacques Anouma à la fédération. Malick Toé a préféré, au regard de ton expérience, que tu prennes le poste. Il t’a fait la place et la passe.

Les arrangements de 2011 ont plombé ta gouvernance. Les clubs qui n’ont pas accepté le départ de Jacques Anouma dans les conditions évoquées, ont fait bloc contre toi. Ils ont pourri tes deux mandats à la tête de la FIF.

Promesses tenues en grande partie

Et pourtant, tu as été jusqu’au bout de tes idées et projets. Sauf la qualification au mondial 2018. Tu avais promis un deuxième titre de champion d’Afrique à la Côte d’Ivoire. En 2015, la Côte d’Ivoire est montée sur le toit d’Afrique. Déjà en 2013, les Cadets avaient été champions d’Afrique à Marrakech. Tu avais promis la revalorisation de la subvention aux clubs. De 35 millions à 50 millions pour les clubs de ligue 1 notamment. Aujourd’hui, la subvention est de 75 millions FCFA. Objectif atteint. Tu t’es engagé pour la médiatisation du championnat local. Pari réussi. Tu as promis améliorer les infrastructures sportives. Le stade à pelouse synthétique de Yopougon et celui d’Abobo opérationnels. Le stade Robert Champroux et le Parc des Sports éclairés pour des matches en soirée.

Tu avais voulu passer la main à la tête de la fédération. « J’ai atteint mon objectif. Je vais me consacrer à ma famille et m’occuper de mes affaires », avais-tu dit pour justifier ton départ. Le blocage du processus électoral à la FIF t’a contrarié. « Frère, tu vois, nous subissons un complot international ».

Tu pars, à 61 ans, sans avoir gagné ce dernier combat! Le monde du football te pleure!

Encadré/Primes impayées des Éléphants: Le grand malentendu avec Alain Lobognon

Il me souvient, ce jour de l’année 2014, au domicile du ministre Alain Lobognon. Après le mondial au Brésil, tu avais demandé à voir le ministre des Sports pour enfin aplanir vos différends et parler de l’avenir du football ivoirien.

Alain Lobognon était convaincu d’une chose: le football est un métier. Ceux qui le pratiquent sont des jeunes. La politique des jeunes de l’Etat doit les prendre en compte. Il avait alors partagé son idée de financement du football local. Mettre à la disposition des clubs, un soutien financier de 5 milliards de FCFA sur quatre ans. Aider directement les clubs pour les salaires des athlètes pour rehausser le niveau du championnat et contenir le départ prématuré des jeunes à l’extérieur. Il avait besoin pour ce faire du soutien de la fédération pour faire avancer son idée auprès du président de la République. Convergences de vues ce soir-là...

En 2015, le financement de la CAN en Guinée Équatoriale est venue plomber de nouveau, vos relations. Le ministre Alain Lobognon estimait que l’Etat devrait financer à minima, les sorties des équipes nationales, étant donné que les fédérations internationales prennent en charge, les dépenses lourdes des pays qualifiés. La fédération, au contraire, expliquait que l’Etat a toujours financé les campagnes internationales de la sélection et qu’il fallait s’en tenir à cela. Grosse incompréhension. Le chef de l’Etat a tranché. Le budget demandé par la fédération doit être mis à disposition. Cependant, la gestion doit être rigoureuse. Le ministre Alain Lobognon propose alors un processus transparent: les

Fonds directement gérés par le trésor public. Les primes des athlètes payées par virement bancaire.

Tout semblait bien élaboré. Jusqu’à la finale. Jusqu’au compte-rendu final des financiers. Sur les 3,5 milliards FCFA mis à disposition, plus de 300 millions FCFA de reliquat. En plus du trophée!

Seulement voilà! Quarante jours après la coupe d’Afrique, d’abord une rumeur folle de primes impayées, puis des accusations frontales contre le ministre de tutelle. Il a quitté le gouvernement sans jamais comprendre la réalité des faits.

J’ai, à plusieurs reprises, tenté de vous rapprocher tous les deux, comme en 2014, pour en parler franchement. Vous expliquer en grands garçons. Je n’avais jamais perdu espoir. Alain Lobognon est aujourd’hui en prison pour raisons politiques. Et toi, tu fais le très mauvais dribble de la vie.

Fernand Dédeh




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