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Economie

Credit ,dette , financement, FMI: Parlons -en !

Publié le :

Koffi Alle

Les concours financiers consentis ces dernières semaines par le FMI et la Banque mondiale à leurs pays membres, notamment à la Côte d’Ivoire, dans le cadre de leur riposte au COVID-19 ont réveillé le vieux et recurrent débat sur les questions de l'aide internationale et de la dette. J’ai promis il y a quelques semaines d’apporter un petit éclairage sur ces questions qui se situent dans le cadre du financement des budgets des Etats et des politiques économiques en général. Je vais essayer d’être le plus simple possible pour la compréhension de tous. Mais d’abord, entendons-nous bien sur quelques fondamentaux:
1. Ce que je dis ici n’engage pas mes responsabilités professionnelles et ne représente la défense d’un quelconque intérêt.
2. Ma seule motivation est de contribuer à éclairer le débat public sur les questions qui intéressent mes concitoyens.
3. Il est important de savoir l’information objective sur ces questions de financement de nos Etats avant de les analyser sous l’angle des sensibilités politiques respectives.
 
Pourquoi et comment un pays fait appel au financement extérieur? 
 
Chaque année, chaque pays élabore son budget; d’un coté, les ressources et de l’autre, les dépenses. Ses ressources propres ne pouvant presque jamais couvrir l’ensemble de ses dépenses, il fait appel à des soutiens financiers généralement extérieurs pour combler le gap et établir l’équilibre du budget (Dépenses égales Ressources). Tous les pays du monde, des moins développés aux plus développés font cela, mais les sources de financement diffèrent. Les pays en développement font généralement appel à des prêts donnés par leurs partenaires bilatéraux (comme la France, les USA, l’Angleterre, etc… ) et multilatéraux qui sont les institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou la BAD. Les pays développés (USA, France, Italie, etc…), eux financent le gap de leur budget en émettant sur le marché international des capitaux, des bons du Trésor que tout investisseur peut acheter. L’Etat remboursera cette dette avec des intérêts aux investisseurs. La dette extérieure des USA par exemple se chiffre à des milliers de milliards de dollars. 
 
Mais “Y-a quoi” entre nous et le FMI et la Banque mondiale? 
 
Pour financer le gap de leur budget, les pays en développement eux émettent des bons du Trésor sur leur marché local ou régional comme c’est le cas des pays de l’UEMOA. En plus, ils ont recours aux financiers bilatéraux et multilatéraux parce qu’ils ne peuvent pas aller sur le marché international des capitaux pour la plupart. Ils chercheront donc en priorité des financements moins chers appelés financements concessionnels auprès du FMI et de la Banque mondiale, à des taux d’intérêts variant entre 0 et 1% généralement. Certains de ces pays qui présentent de meilleurs aggrégats économiques (Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, …..) ont accès au marché international des capitaux et peuvent émettre des bons comme les Eurobonds achetés par des investisseurs du monde. Les emprunts contractés auprès du FMI et de la Banque mondiale (qui consent des dons de temps en temps) et ceux contractés sur les marchés constituent de la dette qui sera remboursée par le paiement régulier des intérêts et la totalite à échéance. La différence entre les deux catégories de dette est que la première est moins chère que la seconde.
 
Comment fonctionnent le FMI et la Banque mondiale avec nos pays?
 
Pour faire simple, considerez ces deux institutions comme des espèces de super tontines créées en 1944 à la Conférence de Bretton Woods (New Hampshire) et formées aujourd’hui de 189 membres de part et d’autre. La Côte d’Ivoire est membre des deux institutions depuis 1963 et a payé des quote-parts à l’instar de tous les membres comme droit d’adhésion. Le rôle de la Banque mondiale est d’identifier et de réaliser avec chacun de ses membres, des projets de développement notamment dans les infrastructures, l’agriculture, l’’éducation et la santé. Contrairement à la tontine du quartier où chacun a son tour, à la “tontine” FMI, ton tour arrive quand tu as un problème de balance des paiements, c’est-à-dire, la valeur de tous les produits que tu exportes en tant que pays est inférieure à la valeur de tout ce que tu importes. Conséquence, tu ne reçois pas suffisamment de devises (monnaies fortes comme le dollar reçues quand tu exportes le cacao ou l’or).
 
