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Les 17 engagements de Compaoré et Ouattara
Article publié le: 21 Novembre 2011 - Auteur: Abdou ZOURE, Wilfried BAKOUAN et Aimé NABALOUM - Source: Le Pays
La deuxième conférence au sommet Burkina-Côte d'Ivoire a eu lieu le 18 novembre 2011 au palais de Kossyam à Ouagadougou. Un conseil des ministres inédit et des projets ambitieux ont constaté le réveil du Traité d'amitié Ouaga-Yamoussoukro, signé le 29 juillet 2009 dans la capitale politique ivoirienne, au moment où Laurent Gbagbo était au pouvoir. Des rapports diplomatiques et fraternels plus étroits, une autoroute, deux chemins de fer et de l'énergie pour le Burkina, voilà ce que promet d'accoucher le mariage entre le baobab du Faso et le cacaoyer d'Eburnie.

Du 14 au 17 novembre 2011 à Ouagadougou, les experts dans différents domaines du Burkina et de la Côte d'Ivoire ont réfléchi et proposé des projets pour relancer la mise en ouvre du Traité d'amitié et de Coopération Burkina-Côte d'Ivoire. Le 18 novembre 2011 aux environs de 15h, les chefs d'Etat Alassane Dramane Ouattara et Blaise Compaoré ont présidé un conseil des ministres conjoint inédit, rassemblant les deux gouvernements au complet des deux pays. Un conseil lors duquel ils ont adopté lesdits projets en paraphant plusieurs accords, dont le but est de raffermir les liens qui existent entre les deux pays et de "faire de l'espace ivoiro-burkinabè, le vecteur de l'intégration ouest-africaine", pour reprendre les termes du président du Faso. La conférence a d'ailleurs affirmé "la détermination des deux pays à contribuer à la relance du Conseil de l'Entente".

Trois grands projets

Le premier projet d'envergure est la construction de l'autoroute Yamoussoukro-Ouaga. Son but est de permettre la libre circulation des biens et des personnes. Le second projet concerne le transport ferroviaire. Il consistera d'une part, à réhabiliter le chemin de fer Abidjan-Ouaga, puis à le prolonger jusqu'à Niamey au Niger. Et d'autre part, à construire un autre chemin de fer qui reliera Ouagadougou à Abidjan, dont les rails seront à écartement standard (1 435 mm). Les études de faisabilité sont prévues pour débuter en 2012. Les ministres en charge de ces différents domaines se réuniront tous les 3 mois pour évaluer l'état d'avancement de ces projets. Le dernier grand projet est l'approvisionnement régulier en énergie électrique et en hydrocarbures du Burkina par la Côte d'Ivoire. La Côte d'Ivoire se chargera d'augmenter ses capacités de production pour faire face à cet engagement et le Burkina a été invité à exprimer ses besoins pour la période 2012-2013 avant la fin de l'année 2011. Le projet de fourniture d'hydrocarbures prévoit la construction d'un support pipeline pour convoyer le gaz naturel à Ouaga depuis Abidjan. Ces différents projets seront financés par les budgets des deux pays, avec l'appui des partenaires financiers. A ce propos, l'Emirat du Qatar est déjà déclaré partant pour le projet d'autoroute, dont les fonds, selon le président ivoirien, sont déjà bouclés.

Foncier rural : rassurer les communautés vivant en Côte d'Ivoire

Les deux présidents se sont dit confiants quant à la capacité des deux pays à réaliser ces projets. De quoi donc donner satisfaction au Premier ministre Luc Adolphe Tiao, qui a souhaité lors de l'ouverture de la réunion des chefs de gouvernement que les décisions ne soient pas prises pour la presse. Outre ces grands projets, d'autres accords ont été signés par les deux pays sur le plan culturel, commercial, industriel, de la santé animale et diplomatique.Il sont au nombre de 17, les engagements pris par les deux pays. (Voir communiqué conjoint). Il s'agit par exemple des accords de siège au profit du Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) et au profit du port autonome d'Abidjan. Sur le plan du foncier rural, la Conférence a indiqué que les deux pays entreprendront des actions nécessaires pour "rassurer les différentes communautés vivant en Côte d'Ivoire sur les questions foncières". Pour éviter les tracasseries douanières, la Conférence a décidé de mettre en place un comité conjoint pour gérer les corridors Abidjan-Ouagadougou et de faire appel à l'UEMOA pour la construction du poste de contrôle juxtaposé de la Léraba. Le cacaoyer ivoirien a été greffé au baobab burkinabè. Il ne reste plus qu'à souhaiter, comme le président du Faso, que la greffe prenne et porte des "fruits à même de combler nos attentes".

