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L’Enquête du jeudi : Les acheteurs se plaignent de la hausse du prix des moutons, les vendeurs s’inquiètent du manque d’affluence.

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Demain vendredi 31 juillet les musulmans de la Côte d’Ivoire, comme ceux de bien d’autres pays, vont célébrer l’Aid El Addah, communément appelé fête de la Tabaski en Afrique. Comme le rapporte le saint coran, elle symbolise pour toute la communauté islamique à travers le monde, un acte de foi, de dévotion et de totale soumission à Dieu, posé par le prophète Abraham. A qui, Dieu a demandé d’immoler son fils Ismaël, pour justement lui témoigner, toute sa foi. Ce que le père du monothéisme s’apprêtait à faire, lorsque sous les ordres de Dieu, l’ange Gabriel lui envoya un bélier, en lieu et place de son fils. Voilà pour le sens de cette fête, qui est aussi la plus grande et la plus importante de l’islam, avec au centre cet important rituel qui est l’immolation d’un bélier. D’où l’importance que prend subitement le mouton pour les musulmans dès que s’annonce cette fête. Chacun voulant s’offrir un bélier, pour commémorer le sacrifice d’Abraham, ainsi que le lui recommande le livre sacré de l’islam, s’il en a les moyens. Mais cette année, la fête de la Tabaski survient sur fond de Covid 19, partout dans le monde. Il n’empêche qu’en Côte d’Ivoire, nombre d’exégètes de l’islam, veuillent tout de même s’acquitter de cet important rituel. Cependant, avec quels moyens financiers ? Quand on sait que les prix des moutons ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Une situation pas nouvelle en soi certes. Mais, qui connait un plus cette fois, du fait de la Covid 19.

Avec la réouverture des frontières terrestres, les parcs à bétails des communes de Port-Bouet, Attécoubé, Abobo ne désemplissent pas depuis que l’on est entré dans la semaine proprement dite de l’Aid El Addah.

Les béliers se comptent par milliers à Port-Bouet où le ministère des ressources animales et halieutiques, ainsi que le district d’Abidjan organisent depuis lundi 27 juillet dernier, la foire de la Tabaski.

A en croire le ministre Moussa Dosso et le gouverneur du district d’Abidjan, qui ont procédé à son ouverture officielle, « cette foire veut donner au plus grand nombre de fidèles musulmans, l’opportunité de s’offrir des moutons à moindre coût ».

Perte pour les commerçants

A Port-Bouet, selon les autorités municipales et les éleveurs, ce sont plus de 100.000 têtes de bovins qui sont arrivés.

Cependant, l’affluence est moindre cette année, en raison de la covid-19 qui a négativement impacté les économies.

Nous avons parcouru les communes de Port-Bouet, Koumassi et Treichville afin de nous imprégner de la réalité sur le terrain.

Sur le site de la foire, les prix des béliers d’une certaine catégorie ont été ramenés jusqu’à 50.000 F, voire 40.000 Fcfa. Ce qui est totalement différent du prix normal ou habituel, qui avoisine 150.000 F et même 200.000 F CFA, sur les différents parcs des communes d’Abidjan.

Les vendeurs présents à cette foire, soutiennent que « cette année étant une année particulière, mieux vaut faire ce sacrifice en acceptant de perdre ».

A Treichville, commune cosmopolite et d’intégration sous régionale, avec une forte communauté musulmane, ce n’est pas l’euphorie des années précédentes.

Les avenues et les rues qui devenaient de véritables parcs sont toutes presque vides.

Mais à l’avenue 14 Rue 17 chez le célèbre éleveur nigérien Mohamed Chahibou plus connu sous le pseudonyme de Papis, l’ambiance est bonne et les discussions avec des acheteurs sont chaudes.

Papis a dans son parc illégalement situé en pleine rue plus de 200 béliers tous importés du Niger. Qui les années passées, les vendaient à plus de 200.000 F CFA. Malheureusement à cause de la pandémie, il se voit dans l’obligation de réduire nettement les prix de ses bêtes. « Cette année c’est perdu. Ce mouton blanc coûte 300.000 F CFA. Mais actuellement s’il y a des clients pour des têtes de 100.000 F CFA, je suis obligé de vendre à ce prix. Je perds mais c’est mieux » affirme Papis.

