Quand on a bonne conscience, c'est Noël en permanence.
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Que fera le RDR de sa victoire ?
Article publié le: 16 Décembre 2011 - Auteur: Le Pays - Source: Le Pays
La victoire aux législatives de 2011 du Rassemblement des républicains de la Côte d'Ivoire (RDR), parti au pouvoir, est un secret de Polichinelle avant même la proclamation des résultats définitifs par la Commission électorale indépendante (CEI). Les résultats partiels confortent, de jour en jour, la large majorité du parti du président ivoirien Alassane Dramane Ouattara (ADO) à la toute première épreuve consultative postcrise. Exit donc le Front populaire ivoirien (FPI) de l'ex-chef de l'Etat Laurent Gbagbo désormais détenu à la Cour pénale internationale (CPI). Ses collaborateurs et autres sympathisants, pour n'avoir pas obtenu sa libération, ont boudé les joutes électorales comme un mauvais garnement ayant subi une raclée punitive pourtant bien méritée. Les retombées politiques pour le FPI n'en seront que très regrettables, le parti au pouvoir et son allié, à savoir le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), étant sur le point de rafler au moins 80% des sièges à pourvoir. Le FPI ouvre ainsi un grand boulevard à ses principaux ennemis, offrant par la même bourde au pays d'Houphouët-Boigny un parlement quasi monocolore, une institution républicaine sans contre-pouvoir réel et sérieux. Certes, le seul enjeu des récentes législatives sur les bords de la lagune Ebrié fut le faible taux de participation estimé par les opposants à seulement 20% des inscrits. Mais il n'en demeure pas moins vrai que la tenue du scrutin, jugée normale par la majorité des observateurs, constitue un gage pour la relance de la vie politique dans ce pays. Ce qui représente un tournant important dans le processus de normalisation de la vie socio-politico-économique. Toutefois, cette razzia électorale réussie par les vainqueurs de la présidentielle de 2010 est, à bien des égards, assimilable à une arme à double tranchant dont le maniement requiert dextérité et sagesse. C'est en cela qu'il s'avère important de savoir ce que le RDR pourrait bien faire de son raz de marée électoral. Exploitée à bon escient, cette spectaculaire victoire qui n'est du reste point déméritée, peut permettre au pouvoir en place à Abidjan de gouverner en toute tranquillité. Car, il aura les coudées franches et les législateurs nécessaires pour proposer et faire passer comme une lettre à la poste ses réformes et son programme politiques. A condition, bien entendu, de ne pas se montrer ingrat envers les trois autres principaux partis du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), alliance ayant soutenu la candidature de ADO au second tour de la présidentielle. Des accusations de fraudes pendant les législatives ont été adressées au RDR par le PDCI, qui, on s'en souvient, n'a pourtant eu de cesse de braver les menaces diverses des pro-Gbagbo pour reconnaître et rappeler à tout -va la victoire de ADO à la présidentielle, à une époque très critique. Les alliés d'hier doivent éviter tout clash qui fera d'eux les pires ennemis d'aujourd'hui. Il revient donc au plus fort, en l'occurrence le RDR, de prendre garde de ne pas détériorer les relations au sein de la famille houphouétiste. Selon les termes de l'accord de départ entre les parties prenantes au RHDP, le poste de Premier ministre devait revenir logiquement au parti de l'ancien président Henri Konan Bédié. Etant donné les circonstances imprévisibles qui ont prévalu du fait de la tentative de hold-up électoral de Laurent Gbagbo, un arrangement a sans doute été trouvé pour permettre au secrétaire général des Forces nouvelles de rester dans la sphère dirigeante en attendant de trouver un plan convenable à son avenir politique. Guillaume Soro a été plébiscité dans sa région à plus de 99%. Profitera-t-on d'une telle aubaine pour lui négocier le perchoir de l'Assemblée nationale afin de dégager la primature pour son destinataire initial ? A défaut de se dessaisir du poste non électif le plus important du pouvoir, ADO et les siens devront tout faire pour laisser la présidence de l'AN ou, tout au moins, des porte-feuilles ministériels de souveraineté, au parti de l'Eléphant qui, il faut le reconnaître, a su faire preuve de patience et de compréhension. Celui-ci mérite donc qu'on lui renvoie l'ascenseur. Le locataire du palais d'Abidjan doit en tenir compte lors du remaniement du gouvernement qui pourrait intervenir après la proclamation des résultats définitifs des législatives. Il y va de la bonne continuation du partenariat entre les deux partis qui seront les plus représentés au sein de l'appareil législatif et dont une bonne collaboration pourrait permettre au pays de rattraper au plus vite son retard. Et pour éviter de verser dans une gouvernance autocratique déguisée avec toutes les dérives y liées, les meneurs actuels du jeu politique ivoirien ne doivent pas se lasser de tendre la main au FPI dont l'absence à l'hémicycle sera, à n'en point douter, un important manque à gagner. Car les sessions des députés sont des cadres dont les débats contradictoires forgent la vie démocratique. ADO doit, pour ce faire, conserver sa casquette d'homme de paix qui lui va à merveille, comme le treillis au soldat, et envisager toutes les démarches et concessions nécessaires et non dommageables à la justice, au pardon et à la réconciliation. Peut-être arrivera-t-il ainsi, en rassembleur, à ramener tous les membres de la grande famille politique ivoirienne à la maison en vue des élections locales à venir. Ce n'est qu'un idéal, mais qui vaut la peine d'être poursuivi, ne serait-ce que par acquis de conscience et pour l'embellissement des pages de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Et si, par entêtement, les mauvais perdants se refusaient tout exercice d'autocritique et de changement positif de comportement, ils porteraient l'entière responsabilité, devant l'histoire, d'un éventuel retard démocratique du pays de l'hospitalité.

« Le Pays »