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Politique

Ça coince davantage pour Bogota* et les siens

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Quel avenir politique pour Guillaume Soro en Côte d’Ivoire ? Telle est la question que l’on pourrait se poser, au regard des tuiles qui ne cessent de lui tomber sur la tête. En effet, en froid avec le président Alassane Ouattara et subtilement écarté du perchoir, l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne qui a tenté un retour au pays en décembre dernier après une tournée européenne à la faveur de laquelle il a annoncé sa candidature à la présidentielle d’octobre prochain, s’est, du jour au lendemain, retrouvé dans la peau d’un fugitif contraint à l’exil. Qui plus est, avec un mandat d’arrêt international sur le dos,  lancé par les autorités ivoiriennes à son encontre, pour tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. S’il n’a pas été difficile pour le pouvoir d’Abidjan d’obtenir la levée de l’immunité parlementaire du député de Ferkéssédougou, avec, au passage, celle de cinq autres de ses proches arrêtés dans la foulée de son retour manqué et maintenus en détention depuis le 23 décembre dernier, reste que la procédure pour y parvenir fait des gorges chaudes en Côte d’Ivoire.
L’horizon s’assombrit de plus en plus pour l’ex-chef rebelle
Elle est fortement contestée par trois groupes parlementaires de l’opposition. En effet, ces derniers y voient une décision illégale parce que la demande de cette levée d’immunité parlementaire émane d’un parti, en l’occurrence le RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix) au pouvoir. Aussi, argumentant qu’ « aucun parlementaire, aucun groupe parlementaire, ne peut demander la levée de l’immunité parlementaire d’un autre collègue », toute chose qui est « une  prérogative exclusive du parquet », les groupes parlementaires PDCI et RDA, Vox Populi et Rassemblement, puisque c’est d’eux qu’il s’agit,  « exigent donc la suspension des poursuites engagées contre les députés de l’opposition et demandent la suspension immédiate de leur détention ».  Seront-ils entendus ? On attend de voir.
Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’horizon s’assombrit de plus en plus pour l’ex-chef rebelle qui se croit pourtant promis à un destin national, au-delà des hautes fonctions qu’il a jusque-là occupées. Et ça coince d’autant plus pour Bogota et les siens que la levée de leur immunité parlementaire les expose désormais au couperet de la Justice ivoirienne qui peine encore à prouver son indépendance et dont les décisions sont la plupart du temps différemment appréciées selon qu’on se trouve du côté du pouvoir ou de l’opposition. Et nul besoin de dire qu’en la matière, chacun voit souvent midi à sa porte. Quoi qu’il en soit, dans cette affaire, s’il y a quelqu’un qui a intérêt à ce que la procédure soit conduite dans les règles de l’art, c’est bien le pouvoir, pour autant qu’il ne veuille pas prêter le flanc à la critique. Autrement, si l’histoire devait donner raison à l’opposition, il y aurait des raisons de croire à un acharnement sur fond de règlement de comptes politiques, contre un ex-allié devenu gênant et cela, même si ce dernier a aussi des choses à se reprocher. La démocratie ne se construit pas sur de telles considérations.
Tout porte à croire que l’ex-secrétaire général revendiqué du mouvement rebelle de Bouaké, ne sera pas sur la ligne de départ de la prochaine présidentielle
Cela dit, en prenant ses distances avec ADO, Guillaume Soro a-t-il scié (sciemment ou inconsciemment) la branche sur laquelle il était assis ? La question mérite d’autant plus d’être posée qu’avec cette avalanche de déboires judiciaires, l’on se demande si les carottes ne sont pas cuites pour le candidat déclaré à la présidentielle d’octobre prochain qu’il se veut. Car, à neuf mois du scrutin, l’on ne voit pas comment Guillaume Soro pourrait se dégager des fourches caudines de la Justice ivoirienne pour satisfaire son ambition de briguer la magistrature suprême dans son pays. Sans oublier le mandat d’arrêt de la Justice burkinabè,  qui avait été diplomatiquement mis en berne pour ne pas brouiller les relations entre les deux pays.  C’est dire si Guillaume Soro est dans de beaux draps et a vraiment du mourron à se faire.
A dire vrai, malgré ses agitations, tout porte à croire que 18 ans après l’éclatement de la rébellion, l’ex-secrétaire général revendiqué du mouvement rebelle de Bouaké, ne sera pas sur la ligne de départ de la prochaine présidentielle dans son pays. Et au-delà, l’on peut même  s’interroger sur la suite de sa carrière politique. D’autant qu’à l’intérieur du pays, l’étau semble se resserrer aussi autour de ses proches alors que tout au long de son parcours, il s’est aussi fait de nombreux ennemis qui se comptent dans toutes les chapelles politiques. C’est pourquoi la situation que vit aujourd’hui l’ex-numéro deux du régime d’Abidjan devenu persona non grata dans son propre pays, peut être une forme d’interpellation pour la jeunesse africaine. Et l’on continue de se demander où est-ce que le bât a bien pu blesser entre ADO et « son protégé », pour que l’enfant chouchou d’hier devienne subitement le pestiféré d’aujourd’hui. Faut-il finalement croire ceux qui soutiennent que Soro est un homme pressé victime de ses ambitions ?
L’histoire nous le dira. En attendant, on continue de se demander d’où est venue la rupture entre ADO et l’ex-chef rebelle reconverti en apôtre de la démocratie et en qui d’aucuns voyaient le dauphin putatif du chef de l’Etat ivoirien à une certaine époque.
« Le Pays »
* Bogota : surnom donné à Guillaume Soro

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