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Societe

L’homme blanc ,victime d'un complexe du fautif

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Les Noirs qui vivent en Occident sont conscients de l’inconfort qu’ils causent aux Blancs dès que ceux-ci s’entendent accuser par eux, d’actes de racisme. De même que critiquer un artiste juif, un athlète juif, un penseur juif, est perçu, en Europe, par le lobbying juif comme un acte d’antisémitisme, critiquer un Noir africain, ou émettre la moindre réflexion maladroite sur un Noir ou touchant l’Afrique est perçu par de nombreux africains, comme la manifestation d’une ‘‘négrophobie’’ intolérable. L’œil mauvais et justicier, le ton hystériquement fiévreux, nous exhibons alors avec transe le chapelet de nos récriminations (en partie fondées) contre l’homme blanc : la traite négrière, la colonisation, les coups d’État en Afrique, la corruption et l’infantilisation de nos chefs d’État, le pillage de nos matières premières, le refus d’accueillir sur leurs sols les immigrants clandestins, etc. 
Natagaari, avatar d’une correspondante internaute, m’a récemment envoyé la note suivante : « On crie au scandale quand une métisse est élue miss, en Côte d’Ivoire, et même en Afrique noire ; mais qu’un Européen s’avise de s’indigner de l’élection, en Europe, d’une miss à la peau noire ! On le traiterait, à coup sûr, de raciste. » Comme c’est bien vu.  
Bref, il faudrait ajouter à ces griefs énumérés contre les Blancs, le délit, récent, qu’on leur prêtre, de vouloir faire disparaître notre race par l’administration d’un vaccin criminel à nos populations, sous le prétexte, suspect, de nous protéger du coronavirus. Bon. Ça fait franchement beaucoup, chers amis et frères blancs. Oui, beaucoup. Reconnaissez donc que notre chapelet de récriminations est justifié. Vous avez vraiment exagéré, et nous ne pouvons pas laisser tomber ça ! Jamais. Il est donc juste et bon qu’on vous le rappelle de temps en temps, et même souvent — ne serait-ce que pour le plaisir de vous mettre mal à l’aise.  
Mais voilà, étrangement, l’Occident entier pris au piège de remords récurrents, s’accusant de mille et un crimes commis contre les Noirs, dénonçant, outre mesure, ses rapts et autres opérations « mains basses sur l’Afrique. » Jean Ziegler, Anne-Cécile Roberte, Jean-Luc Mélenchon, Jack Lang et, de manière générale, les intellectuels européens altermondialistes et de gauche, comme saisis de transe éthique, culpabilisent la race blanche, dénoncent plus que de raison les torts faits par l’Europe à l’Afrique (c’est rafraîchissant pour nous 1), croyant naïvement par-là, s’être débarrassés d’un lourd passé chargé de fautes à l’encontre du Noir. Et cela leur donne bonne presse en Afrique où ils apparaissent comme ‘‘de bons blancs’’ : ce sont de bons partenaires du Noir. Des négrophiles fréquentables. 
Dans leurs lectures de ces phénomènes accusatoires, ils accordent une innocence absolue à l’Afrique : c’est le continent victime de la méchanceté de l’ogre blanc, la terre malmenée ou désaimée, qui mérite compassion, aides, assistances de tous ordres, annulations des dettes contractées, etc. Mieux : réparation des torts à elle faits tout au long des siècles de violences qui ont signé l’assujettissement des Noirs à la race blanche. Nulle responsabilité donc du Noir dans sa propre trajectoire historique. Tous nos échecs s’expliquent uniquement par la méchanceté et la mauvaise foi de l’homme blanc — fautes d’ailleurs reconnues par les ‘‘bons blancs’’. 
 
ET NOS INSUFFISANCES ?
 
Nous assistons ainsi à une véritable logique déraisonnée de la culpabilisation expiatoire où nous sommes absouts de tout : notre incapacité à penser un modèle de développement original et conforme à nos besoins, notre goût immodéré pour l’enrichissement individuel, illicite, au détriment du bonheur du plus grand nombre, notre manque de culture de l’intérêt général, notre sens inouï de l’indiscipline et du désordre, nos incompétences à produire suffisamment pour nous-mêmes, à gérer correctement nos administrations corrompues et dépensières, nos villes insalubres, polluées, bruyantes, dangereuses, notre passion du pouvoir (à conquérir ou à conserver) à tous les prix, même au prix du sang de nos populations abruties et ‘‘bêtisées’’ par des politiques absurdes, la trahison et la démission des élites nationales, etc.. Enfin, notre détestable propension à nous ‘‘vendre’’ à de nouveaux acheteurs et à nous assujettir à de nouveaux maîtres : les Chinois, aujourd’hui ; comme hier les Arabes et les Blancs. Tout cela est ignoré de ces avocats blancs de nos régimes défaillants et incompétents. Quelle criminelle condescendance ! 
La traite négrière, la colonisation, les travaux forcés, l’exploitation capitaliste, l’impérialisme occidental (silence est souvent faits sur les inconduites et scélératesses des Arabes à l’encontre des Noirs) suffisent ainsi à nous innocenter dans l’inventaire de nos naufrages. Désormais, au sein de la communauté des penseurs et autres leaders d’opinion européens (notamment français, suisses et belges), c’est à qui exprimera le plus fort et le mieux son amour pour les Noirs africains, ces pauvres êtres flagellés, humiliés et spoliés par l’homme blanc ! Les Noirs, ces gentils êtres mal-aimés des méchants hommes blancs. Quelle touchante exposition d’humanisme ! Mais aussi, quelle inutile autoflagellation ! Pascal Bruckner n’a pas eu tort de parler d’une « tyrannie de la repentance » qui s’est emparée d’une part importante de la néo intelligentsia blanche. À l’analyse des faits, il a raison. 
Mais pour nous, Noirs africains, est-ce là la voie que nous devons emprunter pour relever les défis que nous tend ce monde sans pitié pour les faibles ? Jeter l’anathème sur l’homme blanc, le rendre responsable de tous nos malheurs, nous complaire dans l’absolution de nos manquements envers nos peuples, s’enivrer du mythe illusoire de notre innocence, suffit-il à répondre à nos besoins ? Évidemment non. Extirpons donc de notre cerveau, le fantôme blanc, l’ennemi blanc, la menace blanche. Parce que (et c’est Alpha Bondy qui a raison) : « Les ennemis des Africains, ce sont les Africains eux-mêmes », et non les Blancs.
 Tiburce Koffi, écrivain
 
Note
  1. Original de cet article publié sur opera news
  2. Jolie expression chère à Aimé Apia Kabran, intellectuel ivoirien au langage délicieux. 
 



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