En Côte d’Ivoire les injures et autres figures de la volonté mauvaise perlent au sein du RHDP en raison même du parti unifié, rendu mécaniquement improbable dans ces circonstances. Ni le RHDP fort et serein, ni le parti unifié désuni. Au Burkina Faso, les pusillanimités prétendent régenter le destin du CDP à la veille du prochain Congrès tandis qu’au sein de l’Adema du Mali, la question divise de savoir l’opportunité d’accompagner le président sortant ou de présenter un digne héritier du Président Alpha Omar Konaré, le grand panafricaniste. Les postures et autres déclarations emberlificotées de part et d’autre au sein de ces partis de la sous-région, trahissent l’insuffisance du leadership africain sur ces sujets touchant l’intérêt de la paix, çà et là. Il est aisé pour chacun de constater que c’est toujours les Africains de culture francophone en cette journée Internationale de la Francophonie 2018, qui pataugent dans la gadoue. Parce qu’ils ne rêvent que de ripailles perpétuelles oubliant les fondamentaux suivants.
1. La République et le service public exigent la confiance du peuple souverain. 2. Seule cette confiance tisse la qualité du lien de représentation (pouvoirs exécutif et législatif) tandis que la contractualisation du mandat électif engage chacun à préparer son propre effacement. Mais le goût des ripailles fermées et l’exubérance des egoportraits des élus en charge des pouvoirs publics produisent des condottieres là où servir et transmettre le témoin dans la tranquillité démocratique sont les réquisits des citoyens à la base. Ces méprises sur la charge publique engendrent des engorgements d’ambitions, des antagonismes et des rivalités sans substance qui se substituent à l'intérêt général et qui, de ce fait, enflamment la société dans son ensemble. Dans ces circonstances, la question existentielle surgit de la modalité opératoire du plein redéploiement de l’Agir responsable, visionnaire et démocratique. Cette critique remonte à Adorno et Habermas. Quels sont les termes du pugilat au sein du RHDP et du parti unifié putatif? Les chiasmes du refus des politiciens ivoiriens d’accompagner la régénération du climat politique par la relève générationnelle, pourtant une évidence des évidences, incompressible.
Brutalement, la question se résume : Comment revigorer la coalition politique RHDP au pouvoir ou son fils fantôme, le parti unifié, si l’on se détourne de la plénitude de sa définition?
1. Il y a coalition parce que l’on n’a pas de projet commun de gouvernance mais plutôt un gouvernement commun où le partage des charges est proportionnel à la clientèle apportée. La coalition RHDP au pouvoir a partagé les charges avec plus ou moins de succès en se basant sur cette réalité politique. La coalition est elle-même réglée sur le second degré qui est le candidat qualifié pour le second tour. En créant le RHDP en 2007 à Paris, cet esprit était cimenté dans les actes et les attentes de chaque membre de la famille houphouëtiste. Il fallait donc, pour les acteurs politiques, rompre définitivement avec la posture selon laquelle le dominateur circonstanciel de la famille politique imposerait sa marque pour ne pas dire sa pensée unique. Concrètement, il fallait faire ses adieux au sein du RDR que sa propre pensée ou la pensée unique de quelque profil que ce soit ne peut être confondue avec celle de l’Houphouëtisme. Elle n’en est qu’une variante, certes majoritaire au pouvoir, somme toute, une interprétation parmi tant d’autres. De la sorte, personne ne devrait s’autoriser de vouloir déterminer la marche unique des disciples sourcilleux, encore moins cette cohorte des héritiers improvisés qui tiennent le haut du pavé (nuance distinctive importante) du Président Houphouët-Boigny. Dans l’éloquence des turbulences et odeurs pestilentielles en cours au RHDP, il faut réaffirmer par le haut et par la base de la pyramide des postulants de postes officiels, des convictions et aussi des âges, vite et bien, la diversité, la pluralité des pensées, des pratiques, des usages et des lieux houphouëtistes. Est-il déjà trop tard ? La ruine du parti unifié est assez avancée dans l’évolution de sa totalité comme je l’écrivais il y a déjà deux mois. Mais aussi et surtout se garder de hiérarchiser ces diversités puisqu’il ne s’agit point de programmes. A toutes fins pratiques, nul ne saurait se présenter, valablement, comme le détenteur exclusif et décisif pour ordonner ceci au détriment du cela.
2. Le refus ou le congé donné à la culture du débat interne, au rayonnement des postures intellectuelles et politiques a assis le processus bureaucratique sclérosant. Mais c’est le lit des conjectures et autres désinvoltures d’un autre âge. Le dynamisme intellectuel et le bouillonnement politique qui ont présidé à la création du RDA en 1946 à Bamako sont la pierre de touche de la survie de la famille au- delà des âges pour être ce 3è parti africain crée après l’ANC (1912) du Prix Nobel de la Paix Albert Luthuli et les Frères Musulmans d’Egypte en 1929. Le processus démocratique est, quant à lui, la condition de survie et de sauvegarde du RDA avec ses nombreuses déclinaisons, de la Côte d’Ivoire au Cameroun. Revigorer le RHDP ivoirien, c’est assurément revenir à la doctrine unioniste dans la diversité et identités politiques plurielles du commencement. Or, précisément, le RHDP, simple machine de substitution au second degré pour prendre le pouvoir s’est mêlé les pinceaux en ne renonçant pas à vouloir les totaliser, les régenter et ordonner en conséquence, l’avenir. Il s’est compromis au sens où, il a avalé sa propre mémoire. De ce fait, tout bon bergsonien constatera, derechef, que le RHDP ne pouvait raisonnablement, anticiper ce qui vient. D’où sa forclusion et subséquemment l’improbable parti unifié comme donation des turbulences. Symétriquement, cette amnésie ou malédiction ne peut donc donner naissance à un parti unifié ou réunifié que l’imaginaire des formes adjectivales peut fournir. La diversité, les trajectoires, les fulgurances, les petitesses et la vitalité des contrapositions sont la condition du rassemblement, de l’unification ou de la réunification autour du courant majoritaire. Pour le savoir, il faudra que mille fleurs s'épanouissent puisque le courant majoritaire au pouvoir s'y prend mal. Une forme de panne de lucidité sur la méthode. Etre disciple du Président Houphouët-Boigny, c’est prendre son envol politique avec cette vérité chevillée au corps: lucidité et pragmatisme. Et non l’inverse.
