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Témoignage :Disparition d’Ahima Boikary  : Le dernier à rejoindre les premiers prédicateurs

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La disparition terrestre du guide religieux musulman, Elhajj BOIKARY FOFANA, dimanche, 17 mai 2020, 21 Ramadan 1441H n’a laissé personne indifférent dans le pays. Tellement d’hommages lui ont été rendus que nous voulons en ajouter parce que nous avons été un de ses derniers élèves à la Médersa, SAKAFIYA au quartier cimetière d’Adjamé dans les années 1960. Il nous a appris comment il fallait bien écrire en nous tenant droit. Il nous enseignait en compagnie d’un arabe. Nous étions plus d’une soixantaine d’enfants dans une grande salle de classe qui servait de classe diurne et nocturne pour les cours d’alphabétisation. Il prêchait dans la première mosquée d’Adjamé avant la construction de l’actuelle. Pendant les nuits de KADR, il prêchait non loin de la cours familiale sur la rue Nangui Abrogoua. Quand il s’en volé pour aller chercher le savoir qui est une exigence en islam, un autre Moualim (mon maitre en arabe, ndlr) l’a remplacé. De retour au pays, il s’est consacré à la prédication tout en travaillant pour gagner sa vie. 
Nous ne pouvons pas évoquer l’illustre disparu sans citer ses compagnons de route et de travail : Elhajj TIDJANE BAH, le grand MOUFTI qui fut un de ses maitres à Treichville ; Mohamed Lamine KABA dont le Medersa à Williasville servait de lieu de réunion et d’apprentissage. Nous étions à leur côté. Ensuite il y avait Elhajj Souleymane DOUMBIA, journaliste à la RTI (Télévision), le géographe ALPHA CISSE, le professeur YOUSSOUF Fofana de l’INSET (Paix à leur âme). 
Elhajj TIDJANE BAH, Mohamed Lamine KABA et Elhajj BOIKARY FOFANA formaient le TRIO qui apparaissait sur nos écrans pour parler de l’islam à l’émission ALAHOU AKBAR animée par Souleymane DOUMBIA. Le Trio répondait toujours aux sollicitations des musulmans et non musulmans. Nous étions à leur côté comme au  temple protestant à Cocody où le ministre Mathieu EKRA était présent pour des échanges interreligieux.  
  Dans les années 1970, la communauté musulmane ivoirienne avait été invitée à assister à une assemblée musulmane à Dakar au Sénégal. La Côte-d’Ivoire était représentée par le Conseil Supérieur Islamique (CSI). A la fin de la réunion dakaroise, il avait été prévu d’injecter de l’argent dans le compte du CSI dont le président était GAOUSSOU DIABATE qui, du coup, a été éjecté par le pouvoir d’alors pour le remplacer par DIABY Moustapha alias DIABY KOWEIT qui était à la fois secrétaire général du PDCI-RDA et membre du cabinet ministériel de LANZENI POTO Coulibaly. Notre maitre a déclaré qu’il faut dissocier la politique de la religion. Il a toujours prôné cette séparation. Du coup la religion musulmane est devenue l’appendice du PDCI-RDA. Il a demandé au président d’alors le traitement égal des confessions religieuses. Dès cet instant il était dans le collimateur du pouvoir.  Ayant appris cette demande insistante, le Vatican a dépêché des prêtres déguisés en journalistes auprès de notre maitre. Ignorant leur identité réelle, il leur a déclaré l’injustice subite par la communauté musulmane. C’est après leur départ que le journal français LE MONDE a divulgué l’information. Nous avions eu peur ! Mais lui, il n’avait aucune crainte ni peur ! Pour affaiblir le Trio, le CSI réussit à soustraire du groupe, Mohamed Lamine KABA en organisant des voyages à l’extérieur du pays où il est embobiné dans des affaires indignes de son rang. 
 Malgré le soutien du pouvoir, le CSI n’était pas dans le cœur de la majorité des musulmans.
 
 
 
Le Conseil National Islamique
 
Pour éviter toute confrontation, notre maitre s’est attelé à organiser minutieusement la communauté puis que Houphouët-Boigny avait dit que la communauté musulmane n’était pat organisée. A notre connaissance il s’est appuyé sur des cadres musulmans de la Riviera avec la communauté musulmane de la Riviera (CMR) C’est ainsi que le Conseil National Islamique (CNI) sera mis sur les fonts baptismaux dans la grande mosquée d’Adjamé en présence de plus d’une centaine d’imams venus de toutes les régions du pays. La première assemblée constitutive a été annulée Mani militari par le pouvoir d’alors dont le ministre de l’intérieur était Emile Constant Bombé qui a mis tout en œuvre pour faire annuler cette première assemblée. Notre maitre a conseillé la patience. A la création du CNI, le pouvoir pensait que notre maitre cherchait à se positionner en prenant la tête de la nouvelle structure. Mais à la veille de l’assemblée générale constitutive, quand notre maitre a présenté Koné IDRISS alias KOUDOUSSE, des imams ont révélé que c’était notre maitre qui cherchait la présidence. Dès cet instant, les imams ont encore placé leur confiance idéfectible en lui.  
Au niveau de l’organisation du pèlerinage musulman, il a toujours demandé que cette organisation soit l’affaire des musulmans. En effet le ministère de l’intérieur avait la mainmise sur le pèlerinage en la personne d’IPO LAGO. Notre maitre avait mis en place après une minutieuse étude une structure pour l’organisation du cinquième pilier musulman (CNOPM). Non seulement il était combattu par le pouvoir mais également par certains musulmans soutenus par le pouvoir ! tels Chérif Bakary et Babily Dembelé ! L’acharnement à prêcher l’islam dans la capitale abidjanaise, va lui valoir sa mutation à l’agence régionale de la Société Ivoirienne de Banque à l’intérieur du pays, Bouaké. A un moment donné, le pouvoir avait demandé sa mise à la retraite ou son licenciement. La banque s’opposa parce qu’il n’a jamais failli dans son travail. Une anecdote : un jour il a découvert des amulettes et gris- gris dans un tiroir de son bureau. Il est resté imperturbable. Il a conseillé certains jeunes arabisants revenus au pays et qui voulaient s’attaquer à nos imams en mettant en cause leurs enseignements. Notre maitre a toujours été là où il faut. La tâche qu’il laisse à la communauté musulmane est énorme. Et seules l’entente et l’union doivent être les maitres mots pour pérenniser ses œuvres. Maitre que la terre te soit légère. 
« Ô toi, âme apaisée, 
retourne vers ton Seigneur, 
satisfaite et agréée,
entre donc parmi Mes serviteurs, 
et entre dans Mon Paradis ». (S 89, V 27-30)   
DIABY FOUSSENY ( Ancien élève du CHEIKH AHIMA)  



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