La ville de Cologne a perdu une de ses institutions : Le Pascha, le plus grand et le plus célèbre bordel du pays. La crise du Covid est passée par là.
Pandémie oblige, le Pascha, le plus grand bordel au monde, vient de déposer le bilan. Responsables : les mesures de protection sanitaire contre le coronavirus peu compatibles avec les ébats sexuels peau contre peau.
Les bordels sont fermés en Allemagne depuis des mois et, comme le virus recommence à circuler avec le retour des vacances, ils ne sont pas près de rouvrir leurs lits. Privé de son millier de clients par jour, le Pascha, une tour bleu ciel de 11 étages hébergeant 120 prostituées, était exsangue après des mois de perte sèche. « Nous sommes au bout du rouleau », constate son gérant, qui a l'impression d'avoir été lâché par les banques et abandonné par l'État. Impossible de planifier quand rien n'indique que les bordels vont être autorisés à reprendre leurs activités dans les mois à venir. Le Pascha n'arrivait plus à payer la soixantaine de salariés qu'il emploie dans son restaurant, ses cafés, ses salons de massages et d'esthétique.
Ouvert en 1972, cette véritable usine à sexe avait été autorisée à s'implanter à la périphérie de la ville. La municipalité de Cologne voulait ainsi éloigner les prostituées du centre-ville en les parquant loin des yeux des passants. En Allemagne, la prostitution est légalisée depuis 2002. Pour éviter la prostitution clandestine, la coalition sociale-démocrate-verte, dirigée par le chancelier Gerhard Schröder, autorisait alors la pratique. En légalisant les Éros Centers, les législateurs espéraient protéger et autonomiser les prostituées. En louant une chambre dans un bordel officiel régulièrement inspecté par les services sanitaires, les travailleuses indépendantes du sexe bénéficiaient désormais de droits sociaux, de l'assurance-chômage et de la couverture maladie. Elles payaient leurs impôts comme tout le monde.
90 % des prostituées venaient de l'étranger
Le secteur génère un chiffre d'affaires important et renfloue les caisses du fisc allemand. Mais cette législation, la plus libérale d'Europe, a vite généré des dérives criminelles. Près de 90 % des filles viennent de l'étranger, en particulier depuis la chute du mur d'Europe de l'Est, et aussi du Nigeria. Beaucoup ne sont pas venues de leur propre gré, travaillent dans des conditions illégales et sordides proches de la traite humaine. Alice Schwarzer, la grande dame du féminisme allemand, estime que l'Allemagne est en réalité « le paradis des proxénètes. » Les maisons closes sont une des grandes victimes de la pandémie et le « Rotlicht-Milieu » est en état de choc et se creuse la tête pour inventer des concepts d'hygiène pour protéger ses clients.
Le patron d'un bordel de luxe à Düsseldorf propose d'imposer le port du masque et de gants en latex à ses prostituées. À côté des préservatifs, des flacons de désinfectant. Une idée qui ne plaît pas aux épidémiologistes : difficile de garder la distance réglementaire et impossible, si le bordel devient un foyer d'infection, de retrouver la trace de clients soucieux de préserver leur anonymat. La pandémie n'a pourtant pas eu raison de la libido. Le virus s'est propagé comme une traînée de poudre lors d'une sex-party privée dans le quartier de Mitte à Berlin. Plus de 400 personnes qui étaient entrées en contact avec les partouzards ont été forcées d'observer une quarantaine et de faire un test. La demande reste forte et, Covid-19 ou pas, le commerce du sexe continue de plus belle dans la clandestinité.
Par Pascale Hugues, correspondante à Berlin
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