Pour les victimes ou leurs ayants droit, les années se suivent et se ressemblent. La douleur est aussi vive et l’amertume grande.
Ce fut encore le cas hier à Conakry à l’occasion du 11e anniversaire du massacre du 28-Septembre. C’était un lundi comme celui-là. « Un lundi noir, un lundi sanglant pour moi, un lundi d’humiliation, un lundi de pleurs », raconte une des suppliciées qui porte toujours dans sa chair et dans son âme les stigmates de l’infamie.
Le 28 septembre 2009, l’opposition guinéenne tenait dans le stade éponyme une manifestation pour protester contre la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara à la présidentielle.
Arrivé au pouvoir après la mort de Lansana Conté, cet officier subalterne, plutôt pittoresque, pour ne pas dire fantasque, avec de faux airs de Thomas Sankara, s’était subitement découvert une ambition politique en voulant troquer le treillis contre le costume-cravate ; alors que, dès sa prise du pouvoir, il avait promis de rendre le pouvoir aux civils dans les meilleurs délais.
C’est donc pour protester contre ce parjure que les manifestants rassemblés dans la cuvette de l’enceinte sportive vont subir les foudres des militaires guinéens. Bilan : 160 personnes tuées, 1 400 autres blessées et 110 femmes violées.
11 ans après, les victimes sont toujours à la quête d’une introuvable justice.
Beaucoup avaient pensé qu’avec l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en 2010 les choses iraient dans le bon sens. Hélas !
13 suspects, dont 3 en détention, ont été inculpés. Parmi eux Dadis Camara, en exil au Burkina, et Toumba Diakité, son aide de camp.
Mais depuis la fin de l’instruction en fin 2017, le comité de pilotage mis sur pied pour organiser le procès n’y parvient pas. La rénovation de la Cour d’appel, censée abriter le jugement, et la formation des magistrats et autre personnel judiciaire qui doivent gérer le dossier doivent être autant d’obstacles insurmontables.
Tout se passe comme si le pouvoir actuel n’était pas particulièrement pressé de rendre justice aux 450 victimes qui se sont portées partie civile dans l’affaire.
Jusqu’à quand les fantômes du 28 septembre, qui réclament justice, vont-ils errer comme des âmes en peine ? Bien malin qui pourrait y répondre.
Le locataire du palais de Sékoutouréya, qui briguera bientôt un 3e mandat, n’a-t-il pas d’ailleurs lui-même de nombreux cadavres dans son placard avec ces morts qui ont jalonné jusque-là son règne, auquel il n’est pas prêt de mettre un terme ?
Beaucoup de gens se demandent d’ailleurs si Alpha Condé n’a pas joué un jeu trouble lors des massacres. Ses pourfendeurs se plaisent à rappeler que l’actuel président était absent du stade, tout comme les cadres de son parti, le RPG (Rassemblement du peuple du Guinée). Certains bourreaux présumés de la boucherie auraient même été récompensés à son arrivée aux affaires jusque dans les cercles restreints de son pouvoir.
Ceci explique-t-il donc pourquoi la justice guinéenne se hâte lentement ?
Interrogé en 2018 sur le sujet, Alpha Condé avait créé la polémique en déclarant qu’il ne fallait pas se « polariser » sur cette tragique journée et en affirmant qu’il n’acceptait pas « qu’on ramène l’histoire de la Guinée au 28-Septembre ». A peine s’il ne dit pas que c’était un « détail de l’histoire » guinéenne…
Hugues Richard Sama
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