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Politique

Alpha Condé, tout sauf un homme d’Etat

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« Le chien aboie, la caravane passe ». Ainsi pourrait-on illustrer la situation en Guinée où la multiplication des  manifestations contre un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé, semble laisser de marbre le locataire du palais Sékoutouréya. Et pour cause. Depuis plusieurs semaines maintenant, à l’appel du Front national de défense de la Constitution (FNDC), les Guinéens ne cessent de battre le macadam pour barrer la route aux velléités de plus en plus affirmées du natif de Boké, de prolonger son bail à la tête de l’Etat. Ce 26 novembre, ils remettent encore le couvert dans la capitale guinéenne, pour appeler une nouvelle fois le chef de l’Etat à renoncer à son projet de nouvelle Constitution censée lui ouvrir la voie à un troisième mandat. Mais tout porte à croire qu’il en faudra beaucoup plus pour ramener l’octogénaire président à la raison car, pour le moment, Alpha Condé reste droit dans ses bottes.
 
Condé a tendance à faire preuve de sénilité là où la sagesse recommande pourtant d’écouter la voix de son peuple
 
Arguant au passage qu’il n’a de leçon à recevoir de personne (faisant sans doute allusion à ses pairs) et que la Guinée est prête à assumer son destin comme en 1958, avec Sékou Touré. Des propos qui marquent sans aucun doute toute la détermination du Professeur à aller jusqu’au bout de sa logique, mais qui n’en traduisent pas moins un attachement maladif au pouvoir au point de mettre en péril la paix sociale. C’est donc peu de dire qu’Alpha Condé est devenu fou. Fou et boulimique du pouvoir au point qu’à 81 ans révolus, et après deux quinquennats, il a tendance à faire preuve de sénilité là où la sagesse recommande pourtant d’écouter la voix de son peuple qui l’appelle au strict respect de la loi fondamentale de son pays et à faire valoir ses droits à la retraite. Et le comble c’est que l’on ne voit pas qui pourrait le faire changer d’avis ; tant l’homme est convaincu d’être sur le droit chemin. A moins que cette question de troisième mandat qui l’oppose à son peuple, ne soit finalement une question de défi personnel qui l’amène à foncer tête baissée dans le mur. Si  c’était le cas, Alpha Condé donnerait raison à ceux qui pensent qu’il est tout sauf un homme d’Etat. Car,  un homme d’Etat est non seulement capable de renoncement et de dépassement de soi, mais a souvent aussi ce supplément  d’âme qui l’amène à sacrifier ses intérêts personnels sur l’autel  des intérêts supérieurs de la Nation. C’est le lieu d’ailleurs de saluer la hauteur de vue et la grandeur d’âme du président nigérien, Mahamadou Issoufou, qui est en passe, si ce n’est déjà fait, d’être une espèce bien rare dans la faune politique africaine qui regorge de dinosaures et autres vieux crocodiles à l’appétit gargantuesque et qui prennent un malin plaisir à mettre à mal la démocratie sur le continent. Non seulement le locataire du palais de Niamey a passé son temps à ressasser qu’il ne passerait pas une seconde de plus à la tête de l’Etat à l’expiration de son deuxième mandat constitutionnel, mais il semble aussi mettre un point d’honneur à tenir sa parole en envoyant des signaux   rassurants sur sa volonté de ne pas fausser le jeu démocratique dans son pays.
 
Le chef de l’Etat guinéen aurait tort de croire qu’il est à l’abri de l’humiliant sort qui a été celui de Blaise Compaoré
 
 
En tout cas, en n’hésitant pas à envoyer au gnouf certains de ses compatriotes qui s’étaient hasardés à lui lancer un appel à un troisième mandat, Mahamadou Issoufou finit de convaincre qu’il est de la trempe de ces véritables hommes d’Etat qui manquent cruellement tant   au continent africain. Et en attendant de le voir joindre l’acte à la parole, les démocrates du continent peuvent déjà être fiers du chef de l’Etat nigérien qui refuse de jouer les indispensables et qui a déjà un dauphin désigné pour porter les couleurs de son parti à la prochaine présidentielle. Tout le contraire d’un Alpha Condé prêt à dresser le bûcher contre son peuple et à marcher sur les cadavres de ses compatriotes pour s’offrir un mandat indu. Comme si la voix de cette partie de son peuple qui l’appelle au renoncement, n’était pas aussi « la voix de Dieu ». C’est dire si en invoquant la célèbre citation « vox populi, vox dei » pour justifier sa volonté d’aller à son référendum de la division, Alpha Condé a tout faux. Mais jusqu’où ira-t-il dans le bras de fer qui l’oppose à son peuple ? Bien malin qui saurait répondre pour l’instant à cette question. En attendant, le chef de l’Etat guinéen aurait tort de croire qu’il est à l’abri de l’humiliant sort qui a été celui de Blaise Compaoré au Burkina Faso, si la soldatesque de son pays ne s’invite pas entre-temps dans la danse pour siffler la fin de la récréation. A ce moment, il n’aura personne pour le pleurer.
 
 « Le Pays »
 
 
 



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