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Internationale

Amadou Gon Coulibaly : Une mort qui remet les cartes … à l’endroit

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Amadou Gon Coulibaly est mort ce mercredi 8 juillet 2020 à Abidjan. Il s’est écroulé en plein Conseil des ministres, à 61 ans, moins d’une semaine après son retour en Côte d’Ivoire. Le 2 juillet dernier en effet, le Premier ministre ivoirien était rentré d’un séjour médical de deux mois en France. Il y avait été évacué le 2 mai 2020, en pleine crise du coronavirus, alimentant de ce fait les conjectures les unes plus catastrophistes que les autres.

C’était censé être un simple contrôle de routine de son cœur huit ans après une intervention chirurgicale en 2012. Et plus le séjour français s’étirait, plus la lagune Ebrié bruissait de rumeurs folles. Jusqu’à ce que l’illustre patient de laPitié Salpêtrière rentre au bercail, accueilli, chose inhabituelle dans les usages protocolaires, par le président Ado en personne, son épouse Dominique et le Tout-Etat. Tout heureux de retrouver son pays natal, il affirmait, malgré son apparence et sa démarche peu assurée, qu’il était rentré « en forme ». Pas tant que ça, au regard de sa mort subite.

Celui qui vient d’être emporté par la Faucheuse était un vieux compagnon de route du président Ouattara. A Abidjan, on dirait presque son bon petit. Diplômé de l’Ecole des travaux publics de Yamoussokro dont il sort ingénieur en 1982, il intègre en 1990 le cabinet d’Ado devenu Premier ministre du Vieux mourant. C’est le début d’un long compagnonnage qui fait de lui l’un des fidèles parmi les fidèles à côté d’autres comme les Ali Coulibaly, Henriette Diabaté et même l’actuel vice-président, Daniel Kablan Duncan, et bien d’autres. Il migre du PDCI au RDR à sa création et accompagne son mentor dans sa longue traversée du désert jusqu’à ce qu’il arrive aux affaires à l’issue des élections de 2010 qui ont débouché sur le conflit qu’on sait. Député de 1995 à 2000, il devient ministre de l’Agriculture, de 2002 à 2010, dans le gouvernement d’union nationale né des accords de Marcoussis. Après la crise postélectorale de 2011, il est tour à tour ministre d’Etat, secrétaire général de la Présidence avec rang de ministre d’Etat, ministre du Budget et du Portefeuille de l’Etat et, depuis le 10 janvier 2017, Premier ministre de la Côte d’Ivoire.

Un cursus honorum s’il en est qui devait être consacré définitivement en octobre prochain. Puisque dauphin désigné d’Ado, il devait être le candidat du Rassemblement pour la démocratie et la paix (RHDP). La mort en a décidé autrement. Comme le dit si bien le dicton, l’homme propose et Dieu dispose. En l’occurrence, Ado a proposé, pour ne pas dire imposé, mais le sort en a décidé autrement. Autant dire que la disparition d’AGC rebat les cartes au sein de la majorité présidentielle. A moins qu’elle ne les remette … à l’endroit. Qui en effet pour remplacer au pied levé le Lion de Korogho, comme on le surnommait, qui vient de quitter la jungle politique ivoirienne ?

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le ministre Ahmed Bakayoko de la Défense, qui assurait l’intérim du chef du gouvernement à son absence, se verrait le faire. Mais peut-il prendre le risque de confier le destin de la Côte d’Ivoire à cet autre «bon petit» mais encore si tendre et si turbulent ? On peut raisonnablement en douter. Patrick Achi, l’actuel secrétaire général de la Présidence ? Ou Daniel Kablan Duncan qui, lui, a l’étoffe et l’expérience d’un homme d’Etat mais… ?

Et si finalement, comme on l’indiquait plus haut, les cartes étaient remises à l’endroit, faisant ainsi d’Ado le successeur du candidat du RHDP ? Et quand bien même il ne le voudrait pas, les militants l’imploreraient de se retrousser à nouveau les manches et de « faire don de sa personne » pour sauver la Côte d’Ivoire. Vu que son ex-allié Henri Konan Bédié, à 86 ans, doit se faire investir les 25 et 26 juillet prochains au cours des « conventions éclatées » du PDCI-RDA, il est peut-être écrit, qui sait, qu’on assistera de nouveau à un choc des pachydermes de la faune politique ivoirienne, pour ne pas dire des dinosaures, qui devaient avoir la sagesse de faire valoir leurs droits à la retraite. Hélas…

Issa K. Barry




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