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L’Enquête du Jeudi : Confinement progressif ou immédiat : Oui pour le confinement total, mais pas pour les démunis

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La pandémie du Covid 19 progresse en Côte d’Ivoire. Après le tout premier cas de contamination confirmé, enregistré le 11 mars dernier, la courbe des personnes atteintes de la maladie n’a cessé de croitre, pour se situer à 190 individus, au moment où nous écrivions ces lignes, avec 7 cas de guérison et 1 patient décédé. Le rythme de contamination qui était très bas au départ, marqué par de petits nombre de deux, trois ou quatre enregistrés quotidiennement, a pris de la vitesse depuis quelques jours. Donnant quelques inquiétudes quant à la suite que pourrait connaître l’évolution de la pandémie, qui a même atteint à ce jour, des villes de l’arrière- pays. Certes, des dispositions ont été déjà prises, pour contrer la propagation vertigineuse du Covid 19, au nombre desquelles, figure l’isolement de la ville d’Abidjan, qui demeure l’épicentre de la pandémie en Côte d’Ivoire. Tout comme de réels efforts sont continuellement déployés à travers la sensibilisation,  pour une plus grande appropriation par les populations, des mesures barrières. Ainsi que l’encouragement des uns et des autres à réduire leurs déplacements. Un fait auquel nombre de familles s’adonnent déjà, plus ou moins, en s’auto confinant depuis quelques semaines. Et si l’on allait directement au confinement total ou immédiat de la population abidjanaise. Pour ainsi parvenir à une plus forte réduction de la propagation de la maladie, plutôt que de le faire progressivement, tel qu’annoncé le 23 mars dernier par le Chef de l’Etat ? Surtout que le pic de la contamination reste à venir ? Nous avons demandé ici et là, l’avis de quelques abidjanais sur la question.
Parfait N’Tah, cameraman  résidant à  Cocody, est partant pour le confinement immédiat. Pour ce dernier, si l’on n’agit pas de cette façon, on fera planer un danger sur toutes toutes les populations de la Côte d’Ivoire. Que celles-ci paieront cash dans un proche avenir.   Abondant dans le même sens, Modeste Abigoua, professeur d’anglais dans un établissement secondaire privé, affirme que, c’est par le confinement immédiat que la chaine de transmission du COVID 19 sera brisée en Côte d’Ivoire. « C’est ce choix qui a été fait par la Chine pour stopper la chaine de transmission.  Pour moi, le confinement immédiat est non négociable, si nous voulons sauver des vies ». 
                   Le dépistage rapide de toute la population
Agent de santé à la retraite, Mme Diomandé, vivant dans la commune d’Abobo, estime  qu’il ne faut pas attendre qu’il y ait plus de personnes infectées pour proposer le confinement. Sans passer par quatre chemins, elle affirme qu’il faut y aller immédiatement, pour limiter les dégâts. 
Un avis que partage Sidi M’Bengue, boutiquier, qui explique qu’il faut jouer la carte de la prudence. Car pour lui, le système sanitaire de la Côte n’est pas aussi équipé et performant que celui des pays développés, pour être à même de traiter un nombre élevé de patients, si d’aventure la pandémie prenait de l’ampleur dans le pays.  Favorable au  confinement  immédiat, Marius Yao, coiffeur professionnel, voudrait que les pouvoirs publics copient tout simplement «  l’exemple des pays qui ont réussi à canaliser pour ne pas dire freiner la progression du COVID 19. Notamment la Chine ». 
Tout en soutenant l’idée du confinement immédiat ou obligatoire par opposition au confinement progressif, certains abidjanais demandent que d’autres mesures accompagnent  ce fait.    Silvère Koffi Koffi, pigiste analyste vivant aux II Plateaux  ainsi que Amoa Samuel Assoa, ex-pigiste analyste résidant à Yopougon proposent «  des dépistages rapides de toutes les populations ». Cela, précise Samuel, dans l’optique de mettre en quarantaine les malades et les prendre en charge le plus tôt possible.   D’accord avec cette proposition Mme N’Guessan, éducatrice au lycée moderne d’Abobo 1,  souhaite que «  le dépistage se fasse de porte en porte. Pour être rassuré d’avoir dépisté tous les habitants de la Côte d’Ivoire. A l’instar des campagnes de vaccination, organisées par les organismes internationaux de santé ». Ayant fait le choix du confinement dans l’immédiat, Gibson Sanvee, agent de banque au Plateau, propose comme mesures de suivi  « la mise des vivres et non vivres par le gouvernement,  à la disposition des couches sociales les plus défavorisées. Tels que les gagne-petit. Afin de leur permettre de tenir bon jusqu’à la fin de la pandémie ». 
 En effet soutient Marius Yao qui est de son avis «  il y a des gens qui vivent au jour le jour du revenu de leurs activités. Les obliger à aller au confinement sans leur venir en aide, serait aussi suicidaire que la pandémie. Certains gagne-petit mourront de faim si rien n’est fait pour eux en cas de confinement immédiat ».  C’est bien là, un argument qui justifie pour Kobenan Koffi gérant d’un business center, le rejet du confinement immédiat ou obligatoire. « Il faut y aller progressivement en permettant aux plus démunis de s’organiser. Il faut surtout les y aider ». C’est en d’autres termes ce que dit Brice Djatchi, qui gère une blanchisserie dans la commune d’Abobo. Pour ce dernier, les gagne-petit auront du mal à joindre les deux bouts, si d’aventure le gouvernement décide d’aller au confinement immédiat.  
                                   
 
                                        Trop contraignant
  A Yopougon, les habitants des quartiers de Yao Séhi, Sicobois, Mossikro, Kouté, Camp militaire, Sicogi impuissants face à cette maladie, vaquent à leurs occupations avec la peur au ventre, par crainte d’être contaminés.
La majorité de nos interlocuteurs  dans ces quartiers, refusent le confinement obligatoire, qui pourrait pourtant être imposé par les pouvoirs publics, en vue de freiner considérablement le nombre des personnes infectées qui s’accroit chaque jour. Car pour eux, ce serait trop contraignant.
« Si il y a confinement comment je vais faire pour nourrir mes enfants, avec leur père qui n’est plus de ce monde » telle est la réponse d’une ménagère au quartier Sicobois. Et elle ajoute :«  pour les riches qui sont au quartier millionnaire, ananeraie, au résidentielle, eux  ont pu faire des provisions  pour le temps que va durer cette maladie et nous comment allons- nous  faire ? ». Ces habitants restent sceptiques sur les plans d’aides  du gouvernement ,à savoir  le fonds de solidarité d’un montant  de 170 milliards FCFA qui servira à  financer les populations les plus vulnérables dans le cadre du soutien humanitaire d’urgence à travers l’élargissement du champ des filets sociaux.
Par contre, les habitants des quartiers, Millionnaires, Résidentiel, Sable et autres  sont pour le confinement.  Certaines familles ont déjà commencé à s’auto-confiner.  C’est qu’elles restent convaincues que c’est la meilleure voie pour stopper la montée de cette pandémie. Habituées des  Superettes et Grandes surfaces, elles  évitent les regroupements dans certains marchés de Yopougon.
Jérémy Junior
Yedoh Hugues
 



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