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Culture

Culture et développement : A quand la révolution culturelle ?

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C’est devenu un truisme de dire que tout projet de développement qui ne prend pas en compte la dimension culturelle est voué à l’échec.  Aussi après l’échec depuis un demi-siècle de toutes les politiques économiques et d’ajustements structurels, au lieu d’agonir la colonisation et ses avatars, il est de plus en plus question de proposer des ajustements culturels pour espérer développer le pays.
 
 
De manière paradoxale, l’Afrique s’appauvrit depuis les indépendances. Jean-Marie Onana note que ce continent couvrait 107% de ses besoins en 1960 et 70 % en 1990. Si l’on ajoute à cela les deux décennies suivantes avec la catastrophe qu’ont été les plans d’ajustement  structurel  du FMI et de la Banque mondiale en sus de la nouvelle géopolitique mondiale qui déstabilise les pays du continent pour accaparer leurs ressources, on peut dire que l’Afrique est au plus mal.
 Il est donc évident qu’au-delà des boucs émissaire tout désignés que sont la colonisation et le néo-colonialisme, qui sont des causes exogènes, il y a lieu de chercher des causes internes en questionnant le rapport de l’Africain au monde, sa vision, en somme sa culture pour voir quels sont les éléments qui constituent des freins au développement. Dans cette démarche, il est impératif de définir la culture pour éviter de retomber dans le folklore comme le retour à l’authenticité ou la célébration de la fête perpétuelle.
Il nous revient une anecdote qui est révélatrice de l’indéfinition de la notion de culture dans nos pays et dans les cercles de décision ; il s’agit d’un atelier qui s’est tenu à Bobo-Dioulasso pour discuter des réformes de la Semaine nationale de la culture. Il y a eu une polarisation autour de la suppression ou non de la compétition au niveau des troupes traditionnelles. Les tenants de la suppression de la compétition arguaient qu’on ne pouvait mettre des cultures en compétition du moment qu’elles ne sont pas issues de la même aire géographique. Au nom du relativisme culturel, ces hommes se trompaient complètement de combat car il ne s’agit nullement de mettre en compétition des cultures mais seulement des expressions artistiques sur une scène moderne qui a ses exigences.
Nous avons le même malentendu avec le département de la renaissance culturelle au Niger, où cette renaissance se décline uniquement en développement des biens et services de la culture, un réductionnisme qui vide la culture de son âme pour en faire un objet marchand. Les départements de la culture en Afrique ont souvent une vision éborgnée de la culture.
La culture dont il est question ici ne peut être l’apanage d’un département ministériel parce qu’il s’agit de la « culture noyau », la kernkulturconceptualisée par Verena Tobler Müller, c’est-à-dire les fonctions, les structures et les codes perçus comme incontournables dans la survie d’une société donnée. Il s’agit, par exemple, de questionner le rapport de certaines sociétés africaines au bien public et à la propriété, rapport souvent problématique. En swahili et en lingala, le verbe « avoir de l’argent » n’existe pas, on dit « être avec de l’argent ». Peut-être que cela explique qu’il soit plus important d’exposer sa richesse à travers les grandes marques que d’avoir une épargne et de puiser dans les caisses de l’Etat pour ériger des châteaux fantômes dans son village.
C’est pour cela qu’il faut repenser le développement en compatibilité avec la culture noyau pour éviter le rejet de la greffe par le corps social. Tout projet de développement devrait donc prendre en compte les symboles, les mythes qui structurent la vision du monde des bénéficiaires  en s’appuyant sur les aspects culturels favorables et en essayant de changer les aspects qui sont régressifs. Etant entendu que même si la culture est difficile à changer elle est dynamique en ce sens qu’elle n’est qu’une réponse à un contexte donné.
 
Les refus du temps et de la pensée
 
Un des boulets culturels relevé par Marie-Louis Ropivia est le rapport au temps de l’Africain, qui est assez lâche dans un monde globalisé où tout le monde se soumet à la dictature du sablier. Il note qu’il y a une dysharmonie entre les trois systèmes horlogers que sont l’horloge biologique (veille diurne et sommeil nocturne), l’horloge socio-économique (temps de travail, de loisir et de repos) et l’horloge culturelle (mariages, baptêmes, funérailles, visites familiales). En effet, la confusion entre ces différentes horloges est cause des absences et retards au travail, des heures de service utilisées à d’autres activités et surtout du manque de productivité de l’Administration. Il suffit de voir comment les débits de boissons sont achalandés pendant les heures de service pour comprendre le peu d’intérêt que la majorité des populations accordent à la valeur du travail.
Un autre handicap est le mépris dans lequel l’autorité  politique tient l’intellectuel. Celui-ci devient un marginal. Tantôt assimilé à un dissident ou à un doux rêveur. En rejetant l’intelligence,  l’Afrique se condamne  à une aumône économique et à la consommation des modèles de développement faits par d’autres. Pourtant, il n’est pas de développement sans une masse critique de cerveaux locaux pour penser des modèles adaptés aux réalités nationales. En Asie, même les pouvoirs dictatoriaux ont compris qu’il faut encourager les études supérieures, la recherche et l’innovation pour espérer s’extirper de la fange de la misère. La Chine table actuellement sur son brain trust pour s’imposer dans le monde. Même Kim Jon Un, malgré ses lubies, sait que la survie de la Corée du Nord dépend de la capacité de ses savants à en faire une puissance militaire.  Pour mettre fin à cette quasi-absence de la pensée africaine, il faut que les pays africains créent des brain trust et acceptent le brain storming, l’exercice libre de la  pensée critique. 
L’Afrique doit encourager la production intellectuelle, la recherche et l’innovation. C’est à ce prix que l’Africain pourra marcher sans précepteur sur le chemin du développement. En réalité, la différence entre pays développés et sous-développés n’est pas liée aux ressources des uns ou des autres, la différence est dans l’usage du génie des uns pour transformer leurs ressources et améliorer leurs conditions de vie dans leur environnement, d’un côté, et de l’autre, le refus d’utiliser leur génie propre pour transformer leurs ressources. Pourtant il est impossible d’importer un modèle de développement car tout objet technologique est un précipité de culture,comme le notait Joseph Ki-Zerbo
Comment parvenir à cette révolution culturelle ? Il faut simplement remettre l’éducation et la culture au centre des priorités et investir dans la formation des élites tout en démocratisant le savoir.  Cela passe sans doute par une réforme des institutions, pour éviter l’émiettement des structures et l’éparpillement des énergies et des objectifs. Pourquoi pas une fusion des départements de l’éducation, de la culture, des sports et de la jeunesse en une seule entité pour mettre cette entité nouvelle au service d’un seul but : l’avènement d’un Africain nouveau ? Et comme tous les pays du monde qui aspirent au mieux-être de leurs populations, redonner à l’intelligence, à la connaissance et à la créativité  une place de choix. Le politique doit se mettre à l’écoute du penseur africain et du penseur d’Afrique, le brain trust et le drain trust. Et il est urgent de réformer l’université et la recherche pour en faire une locomotive de notre développement et non, comme de nos jours, la cinquième roue du carrosse.
Pourquoi leur est-il si difficile, à ces politiciens africains, de comprendre que c’est le cerveau et non le ventre ou la sébile tendue qui fait de l’homme le maître de son destin ? 
 
Saïdou Alcény Barry
 



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