Alassane Dramane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire

"La nationalité sera désormais une question juridique"

Le chef d'Etat Blaise Compaoré et son homologue ivoirien se sont prêtés aux questions des journalistes après la clôture de la conférence. D'abord, ces projets sont-ils réalisables et qui va les financer ? Du point de vue de Blaise Compaoré, la réalisation de ces projets, bien que n'ayant pas de deadline, dispose d'un atout. « Les partenaires ont un grand respect pour nos deux pays », a-t-il dit. Ensuite, comment sera résolue la question du foncier rural ? Et le président ADO de rassurer qu'après les législatives, et avec la configuration actuelle du paysage politique en Côte d'Ivoire, le RHDP disposera d'une large majorité au parlement qui lui permettra de reprendre les choses en main. Qu'en est-il de la crise identitaire qui a miné le pays ? ADO a répondu ceci aux journalistes : "La nationalité est une question juridique. Elle ne l'a toujours pas été malheureusement, mais elle sera désormais traitée comme telle". Toujours pour le président ivoirien, la réhabilitation des Burkinabè victimes de la crise, se fera dans le cadre général de la commission Vérité-Dialogue et Réconciliation. A la question de savoir si le Burkina et la Côte d'Ivoire s'entraideront pour défendre leurs territoires en cas "d'attaque", les deux présidents ont joué la carte de l'ironie en empruntant pour un temps le rôle des journalistes : « Se défendre contre qui ? Quand qui va attaquer qui ?... ». Sans commentaire. En tant que facilitateur, Blaise Compaoré pourrait-il intervenir pour convaincre le FPI de participer aux législatives ? Après avoir dit qu'il n'a pas été "touché" par le FPI, le président Compaoré a laissé dire à son homologue que la page est tournée. « C'est un dossier clos, a-t-il dit. Les élections auront lieu le 11 décembre et que le meilleur gagne ! »

ENCADRE 2

Les ministres "heureux élus" s'expriment

Patrick Achi, ministre ivoirien des Transports et des Infrastructures économiques

"Je suis le plus gâté !"

"Je suis certainement le plus gâté par ce conseil parce que j'ai deux projets qui ont fait l'objet de signature de convention. Il s'agit du projet de réhabilitation du chemin de fer entre Abidjan et Ouagadougou et son prolongement jusqu'à Niamey et le projet auto-routier de Yamoussoukro à Ouagadougou. Pour le projet de réhabilitation, il s'agit d'un renforcement des différents dispositifs. Les rails et un certain nombre d'ouvrages seront donc réparés et cela permettra d'aller à une vitesse comme on le souhaite. Quant au deuxième projet à savoir la Régie Abidjan-Niger, on constate que le Niger a toujours été le parent oublié de ce tronçon ferroviaire. Il s'agit non seulement de réparer l'histoire mais aussi dans le cadre de la rédynamisation économique sous la région UEMOA, le raccordement de Niamey à Ouagadougou devra être une réalité et un événement majeur pour les pays de la sous-région et surtout pour les amis de Niamey qui attendent cela depuis plusieurs dizaines d'années. L'objectif est que le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire soient ceux qui tirent le développement de la sous-région."

Bruno Koné, ministre ivoirien des Postes et des Technologies de la communication

"Tous les pays devront avoir basculé vers la solution du numérique en 2015"

"Pour ce qui concerne mon ministère, il a été discuté deux sujets. Premièrement, il s'agit de la relation entre la Poste du Burkina et celle de la Côte d'Ivoire, dont les relations sont malheureusement interrompues ; une interruption causée par une dette relativement importante due par la Poste de la Côte d'Ivoire à celle du Burkina. Nous sommes convenus des modalités d'apurement de cette dette. Deuxièmement, nous avons échangé sur tout ce qui a trait à la migration de la télévision de l'analogie vers le numérique. En 2015, tous les pays devront avoir basculé vers la solution du numérique et il est préconisé que chacun des pays traite de la question avec ses voisins pour convenir de tout ce qui est fréquences transfrontalières. Il y a eu un troisième point qui n'a pas été approfondi mais sur lequel nous reviendrons la prochaine fois. Il s'agit du câble sous-marin qui passe à Abidjan et qui va permettre de connecter le Burkina à savoir l'Internet."