A l’Avenue 12 Rue 17, nous trouvons un parc de plus 50 bêtes appartenant à dame Mariame Coulibaly. Qui en a fait son commerce, de façon occasionnelle depuis 6 ans.

« Je suis commerçante, mais j’importe du bétail juste pour la période de la Tabaski. Contrairement aux années passées, cette année, depuis deux semaines, je n’ai vendu que 12 moutons. Ce n’est pas facile. Je suis obligée de diminuer les prix pour que ces 60 bêtes que vous voyez là soient achetées. En fait, cette année, c’est la perte » révèle dame Coulibaly.


Faible affluence à Yopougon

A 48 heures de la célébration de la Tabaski, il y avait une faible affluence des clients au niveau du parc à bétails de Yopougon Port-Bouët 2. Les quelques-uns rencontrés sur le site jugent les coûts des moutons élevés

« Les béliers vont de 150 à 400 mille francs Cfa. Comme nous n’avons pas assez de moyens, mes frères et moi avons décidé de nous associer pour acheter un bœuf », confie Bakayoko Abou, rencontré sur les lieux, le mercredi.

« Vraiment la situation est difficile et toute particulière cette année, à cause de la Covid-19. Que les vendeurs essaient de baisser les prix, pour que nous puissions nous procurer une bête pour le sacrifice », plaide Mme Diomandé Assita.

Du côté des vendeurs, les affaires ne sont pas du tout bonnes.

Nombre d’entre eux interrogés, nous expliquent que « le marché est dur ». Conséquence, ils arrivent difficilement à écouler leurs bêtes.

« Les clients trouvent les prix des moutons élevés. Depuis près de 2 semaines, je n’ai réussi à vendre que 3 moutons. A ce rythme, nous serons obligés de baisser un peu les coûts pour ne pas subir de grosses pertes financières » confie Zoromé Brahima, un marchand de bétail.

A la question de savoir pourquoi les prix des moutons restent élevés, alors que leurs clients habituels n’ont pas cette année de grands moyens, il répond ceci : « le prix d’achat du mouton a augmenté au Mali, Burkina et au Niger à cause de l’insécurité due au terrorisme qui plombe l’activité des éleveurs sans compter le coût du transport qui a lui aussi grimpé ».

Et certains vendeurs s’obstinent à croire que les prix sont à la portée de toutes les bourses. « Chacun peut se procurer le mouton de son choix. Les coûts varient de 100 à 400 mille francs Cfa selon la taille et la race de la bête. », assure Arouna Dindané.

Et un autre de renchérir : « Les prix sont abordables. Puisque même avec 75 mille francs Cfa, on peut avoir une bête. En plus, ce sont des prix négociables. Donc, que les clients viennent on va s’arranger », confie Yacou Ouédraogo, un éleveur domestique.

De nombreux autres vendeurs domestiques se sont, pour la circonstance installés sur le site de vente de Yopougon Port-Bouët 2. Selon Yacou, ils sont mêmes les plus nombreux cette année.

Dans le but de comparer les prix pratiqués par les commerçants de moutons domestiques et ceux des marchés à bétail, nous avons rencontré l’artiste Ismaël Isaac, un des grands éleveurs et vendeurs de moutons domestiques d’Abidjan.

« Chez moi, on peut trouver un mouton à partir de 60 mille jusqu’ à 1 millions de francs Cfa, en fonction de la taille et de la race. Chaque Tabaski, je peux vendre 200 à 300 moutons. Cette année, j’ai déjà vendu plus d’une centaine », confie-il.


Le point de vente des moutons dans la commune d’Abobo, qui est désormais localisé sur le site de l’ancienne casse d’Adjamé, n’échappe guère à la même réalité : prix des moutons qualifiés d’exorbitants et manque d’affluence des acheteurs. Il ressort des propos tenus par la majorité des personnes, venues acheter des moutons, rencontrées l’après-midi du samedi 25 juillet 2020 à cet endroit que « les prix des moutons sont excessifs ».

Accompagné d’un de ses frères pour l’achat d’un mouton, Mamadou Traoré maintenancier en informatique le dit sans fioritures : « les bêtes coûtent trop chers. Pour un mouton que je veux acheter tout au plus à 150 000 Fcfa, jusque-là, les vendeurs avec qui j’ai échangé, me parlent de 200 000 Fcfa . Je vais encore tourner ».

