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Economie

L’Eco, en 2020: Changer de paradigme

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Le franc CFA est donc en train de vivre ses derniers jours. Les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron ont annoncé le samedi 21 décembre dernier son remplacement par une nouvelle monnaie, l’Eco, en 2020, c’est-à-dire l’année prochaine qui arrive dans quelques jours. Nous en débattions justement la veille, lors du forum international organisé par Fraternité Matin dans la cadre de la commémoration des 55 ans de votre journal. Il y avait autour de la table des sommités telles que le ministre nigérien de la Communication, les anciens ministres Cheikh Tidiane Gadio, et Abdoulaye Bathily du sénégal, Ablassé Ouédraogo du Burkina Faso, Hamadoun Touré du Mali, Cornélius Aïdam du Togo, les économistes Martial Zé Bélinga du Cameroun, Tchétché N’guessan et Bamba Ngaladio de Côte d’Ivoire, Edo Kossi Amenounvé, le directeur de la Bourse régionale des valeurs mobilières, et bien d’autres.
Laissons le soin à nos économistes et autres spécialistes de nous expliquer ce que le passage du CFA à l’Eco changera concrètement pour nos pays et pour nous, simples citoyens. Les activistes, économistes et autres politiciens qui ont milité pendant de longues années pour la disparition du franc CFA seront-ils satisfaits par ce changement ? On le saura bientôt. L’on peut gager que certains d’entre eux hurleront à l’arnaque, puisque c’est la France qui garantit toujours cette nouvelle monnaie. Pour bon nombre d’entre nous sur ce continent, surtout dans nos pays francophones, nos malheurs viendraient de la France qui exploite nos ressources et perpétuerait un système colonial, à travers notre monnaie et ce que l’on appelle la « françafrique ». Rappelons en passant qu’il n’y pas que la France qui exploite nos ressources. Ce sont tous les pays européens, les Etats Unis, le Japon, la Corée du sud, l’Inde, la Turquie, de plus en plus de pays arabes, le Brésil, la Chine, l’Indonésie, Singapour, etc. Notre continent est l’endroit où tous les pays qui veulent vraiment émerger viennent chercher les matières premières qu’il leur faut. Tout le monde convoite l’Afrique, tout le monde exploite l’Afrique, sauf les Africains.
Bientôt nous aurons donc une nouvelle monnaie. Cela assurera-t-il notre décollage économique ? Ne rêvons pas. Il ne suffit pas d’avoir sa propre monnaie pour se développer. Nous avons autour de nous de nombreux pays qui disposent de leurs propres monnaies mais qui ne tirent pas moins le diable par la queue. Non, la problématique de notre développement se trouve ailleurs. Il est peut-être temps de se poser d’autres questions. Par exemple, qu’est-ce qui nous empêche d’exploiter nous-mêmes nos ressources ? Qu’est-ce qui nous empêche de créer des entreprises qui exploiteraient à notre profit nos matières premières, à savoir nos or, manganèse, fer, bauxite, uranium, cuivre, cacao, café, etc…... ? Nous avons bien des entrepreneurs, des hommes et femmes d’affaires, des grosses fortunes, d’importantes réserves de devises. Pourquoi ne créons-nous pas des compagnies minières, ou pourquoi ne prenons-nous pas le contrôle d’entreprises minières déjà existantes en entrant par exemple dans leurs capitaux ? Pourquoi, par exemple, dans nos différents pays, tels que la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso ou le Mali, laissons-nous les orpailleurs exploiter sauvagement nos ressources en or, au lieu de créer des sociétés minières qui le feraient plus rationnellement ? La Côte d’Ivoire est depuis longtemps le premier producteur mondial de cacao. Depuis tout ce temps, pourquoi des entreprises détenues par des Ivoiriens ne contrôlent-elles pas sa commercialisation ? Il y a quelques années nous avons applaudi une entreprise française qui est venue s’installer ici pour transformer notre cacao en chocolat. Nos entrepreneurs n’auraient-ils pas pu créer ou se faire aider par l’Etat pour créer une telle entreprise ? Comment des pays comme la Corée du sud, la Chine, l’Inde, pour ne citer que quelques exemples, arrivent-t-ils à développer une industrie métallurgique en transformant les métaux que nous produisons en Afrique et pourquoi nous, qui les produisons n’y arrivons pas ? Quelqu’un nous en empêche-t-il ? Nous répondrons peut-être que nous ne savons pas le faire. Je ne crois pas que les Coréens, Indiens et autres soient nés avec cette science et cette technique dans leurs gênes. Ils ont juste appris comment le faire, comme ceux qui le faisaient avant eux, ou ont embauché des personnes qui savent le faire. Ils ont été chercher les capitaux là où ils se trouvent, c’est-à-dire dans leurs caisses ou sur les marchés des capitaux, et ont juste été sérieux dans leur gestion. Cela nous est-il interdit ? Par qui ? Cela nous est-il impossible à faire ? Il est peut-être temps de se poser ces questions et d’y trouver des réponses.
Je pense qu’il est temps pour nous de changer de paradigme, de faire moins dans l’émotionnel et plus dans le pragmatisme, d’arrêter de nous victimiser en permanence et de verser des torrents de larmes sur un passé révolu que nous ne pourrons jamais changer. Il est temps de transformer nos légitimes colères en énergie créatrice et de nous projeter dans le futur avec plus de volontarisme. C’est avec notre créativité que nous avancerons et que nous nous ferons respecter. Il est temps d’arrêter de chercher toujours un bouc-émissaire, il est temps de nous attaquer courageusement aux maux qui nous minent et que nous connaissons. S’il y a une révolution à faire sur ce continent, c’est à nous de la faire. Pas aux autres.
Venance Konan

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