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Notre histoire politique de l'après Houphouet-Boigny

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Née dans l’affrontement, poursuivie dans l’exclusion de groupes ethno-sociologiques et l’élimination d’adversaires et de concurrents dénoncés, soit au sein de ses propres rangs, soit dans ceux qui représentent une menace à nos ambitions, notre histoire politique de l'après Houphouet-boigny, a sombré dans une crise et une guerre civile, totalement inévitable avec de telles pratiques politiques et conduites sociales. La mémoire construite sur cette période est aujourd'hui interprétée différemment dans le subconscient collectif, de manière tantôt sélective et déformatrice, tantôt globalisante et accusatrice. Les tensions que nous vivons actuellement s’enracinent pour partie, dans cette conflictualité avec ses clivages ethno-sociologiques et cette mémoire éclatée et différentielle, puisque les grandes divisions de la société Ivoirienne en découlent toujours, avec une résonnance particulière dûe au traumatisme subi pendant cette crise. Les uns ne voulant plus revivre ce qu'ils ont subi dans le passé et les autres voulant leur revanche sur l'histoire. Ainsi, se met en place toute une glose, qui cache cette réalité profonde par des systèmes rationnels de justification et des tentives de théorisation, qualifiant par substitution, ces oppositions fondamentales, de divergences supposées portées sur la gouvernance, l'appréciation du bilan du pouvoir sortant, les projets de société de l'offre politique, etc... Ainsi tout un chacun tient un discours explicatif sur ces oppositions, sur la base d'un mensonge viscéral, sans savoir dans un cas comme dans l’autre de quoi il est exactement question, ou en occultant sciemment ce qu'il en est réellement.

Cette lecture, aussi pertinente qu'elle puisse paraître pour rendre compte de la radicalité des positions des uns et des autres et de la violence des attaques d'un camp contre un autre dans la configuration actuelle des forces socio-politiques en présence, peut être questionnée au regard de la capacité de notre système politique à se fabriquer des ennemis dans une perspective militaire du terme, assise sur une volonté d'en découdre et de s'affronter, (même) en dehors des cadres conventionnels de la République. L’adversaire traditionnel transformé ou perçu en ennemi personnel, cesse d’être une simple indication sociologique aux multiples désignations linguistiques assez significatives d'un état d'esprit, utilisée selon les besoins des luttes internes de la démocratie, pour devenir une catégorie de pensée destinée à un usage tactique et pratique. Dès lors, l’interaction entre l’idéologique et la tactique dépend du déroulement même de l'actualité. Elle ne nous autorise pas à penser qu’il n’y eut qu’un seul mode pour désigner l’ennemi, mais toute une tactique langagière et politique. Ceci nous oblige à avoir une grille de lecture plus large des événements et de l'actualité, car découlant de plusieurs registres allant du non dit au spéculatif, en passant par l'illusion donnant de nos acteurs politiques une apparence et une image fausses, destinées à tromper le peuple, la communauté internationale et la vigilance de l'ennemi, qualifié officiellement et par perfidie politicienne d'adversaire.

Examiner la façon dont l’adversaire ou le concurrent politique est perçu ou traité comme un « ennemi , et désigné comme tel, au travers du discours circulant et de l'expression populaire, reste une préoccupation et une question ouverte qui permet de penser autrement les relations entre acteurs politiques, la compétition démocratique et la contestation (insurectionnelle et armée) dans notre histoire récente. La persistance de ces liens et de cette situation socio-politique nous oblige à chercher à comprendre comment la continuité de cet état de crise ouverte ou larvée a été assurée dans le temps, malgré la succession des différents régimes durant ces trois dernières décennies. Quels en sont les ressorts profonds, les mécanismes socio-psychologiques et culturels, les formes d'expression, les conditions d'apparition et d'évolution, etc....