En service au ministère de la Sécurité et de la Protection civile, Yssouf Coulibaly indique lui, que « les vendeurs de moutons devaient tenir compte de la baisse du pouvoir d’achat de plusieurs personnes, imputable à la crise sanitaire, pour réduire les prix des moutons. Plusieurs ménages ont vu leurs revenus considérablement diminués en Côte d’Ivoire. Nombreux sont ceux qui puisent en ce moment dans leurs économies, pour effectuer cet important sacrifice. Car ils ne travaillent plus ».

Covid 19 et attaques djihadistes en cause

Les vendeurs de moutons d’Abobo, tentent d’expliquer à leurs clients, les raisons de ces augmentations .Selon les arguments avancés par Ali Konaté, il y a la lutte contre la Covid 19 qui aurait occasionné la mise en place de plusieurs barrages des forces de l’ordre. « Il faut prévoir entre 100.000 F et 150 000 Fcfa de passes droit, pour franchir les différents barrages sans problème », affirme Konaté.

A cela s’ajoute la location du camion qui doit transporter les animaux, soit du Burkina Faso ou du Mali. Il faut pour cela débourser entre 800 000 Fcfa et 1 000 000 Fcfa.

Sans compter les autres charges afférentes à l’activité. Qui sont entre autres, la location du site, dont 8 m2 coûte 150 000 Fcfa l’année.

L’argument des barrages des forces de l’ordre pour la lutte contre l’infection au Coronavirus 2019 est aussi soutenu par Sidiki Traoré, vendeur de moutons et de bœufs à l’ancienne casse.

Mais pour lui, la raison la plus importante est sans nul doute l’insécurité qui règne du fait des attaques perpétrées par les djihadistes. « A cause d’eux, les vendeurs de bœufs et de moutons qui vont acheter les animaux au Burkina Faso et au Mali subissent quelques fois des tracasseries. Quand ils sortent indemnes de ces pays, ils augmentent le prix des animaux qu’ils y achètent ». Il ajoute qu’à cause des vols récurrents, dont les bergers maliens et burkinabés sont victimes de la part des djihadistes, ceux-ci n’hésitent pas à augmenter les prix. Ainsi, le prix des moutons qu’ils payaient à 80 000 Fcfa auparavant est passé à 100 voire 110 000 Fcfa.


Un danger de santé publique


La Tabaski a révélé des qualités d’éleveurs au sein des populations. Depuis de nombreuses années, l’élevage domestique, c’est-à-dire, celui qui est pratiqué à domicile, bien qu’illégal, a lieu dans plusieurs communes d’Abidjan.

A Treichville, l’élevage domestique est pratiqué dans plusieurs cours communes.

D’aucuns y ont même fait fortune dans ce commerce interdit. Mais qui, à cause de l’incivisme, donne l’impression d’être une activité autorisée.

La mairie de Treichville qui a toujours été interpellée par le ministère de la santé a enfin décidé de prendre ses responsabilités, en instituant des mesures fermes, pour mettre fin à cette forme d’élevage, aux conséquences dangereuses pour la santé humaine.

Le 5e Adjoint au maire, chargé de l’hygiène, Mory Camara et son équipe ont entrepris depuis quelques jours, des visites sur les avenues et rues de la commune, afin de démanteler tous ces types d’élevage.

Et l’un des plus impressionnants est celui du célèbre Papis. « J’élève mes moutons ici depuis plus de 20 ans. Mais cette année avec toutes les difficultés qu’on connait dues au coronavirus, la mairie vient me chasser encore d’ici. Les autorités disent que ce n’est pas bon pour la santé et que ça doit se faire dans un parc. Donc j’ai pris des contacts avec des propriétaires terriens à Bingerville pour que je puisse obtenir une parcelle, en vue d’aménager un parc et transporter toutes ces bêtes là-bas. Ainsi, je serai en paix » espère l’éleveur Mohamed Chahibou dit Papis.

Qui reconnait que l’élevage domestique est un véritable danger pour l’environnement, donc pour la santé.

Le 5e Adjoint de la mairie de Treichville a promis que la commune à partir de l’année prochaine ne comptera plus de parcs animaliers domestiques, insistant que la mairie y veillera avec la plus grande attention.

Cette période de la Tabaski a donc été accordée aux éleveurs afin de pouvoir vendre leurs bêtes et ensuite de mettre fin à ce commerce pratiqué dans les rues, devant les cours communes.


I.Sékou Koné,Boubacar Barry,Jérémy Junior









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