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Economie

L’Enquête du jeudi : sinistrées par la Covid 19, les compagnies de transport demandent la fin de l’isolement d’Abidjan

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L’une des corporations qui subit de plein fouet les effets collatéraux du Coronavirus 2019, est bien celle des transporteurs. En particulier, ceux qui desservent les villes de l’arrière- pays, à partir d’Abidjan.

Depuis l’isolement de la capitale économique du reste du pays, cette catégorie de transporteurs a été contrainte de cesser ses activités. Et ce, sur les instructions du Conseil national de sécurité (Cns). Qui œuvre ainsi à éviter une propagation à grande échelle, du coronavirus en Côte d’Ivoire.

Du fait de l’arrêt du transport, plusieurs véhicules sont immobilisés et de nombreux travailleurs du secteur sont contraints de rester à la maison, sans revenu.

A Marcory, Mme Tarnagda Mariame de la compagnie internationale Genesis Transport Service ( GTS), nous confie, l’âme en peine :« nous transportons des voyageurs sur Accra, Cotonou et Lomé. Mais avec le déclenchement de cette maladie et la fermeture des frontières depuis 4 mois, c’est une vraie galère que nous traversons. Parce que moi-même, en tant que première responsable de GTS, je n’arrive pas à assurer le minimum ni pour ma famille, ni pour mes proches collaborateurs qui sont le chef de gare et les chauffeurs » affirme- t-elle.

Depuis plus de deux décennies, l’Union des transports de Bouaké,(UTB) est le leader du transport terrestre en Côte d’Ivoire. Son directeur d’exploitation et commercial William Bla Kauphy, rencontré à Koumassi, à la direction de cette entreprise, explique avec amertume, les impacts de la Covid 19 sur sa compagnie, dont le modèle d’organisation et de gestion est aujourd’hui cité en exemple dans le secteur. « Depuis le début de la pandémie, 90 % de nos activités sont aux arrêts et nous avons été obligés de mettre au chômage technique 800 travailleurs.A ce jour, cela fait une perte de plus de 18 milliards CFA, c’est énorme.Mais avec l’organisation que nous avons mise en place étant donné que nos cars peuvent desservir les villes de l’intérieur à partir de Bouaké, nous arrivons à assurer 30% des salaires de nos agents en chômage technique. Mais honnêtement, nous sommes à bout de souffle » reconnait le directeur d’exploitation et commercial d’UTB.

Contrairement à UTB, la Compagnie de transport Express (CTE), est plutôt fermée depuis. Selon Fofana Ben, le responsable de la gare, la situation est plus qu’intenable. « Nous n'arrivons plus à vivre. Cela fait 4 mois que nous sommes sans salaire. Le Pdg a dû libérer tout le personnel de la gare, sauf le gardien qui veille sur le matériel. Si le gouvernement ne veut pas augmenter le nombre de bandits de grand chemin, qu'il nous permette de reprendre le travail », plaide-t-il de tout cœur, ajoutant qu'ils sont prêts à respecter les mesures barrières.

Joint par téléphone, le PDG de la CTE nous explique que la reprise sera difficile compte tenu de toutes les charges qu'ils doivent supporter. « Nous déboursons 100 millions de francs Cfa pour l'achat d'un car. Et nous employons près de 1000 employés. Avec cet arrêt de travail, c’est près de 10 millions de Fcfa que nous perdons par mois », indique-t-il

A Yopougon, la gare UTB qui s’y trouve, vit actuellement comme beaucoup d'autres, de la gestion du courrier, pour ne pas avoir à fermer ses portes. « Nous essayons de nous maintenir un peu avec notre service UTB Express spécialisé dans l'envoi de colis, et courriers pour ne pas fermer complètement. Mais, ce n’est pas du tout facile », nous dit Aké Larissa, chef du service courrier de la Compagnie

Les responsables syndicaux des différentes sociétés de transports, éprouvent les mêmes appréhensions que leurs entreprises adhérentes, quant à la faillite que celles-ci pourraient connaitre, si la situation devait perdurer.