Cette remise en perspective, exige de la part des intellectuels et des chercheurs, la constitution d'un corpus établi sur une base totalement objective, indépendamment des prises de position partisane (hélas beaucoup de nos intellectuels sont en réalité des partisans), et de l'influence des discours à la mode voulant imposer une pensée unique, universaliser une vision profondément partisane ou imposer une interprétation exclusive de l'histoire qui leur soit favorable dans l'opinion publique (manipulation de l'opinion). Dans cette perspective novatrice ( changement de clivage et de paradigmes de la pensée), les luttes idéologiques et politiques (enjeux de pouvoir) n’occupent plus le devant et laissent d’autres logiques se mettre en œuvre (scientifique et déplacement de point de vue sur la base de nouveaux critères). La constitution de ce corpus ne doit pas correspondre, sinon qu’en partie seulement et de manière très limitée, à la logique qui prévaut dans les débats politiques. Il est manifeste que, sous les débats et des pratiques politiques, des groupes socio-politiques, tantôt majoritaires et tantôt minoritaires en fonction de la reversibilité des alliances et des migrations politiques, ont construit une "Nation" profondément divisée et exclusiviste, en conservant des structures de pensée héritées des décennies antérieures. Pour en démonstrer la pertinence, de manière pragmatique, nous devons suivre tous les différents discours et les differents actes de la classe politique sur les 30 dernières années, qui intègrent ou nous renvoient à la notion d’« ennemi », comme il convient de le faire parallèlement à propos de la notion de « citoyenneté » ou de « rebellion» ou encore de "démocratie inclusive et participative".

Les preuves irréfutables apparaissent et sont établies dès l’examen des textes de Loi, notemment de la Constitution, qui statuent sur les rapports qu’il convient d’avoir vis-à-vis de "l’ennemi" tel que désigné dans le subconscient collectif de la "Nation" et dans le discours politique populiste et ethno-nationaliste. Les conflits politiques, mais économiques également, qui ont fait basculer la République dans la rébellion, ou qui ont fait basculer le pays dans la guerre civile, trouvent leur origine dans cette instrumentalisation du Droit. Ils ont fait surgir de nouvelles catégories de militants et d'opposants sous des appellations diverses ( faux ivoiriens, ivoiriens de l'étranger, rebelles, xénophobes, tribalistes, anti-républicains, ethno-nationalistes, ect) qui recoupent en réalité la résurgence des divisions de la société, pré-citées plus haut. Les proclamations et les accords politiques de paix, de réconciliation, d'inclusion, d'unité et de fraternité ont traduit de bons sentiments qui n'ont pas trouvé une application concrète hier et aujourd'hui encore, dans certains aspects. C'est un lourd héritage que nous portons qui permet tout juste de rénoncer à la criminalié politique, au recours à la violence au regard des blessures du passé et surtout de la dissuasion exercée par la CPI. Mais ici encore, ce n'est même pas un acquis définitif. Le compromis n'a pas fonctionné, entre factions et ambitions rivales, entre intérêts personnels et intérêt général, entre affinités tribales et aspirations nationalistes. Cette interprétation est confirmée par les tensions actuelles et le recoupement des proximités idéologiques et politiques, avec les proximités géographiques et ethniques. Nous parlons de faits sociaux, donc de phénomènes majoritaires, qui acceptent la présence de phénomènes minoritaires ou marginaux contraires dans une même société. Il n’y a pas de contradiction ( avertissement à l'endroit des polémistes qui souhaiteraient s'y engouffrer).

CONCLUSION :

Les réalités géopolitiques demeurent de fait dominantes et le fondement de nos attitudes et conduites socio-politiques, mais également des priorités pour la gouvernance du pouvoir, malgré les mutations de la post-modernité ( révolution des NTIC et évolution culturelle du corps social ). Le nouvel usage du mot « adversaire politique », ancré dans les luttes politiques plutôt que dans le discours politique d'aujourd'hui, recouvre non pas une évolution des mentalités, mais encore et de manière souterraine et hypocrite, le sens "d'ennemi" en Côte d'Ivoire. Cette réalité n'est pas totalement ignorée par le législateur et le judiciaire dans leur pratique étatique. Ce qui contribue à exacerber les tensions. Nous devons faire désormais très attention à ce que nous faisons pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Ce n'est pas un discours normatif , mais pédagogique. Nous devons être conscients de notre fragilité (crise sanitaire, difficultés économiques post-covid, incertitude politique, menace terroriste sur nos frontières, préparation d'une contestation insurrectionnelles ) et des périls qui s'accumulent au-dessus de nos têtes.

Pierre Soumarey




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