3. Le délitement de la bienveillance et de la gratitude qui, rappelons-le, resserrent les liens. Leur absence a prédisposé la famille RHDP à se redécouvrir nue, inférieure à sa propre disposition à rassembler. Comment alors donner un coup de pouce à l’envol de l’Espoir, à la paix houphouëtiste, seuls lieux mémoriels reçus comme semences perpétuelles de la paix et de la cohésion nationale? Le fait que le RHDP au pouvoir s’est laissé grisé par le goût des commodités gouvernementales, des sorties désinvoltes et accommodements ou desaccommodements des charges officielles sans anticipation et vision du lendemain, aujourd’hui, cette famille paie cash son désintérêt pour le processus démocratique authentique. Seul le PDCI –RDA semble avoir rigoureusement élu toutes ses instances, de la course à la chefferie du parti à la compétition pour désigner le candidat lors d’une convention, bref, une mémoire des joutes qui cimente une identité. L’autre pôle de la famille, le RDR a, pour être franc, escamoté ses devoirs voulant contourner le réquisit démocratique et citoyen. Panne terrible d’autant plus qu’il s’agit bien plus d’un grand parti de conviction, de sueur, de larmes, d’exils, de sang et de tourments. Le RDR est seulement et incidemment charismatique autour de son président honoraire. Ses luttes l’ont cimenté et le long intérim assumé par l’Honorable Soumahoro Amadou l’a desservi. Sa mémoire et sa trajectoire font de lui, le creuset des ouvertures citoyennes et démocratiques. Seul ce devenir lui sied. Le RDR est-il alors en mesure d’assurer, au milieu du gué, à mi-chemin de la fin de son second mandat de représentation du peuple, le retournement salvateur, la perspective citoyenne autour d’une personnalité de rassemblement, de réconciliation et de raccordement des émotions citoyennes ? Puisqu’il ne s’agit plus d’agenda programmatique de gouvernement. Si le Président sortant, le Président de la République, Alassane Ouattara n’est pas candidat, le bilan politique et émotionnel de ses deux mandats est d’avantage celui sur lequel, le peuple souverain reconduira ou non un candidat de la Case verte. Il s’agira alors de pouvoir aller au second tour avec un allié fiable contre un adversaire impersonnel, cette grogne sociale, en 2020. Seul le Président Guillaume Soro Kigbafori, fils bien aimé du Président Henri Konan Bédié, incarne cette chance de régénération du climat politique dans le dialogue houphouetiste, la paix humble et la stabilité construite avec tous, pour sa génération et pour la solidarité intergénérationnelle en rassurant la génération sortante en 2020 comme annoncée par le Président Alassane Ouattara. Rien ne doit nous détourner de cet horizon d’attente générationnelle et républicaine.
4. Le RDR et le temps du malaise. Il y a ce malaise consistent avec les alliés comme le PDCI, les ex Forces nouvelles advenus les Soroïstes de la relève de qualité autour du Président Guillaume Soro Kigbafori d’une part et d’autre part, l’adversité coutumière avec les tendances du FPI de plus en plus convergentes autour de leurs camarades en prison, leur rapprochement que véhiculent les sénatoriales boycottées et l’arbitre CEI contesté etc. Ces faits massifs constituent pêle-mêle le tribunal de la réalité adossée à une surchauffe sociale. Il faut retrouver la dynamique du rassemblement autour du Président Soro. C’est un impératif des turbulences vécues. Il a l’étoffe pour étouffer les moments durs. L’oublier, c’est se trahir soi-même ! Compliquer sa propre équation et partant celle de tous ! Inutilement.
Puisque la Côte d’Ivoire est sûrement devenue un taureau déchaîné qui feint de dormir. Les crocodiles de Yamoussoukro font aussi semblant. Le prochain président devra être le cavalier de ce taureau. Un vrai rassembleur d’équilibre inspiré d’éthique de la responsabilité, du partage de la prospérité et de la redevabilité politique. Un pont vers la paix ! Tous les forcings sont donc forclos pour 2020. Seul le processus démocratique prévaudra. Voilà ma conviction. Un leader en devenir ! Un cavalier ! Pour la moue populaire qui porte les indépendants et leur audace. Un signe de la crise du politique institutionnel! Un signal pour la régénération démocratique et citoyenne !







Publié le :
4 mars 2018Par:
Abou Touré