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Politique

Guinée : Nous avons un rêve

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24 heures après le double scrutin, législatif et référendaire, en Guinée, place maintenant à la polémique indécente et au décompte macabre.
 
La journée électorale, comme on le sait, a été marquée par des échauffourées entre forces de l’ordre et manifestants ainsi que des actes violents aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays: jets de pierres, barricades, attaques de bureaux de votes, incendies de commerces et de matériel électoral.
Bilan: 6 morts selon le ministre de la Sécurité, Damantang Albert Camara, 14 si on en croit le Front national de défense de la Constitution (FNDC) qui a boycotté activement ce scrutin.
Que ce soit les 6 morts officiels ou les 14, c’est toujours des morts de trop qui s’ajoutent aux dizaines déjà tombés durant les manifestations dans le pays ces derniers mois.  Tous des victimes dont on aurait pu faire l’économie si la sagesse avait prévalu ; malheureusement pour les Guinéens, vieillesse ne rime pas toujours avec sagesse.
Sinon à 82 ans, le président Alpha Condé aurait pu se garder de prendre des initiatives dont il savait pertinemment qu’elles seraient sources de surchauffe de l’atmosphère  sociopolitique du pays.
L’élection du dimanche 22 mars 2020 devait d’abord, on le sait, renouveler l’Assemblée nationale guinéenne, le mandat des députés  ayant expiré depuis le 12 janvier 2019 sans que le pouvoir soit capable de mettre fin à cette anomalie institutionnelle. Le vote était donc en principe une bonne chose, sauf que ces législatives  ont servi aussi de cheval de Troie au chef de l’Etat guinéen pour fourguer sa révision constitutionnelle, révolutionnaire à bien des égards mais qui était, et surtout, un prétexte pour le locataire du palais de Sékhoutouréya de renouveler son bail. Du moins l’en suspecte-t-on. Et il est vrai qu’il ne fait rien pour convaincre ses compatriotes du contraire.
Puisque le bon peuple ne sait pas dire non aux desiderata du Prince, on imagine que malgré le bazar électoral dans lequel l’élection s’est tenue et le sang des victimes qui l’ont tachée, l’onction populaire souhaitée par le professeur Alpha Condé lui sera accordée et la promulgation du nouveau texte interviendra dans les meilleurs délais.
Seulement le problème guinéen reste entier, car on ne voit pas trop comment Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition, et ses troupes vont désarmer face à ce qu’ils considèrent comme un coup d’Etat constitutionnel. A moins qu’Alpha Condé ne nous réserve la surprise du chef en se gardant d’être candidat à sa propre succession.
Puisqu’il n’a pas encore dit de façon claire et nette qu’il voulait rester, il peut toujours affirmer sans donner l’impression de se dédire, ou de faire une reculade,  devant la fronde, que sa seule volonté était de doter son pays d’une loi fondamentale moderne avant de quitter la scène sous les honneurs.
C’est ce rêve que nous faisons pour la Guinée. Un pays malade de ses dirigeants depuis 1958 et dont Alpha Condé pourrait devenir le premier président à passer démocratiquement le pouvoir à son successeur élu et à entrer ainsi dans l’histoire particulièrement trouble du «Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest». Oui, c’est ce rêve que nous faisons. Mais on a bien peur que ce soit trop beau pour être vrai.
 
 
Hugues Richard Sama

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