Abou Diallo, président du Syndicat national des transporteurs terrestres unis de Côte d’Ivoire (Synttu-CI), par ailleurs vice-président du Syndicat national des transporteurs terrestres de Côte d’Ivoire ( Syntt-Ci) révèle que ; les 3 000 membres (à savoir chauffeurs, apprentis, chargeurs et personnel administratif) du Synttu-CI et les 5 000 du Syntt-CI, sont sans revenus depuis près de 5 mois .

« Nos adhérents vivent difficilement du fait de cette situation. Ils ont du mal à faire face à leurs charges familiales et autres. Mais en accord avec le Haut conseil du patronat du transport, nous avons décidé de ne pas faire de grève », dit-t-il.

Yacouba Diakité, président du Collectif des fédérations des syndicats de chauffeurs professionnels de Côte d’Ivoire (Cfscp-CI) et de la Fédération nationale de syndicats unis de Côte d’Ivoire (Fenascu-CI), indique pour sa part ceci : « dans le milieu du transport, ce sont 600 à 700 membres sur 1 000 comprenant ses deux structures, qui ne travaillent pas. Ce sont aussi 10 000 de leurs véhicules qui ne circulent plus ». Certaines conséquences pour Yacouba Diakité sont, entre autres, les arriérés de loyer, les difficultés à assumer les charges quotidiennes.

D’autres conséquences et non des moindres, sont aussi évoqués. En effet, soutiennent ces différents responsables syndicaux, l’immobilisation d’une automobile durant des mois peut causer des ennuis mécaniques. Ce qui selon eux, nécessite de toute évidence, de faire un tour chez le mécanicien avant une remise en circulation des véhicules.

Ils ajoutent que l’exploitation des cars de transport implique des contraintes financières, liées au paiement des traites, de l’assurance, des visites techniques, de l’achat de vignettes et cartes grises. Ainsi que le paiement des impôts et des cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) pour les entreprises légalement constituées.

Dans l’état actuel des choses, les transporteurs de l’avis de Abou Diallo et Yacouba Diakité ont du mal à faire face à toutes ces charges. Sans compter que les sommes qu’ils doivent débourser à ce sujet, sont parfois faramineuses. «Un car de 70 places coûte un peu plus de 80 millions Fcfa. Il faut 3 ans pour le payer. Si l’on y ajoute les agios, il revient à près de 100 millions de Fcfa », affirme Abou Diallo. Qui ajoute, « pour un car de 70 places, un pneu coûte 125 000 Fcfa. Les 6 pneus font 750 000 Fcfa. Il faut au bas -mot 1 million Fcfa pour remettre en l’état un car de 70 places en circulation après une longue période d’immobilisation, comme c’est actuellement le cas. »

Plusieurs autres compagnies de transport dans lesquelles nous sommes passés le lundi 6 juillet dernier sont fermées. On peut citer entre autres : FST, labelle transport et MDT….

D’autres types d’opérateurs touchés

L’arrêt des activités des entreprises de transport, porte aussi préjudice à des opérateurs économiques, dont les activités sont liées à des déplacements réguliers, entre Abidjan et l’intérieur du pays.

Awa Traoré est une commerçante d'articles divers résidant à Dimbokro. Elle se rend fréquemment à Abidjan avec la Compagnie CTE, pour faire ses approvisionnements. Mais depuis plus de 2 mois, elle est bloquée à Abidjan avec ses marchandises.

“ Je ne sais plus où donner de la tête. Depuis plus de 2 mois, j'attends mon laisser-passer pour partir à Dimbokro. Mais je ne l'ai pas encore reçu après avoir effectué deux fois la demande. Je suis venue récupérer mes bagages ce matin à la CTE, en vue de les acheminer chez ma fille qui m'héberge en ce moment. J'ai dépensé beaucoup d'argent pour les frais de magasinage. En plus, j’ai laissé une famille et deux magasins à Dimbokro. Que le gouvernement ouvre l’accès au Grand Abidjan, pour que nous puissions travailler et avoir de quoi nous nourrir », implore- t-elle.

