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Politique

Portrait/Hommage : Allah Thérèse, entre grâce et savoir-faire féérique

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Décédée le 19 janvier à l’Hôpital général de Djakanou, la vie de la déesse aux pieds nus continue d’inspirer plus d’un. Le musicologue Paul Dagri s’est laissé aller à un portrait.
Allah Thérèse, connue à l’état civil sous le nom de Kouadio Allah Thérèse, est née en 1935 à Gboffia, dans la sous-préfecture d’Agonda, Département de Toumodi.

C’est dans l’enfance que, pour imiter les adultes, elle s’exerce au chant et à la danse avec ses camarades de génération. A cet âge, elle se fait remarquer par des adultes grâce à la mélodicité et à la douceur de son timbre de voix, et à ses qualités de danseuse et de comédienne qu’elle déployait pendant les moments de jeu, notamment au clair de lune.

En 1945, Kouadio Allah Thérèse âgée de 10 ans, intègre le groupe Agbouyro du village, à la demande des danseuses de celui-ci.Quelques semaines après, elle devient le lead vocal et la danseuse vedette de ce groupe. Ses prouesses lui valent d’être sollicitée pour évoluer également dans les ensembles Ballo et PDCI-RDA du village. Rôle de lead vocal et de danseuse vedette qu’elle tiendra dans ces ensembles cités plus haut jusqu’en 1955.

Il importe de souligner que Kouadio Allah Thérèse, outre ses talents d’artiste, avait un sourire qui illuminait son visage, et un teint clair qui alimentait une allure svelte, gracieuse et élégante. Ce tout faisait d’elle une perle très convoitée par les hommes de Gboffia et ceux des villages environnants.

En 1955, à la suite d’un décès, des danses des villages voisins viennent soutenir celles de Gboffia à rendre un hommage à l’illustre disparu.

Ce jour-là, la voix de Kouadio Allah Thérèse fut particulièrement suave ; ses pas, exceptionnellement alertes, déclinaient une grâce et un savoir-faire féérique qui lui valurent des congratulations et une réputation à rendre ses partenaires et ses concurrentes jalouses.

Au nombre des personnes allées la complimenter se trouvait Béhibro N’Goran, un jeune venu de Konankokorèkro, un village voisin. Ce jeune de Konankokorèkro, tambourinaire et chanteur hors pair célèbre dans toute la région qui commençait à se faire également un nom à l’accordéon, fut séduit par la prestance et la prestation de Kouadio Allah Thérèse. Il entra sur scène, esquissa des pas de danse très applaudis, puis arrosa la vedette du moment de tout ce qu’il avait comme argent par devers lui.

Ce moment intense empreint d’une galanterie dont avait fait montre Béhibro N’Goran et qui fut très appréciée des spectateurs consacrait, Kouadio Allah Thérèse comme une artiste avérée.Quelques jours après l’inhumation de l’illustre disparu, Béhibro N’Goran confie à Aka Saraka, un de ses copains de Gboffia, les sentiments qu’il éprouvait et le projet qu’il nourrissait pour Kouadio Allah Thérèse.

Aka Saraka réussit à organiser une rencontre entre Béhibro N’goran et Kouadio Allah Thérèse ; laquelle rencontre aboutit à un mariage quelques mois plus tard.

Kouadio Allah Thérèse rejoint son foyer conjugal à Konankokorêkro. Elle intègre par la même occasion les groupes de danse PDCI-RDA et Ballo dudit village. Très rapidement, elle en devient le lead vocal et la danseuse vedette.

En 1966, Kouadio Allah Thérèse et Béhibro N’Goran que sa femme appelle affectueusement La Loi ou Lallou, créent un ensemble musical, qui quelques années plus tard, leur permet de se produire devant le Président Houphouët Boigny, l’un de leurs admirateurs, puis devant plusieurs chefs d’état à diverses occasions.

Outre ses nombreuses oeuvres discographiques, Kouadio Allah Thérèse, plus connue sous le nom de Allah Thérèse ou Moh Allah ou encore Mallah, s’est produite sur des scènes aussi bien somptueuses que symboliques.

Citons pêle-mêle, le Centre Culturel de Treichville, le Centre Culturel Français, l’Hôtel du Golf, le Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire, la Présidence de la République, l’Hôtel Président....Allah Thérèse et son groupe ont également animé des spectacles à l’étranger : au Bénin, Ghana, Togo, en Espagne et en France.Ils ont aussi obtenu des trophées notamment :

- Le FESMUDAT de Yopougon en 1989 ;- Le Prix Roger Fulgence Kassi à la nuit du Poro en 1995 ;

- Le Prix du Pionnier des Arts et Lettres en 2009 pour l’ensemble de ses œuvres musicales.

Paul Dagri, Musicologue
 

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