Sidiki Konaté, ministre ivoirien de l'Artisanat et de la Promotion des petites et moyennes entreprises

"Le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire à l'image de l'Allemagne et de la France"

"Concernant mon département, il a été question du climat des affaires. Il s'agissait de voir comment créer un bon climat pour les affaires entre nos deux pays et surtout que les opérateurs des deux pays puissent intensifier leur partenariat et bénéficier d'un certain nombre de mesures exceptionnelles. De façon concrète, nous avons parrainé la réunion des deux chambres de commerce et d'industrie. Des décisions y ont été prises et annexées à la déclaration finale. Désormais, nous assisterons à l'émergence d'un pôle de businessmen ivoiro-burkinabè qui travaillent dans les deux pays et qui y intensifient leurs activités. Au niveau de l'artisanat, Ouagadougou est le pôle par excellence. L'accent sera donc mis sur les échanges entre les artisanats de Côte d'Ivoire et ceux du Burkina à travers les instruments déjà en valeur. C'est le cas du SIAO qui peut être une opportunité pour les artisanats ivoiriens et vice-versa. Les opérateurs économiques de mon secteur doivent pouvoir impulser les décisions politiques que nos Chefs d'Etat prendront. Nous souhaitons que par les affaires, nous puissions asseoir définitivement le partenariat. "

Adama Toungara, ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Energie

"Le Burkina Faso devra toujours être un bon payeur"

"Nous avons convenu du renforcement de nos capacités de production et de celui du réseau. Concernant le Burkina Faso, nous attendons qu'il fasse toujours ce qu'il faisait, à savoir, être un bon payeur. Le plus important c'est l'échange d'expériences entre les deux pays. Cela devra être bénéfique non seulement au plan étatique mais aussi pour les populations"

Arthur P. Kafando, ministre burkinabè du Commerce et de l'Artisanat

"Que de grandes choses"

"Ce qu'il faut retenir de ce conseil conjoint, ce n'est que de grandes choses. Il y a eu le forum des affaires et au niveau de l'industrie, nous avons engagé les discussions sur la mise à niveau des industries, le tarif extérieur commun et aussi la création d'un pôle avec le Mali pour que nous puissions avoir des économies d'échelle, non seulement sur le transport, mais aussi sur les produits. La fluidité du trafic, la réduction des coûts sont autant de points sur lesquels nous avons discuté."

Me Gilbert Noël Ouédraogo, ministre burkinabè des Postes, du Transport et de l'Economie numérique

"Réhabiliter le tronçon depuis Abidjan jusqu'à Kaya"

"Pour ce qui est du chemin de fer, il est question aujourd'hui de faire une relecture du traité qui lie la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso à la SITARAIL. Les parties doivent arrêter des positions et celle burkinabè et ivoirienne devra se rencontrer pour arrêter la sienne et ensuite nous rencontrerons SITARAIL pour discuter de la mise en oeuvre de la convention relue. La vision 2011-2030, qui envisage la réhabilitation du tronçon depuis Abidjan à Kaya et l'acquisition de nouveaux matériels roulants pour permettre l'amélioration du service, a été discutée. Quant à l'auto-route, son initiative sera d'un grand bien pour le Burkina Faso, surtout dans le sens où 90% de nos importations passent par les ports. Certes, l'accès au port a été discuté, mais il faut aussi envisager la solution du chemin ferroviaire qui contribue à n'en point douter à l'amélioration de la circulation entre nos deux Etats. En plus, avec l'auto-route, plus de véhicules pourront voyager et l'on peut transporter plus de tonnage, ce qui pourrait réduire les coûts des produits une fois rendus à Ouagadougou. Ce sera une intensification des échanges entre nos deux pays."

Salif L. Kaboré, ministre burkinabè des Mines, des Carrières et de l'Energie

"Nous avons convenu de 700 kwh par an"

"L'engagement pris est de faire de telle sorte que les termes contractuels soient respectés. Notre ambition est de pouvoir avoir avec la Côte d'Ivoire la quantité d'énergie nécessaire qui est de l'ordre de 700 kwh par an. Cela nécessite donc des investissements du côté de la Côte d'Ivoire, à savoir le renforcement du réseau et le renforcement de la capacité de production. La partie ivoirienne s'est engagée à faire ces investissements et afin qu'à partir de 2012 nous puissions importer cette quantité d'énergie nécessaire pour alimenter notre pays. Vous ne devez pas faire des relations entre la quantité d'énergie que nous consommons et le prix de cession du kwh. Comme vous le savez, nous nous endettons, nous devons payer des factures et pour cela, il faut que la société d'électricité ait les agrégats financiers au vert et c'est en cela vous et moi devons payer l'électricité".

Propos recueillis par AZ, WB et AN

Abdou ZOURE, Wilfried BAKOUAN et Aimé NABALOUM