Un autre, Diallo Mamadou, est lui vendeur de pièces détachées. Il se rend à Abidjan presque tous les mois, pour se ravitailler. Mais depuis l’instauration de cette mesure, son activité est à l’arrêt.

“Mes revenus ont considérablement baissé car je ne peux plus livrer les pièces que mes clients commandent. C'est difficile pour un père de famille qui a beaucoup d'enfants”, se lamente Diallo Mamadou.

Qu’en est- il du fonds d’aide du gouvernement ?

Dans le but d’aider les opérateurs économiques impactés par la Covid 19 à relancer leurs activités, l’Etat a mis en place un plan de riposte économique sociale et humanitaire…., doté de 1700 milliards de Fcfa, qui est aussi ouvert aux transporteurs. « Ce serait une bouffée d’oxygène pour les transporteurs, s’ils pouvaient effectivement en bénéficier. Voyez- vous, tout part d’Abidjan qui est isolé depuis 4 mois des autres villes de l’intérieur, qu’allons- nous devenir dans les mois qui viennent si rien n’est fait ? En tout cas à UTB, nous avons constitué tous nos dossiers qui ont été validés par les autorités depuis juin. Donc, nous attendons ce soutien financier de l’Etat. Mais, nous voulons de tout cœur la réouverture des frontières et la circulation entre le Grand Abidjan et l’intérieur du pays. Parce que c’est du transport que nous vivons » plaide William Kauphy.

Toutefois les conditions d’accès au montant qui leur est consenti, font l’objet de critiques de la part de nombre d’acteurs du secteur. De l’avis de Abou Diallo, lesdites conditions sont trop contraignantes. Il en veut pour preuve « le bilan des activités des années 2017, 2018 et 2019, le bilan des recettes, la régularité concernant les impôts, les cotisations à la Cnps, et autres, qu’il faut apporter. ».

Or, certaines compagnies de transport ne sont pas organisées en entreprises. Toute chose qui, pour lui, leur barre l’accès à ce soutien financier. Pour ce syndicaliste, les transporteurs qui remplissent ces conditions ne sont pas nombreux. En conclusion il estime que c’est tout simplement « trop leur demander ».

A en croire Yacouba Diakité, les dossiers pour l’accès au fonds, doivent transiter par le Haut conseil.

Une démarche qu’il a demandé à ses syndicats de base, de ne pas suivre. Il leur recommande de ne pas souscrire au fonds, arguant que le Haut conseil ne défend pas valablement la cause des transporteurs.

Un avis qui n’est pas totalement partagé par Abou Diallo. Celui-ci salue les démarches de la plus haute instance du transport. Qui, selon ses dires, a pris langue avec le ministère des Transports, qui a promis d’œuvrer en vue d’alléger les conditions d’obtention des appuis financiers dus aux transporteurs.

En revanche, les deux syndicalistes supplient l’Etat, afin qu’il réduise au maximum le coût des assurances durant cette mauvaise période que traverse le secteur du transport terrestre. Et qu’il annule les patentes et visites techniques des véhicules immobilisés, en attendant la reprise effective.

Tout comme ils souhaiteraient voir autoriser, « la reprise du transport entre le grand Abidjan et le reste du pays. En mettant à bord de chaque véhicule transportant des passagers, une personne chargée de veiller au respect des mesures barrières au cours du voyage ».

Même si le gouvernement accède à cette requête, il faudra de l’avis de Abou Diallo, au moins un an aux entreprises, même financièrement nanties, pour atteindre les 100% de leurs capacités de fonctionnement.

Boubacar Barry,Ibrahim S. Koné, Jérémy Junior













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