 
Or ce sont ces devises dont ta banque centrale a besoin pour remettre à tes hommes d’affaires (contre leurs CFA) pour payer aux USA, en France ou en Suisse les refrigérateurs et voitures qu’ils importent. Donc tu te tournes vers ta tontine (FMI) pour qu’elle te prête ces devises. En retour, le FMI te dit, pendant que je te donne l’argent, mettons en place un programme de reformes économiques pour régler les problèmes qui font que tu exportes moins que tu n’importes. Voila l’affaire qui peut bien se passer ou mal se passer en fonction de la “douleur” des reformes à mettre en oeuvre. C’est tout le débat des reformes sous les fameux programmes d’ajustement structurel (PAS) des années 90. La combinaison du choc de la nouveauté de l’ajustement pour des Etats “éléphantesques” et des erreurs d’économie politique que les deux institutions FMI et Banque mondiale, elles-mêmes ont depuis reconnues, a provoqué le désamour qui demeure jusqu’aujourd’hui encore dans la conscience de certains compatriotes Africains. Mais les deux institutions se sont depuis beaucoup auto-ajustées, les programmes ont changé de philosophie et, contrairement aux PAS, mettent maintenant l’accent sur l’atténuation des impacts sociaux des reformes.
 
Cela étant dit, plusieurs pays gèrent leurs économies de telle sorte qu’ils n’ont pas à activer le mode “tontine” du FMI. L’Ile Maurice n’a pas eu recours à l’institution depuis son dernier prêt-programme en 1984. Les pays qui ne demandent pas d’assistance financière se contentent chaque année de faire avec l’institution ce qu’on appelle la Consultation au titre de l’Article IV qui est une obligation de passage en revue des politiques économiques menées par tous les pays membres.
Les financements accordés récemment par le FMI à la Côte d’Ivoire et aux autres pays d’Afrique et du monde en soutien à la riposte contre le COVID-19 rentrent dans le cadre de ces appuis aux pays membres en temps de crise. Ce sont des prêts accordés sous les instruments d’intervention d’urgence à des taux d’intérêts de 0 ou 0,25%. 
    
Un pays peut-il vivre sans s’endetter? 
 
Oui  et  non! non , parce que tel que expliqué plus haut, dans une situation normale, les ambitions d’un pays et les besoins de financements associés seront toujours au dessus des ressources qu’il peut générer en propre par ses impôts et autres sources de revenu. Donc, il aura recours à de la dette.
 
Oui, parce qu'un pays peut faire des efforts pour ramener ses dépenses à des niveaux raisonnables et réduire ainsi la part du financement à rechercher par la dette. Et en la matiere, Dieu sait qu’il y a des niveaux énormes de gaspillage sous nos tropiques! En définitive, la question se ramène pour chaque pays aux efforts d’ajustement interne permettant de réduire les niveaux d’endettement et surtout de consacrer la dette extérieure chère à des insvestissements transformateurs qui permettent de faire face aux remboursements à long terme.
 
Mieux, c’est la transformation économique mettant en valeur l’ensemble de nos potentialités domestiques pour générer plus de ressources intérieures, qui pemettra de résoudre à long terme, la question de l’endettement extérieur et du financement de notre développement. Dans tous les cas, ces questions fondamentales doivent animer le débat public démocratique dans nos pays et dans notre pays. Parce que ces questions engagent  notre avenir, elles doivent faire partie des offres politiques proposées à nos concitoyens qui doivent alors opérer des choix en fonction de la manière dont elles sont traitées dans les programmes de gouvernement. Le débat est donc ouvert!
Koffi Alle



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