Les lacs de Yamoussoukro, au nombre de dix, ont été créés en 1966 sous l’inspiration et le financement du Président Félix Houphouët-Boigny. Donnant, jusqu’à un passé très récent, fière allure à cette cité érigée en capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire depuis 1983, ces lacs artificiels peuplés de caïmans et de crocodiles constituaient une attraction touristique incontournable. Aucun visiteur venu à Yamoussoukro ne pouvait en repartir sans avoir fait un tour au bord d’un lac au moins, si bien que le nom de Yamoussoukro rimait avec ces étendues d’eau artificielles. Tout le monde rêvait de visiter Yamoussoukro et surtout ses lacs aux caïmans. De cette situation de splendeur, les célèbres retenues aquatiques, dans et autour de la ville natale du père de la Côte d’Ivoire moderne, sont désormais plongés dans une période de déclin graduel. Aujourd’hui, les lacs sont presque laissés à l’abandon par les autorités locales et nationales.
Ils étaient la véritable attraction lors de visites dans la ville, lors des célébrations des festivités de l’indépendance et de Paquinou (à l’occasion de la Pâques chrétienne). Cela est désormais un bien lointain souvenir depuis quelques années. Ces lacs sont envahis par des plantes aquatiques dites laitues. La terre avance dans les eaux, en en réduisant les superficies. Plus de touristes pour jeter de la volaille dans les lacs : les caïmans ne sont plus nourris convenablement. Les eaux sont devenues verdâtres du fait des souillures multiformes qui s’y déversent alors que les lacs ne reçoivent plus aucun traitement. Conséquence ; les lacs de Yamoussoukro n’attirent plus du monde. Cette situation a été aggravée par la disparition du mythique dresseur de ces nombreux sauriens, le vieux Dicko Toké que ceux-ci ont dévoré, à la stupeur générale, un après-midi de la Tabaski en 2012, sous les regards hagards et impuissants de quelques touristes et autres visiteurs locaux qui criaient, pleuraient.
Rôle touristique et mystique
Selon Kouassi Yao Maurice, secrétaire général de la chefferie Akouè, « dans le passé, des visiteurs venaient nombreux au lac numéro 4 en face de la résidence du Président Houphouët pour offrir des poulets à manger aux caïmans qu’ils photographiaient, filmaient pour garder un souvenir de leur passage dans la ville natale de l’apôtre de la paix. » Pour lui, tout cela relève du passé car le lac de la Présidence mais aussi tous les autres n’ont plus d’entretien, faute de moyens, si bien qu’ils présentent un visage terne et laid. Se replongeant dans l’histoire, M. Kouassi Yao Maurice révèle qu’outre l’aspect touristique et donc économique mais aussi embellisseur, ces lacs jouent des rôles mystiques de protection de la ville et de ses habitants, entre autres pour des femmes éprouvant des difficultés de procréation. Aussi, explique-t-il que l’on peut aller au bord pour expliquer sa difficulté aux génies et obtenir satisfaction. Lorsqu’une femme ne procrée pas, elle peut aller au bord, confier sa stérilité aux génies et tomber enceinte et ouvrir ainsi son cycle de procréation. Et cela est en relation avec les caïmans qui y vivent, qui sont adorés si bien que lorsqu’un d’entre eux venait à mourir, il était récupéré puis enterré et une cérémonie lui était dédiée. Et donc, ces caïmans ont un caractère sacré. C’est pourquoi, après la mort brutale du vieux Dicko, une opération destinée à réduire leur nombre (pour éviter leur sous-alimentation) a été annulée.
Robert-Patrice Zouhou
Correspondant régional
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