Opération de déguerpissement à Abidjan : Quand la démolition des maisons fait le bonheur de certains
lebanco.net - Publié le: 19-10-2019 - Mise-à-jour le: 19-10-2019 - Auteur: Sylvie Naya
Opération de déguerpissement à Abidjan : Quand la démolition des maisons fait le bonheur de certains
Le projet de démolition des maisons qui obstruent la voie publique, lancé par le gouvernement en juin 2019, ouvre également la voie à un autre business à Abidjan. Comme le dit l'adage : A quelque chose, malheur est bon.
En effet, des jeunes gens tirent profit des gravats laissés après déguerpissement ou démolition partielle ou totale des habitations supposées encombrer l'espace public. Nous en rencontrons, le 17 octobre 2019, sur les lieux des habitations détruites, qui s'activent à briser des blocs de briques avec des marteaux pour retirer le fer et du bois, considérés comme un « trésor » pour eux.
A force de fouiller dans les décombre, leur visage et les vêtements se sont recouverts de la poussière se dégageant des gravats. « Seuls, les gens endurants et déterminés peuvent faire ce travail »,  nous dit Bamba Soumaila, ferrailleur dans la commune de Koumassi.
Ainsi, au grand dam des propriétaires qui voient leurs biens détruits, les jeunes se ruent sur les décombres à la recherche de fer et autres débris pouvant être vendus sur le marché. « L'État dit qu'ils ont construit sur la route, c'est pourquoi il vient détruire les maisons. Ça fait mal, mais on va faire comment ? Si on laisse le fer des maisons détruites, ils iront les jeter ailleurs après. Donc, avant que la mairie vienne ramasser les ordures, nous les récupérons pour les revendre », se défend Doumbia Lanciné, habitant la commune de Yopougon.
Ces objets ramassés sont vendus au prix de 50 Fcf/kg. Vu l'impressionnant volume de débris de maisons détruites, c'est une petite fortune que les jeunes amassent au quotidien.
Meurtris par la destruction de leurs maisons, et le pillage de certains matériaux de construction par des badauds, certains propriétaires envisagent de saisir les autorités compétentes. Mais d'autres s'en remettent à Dieu : «  Ça sert à quoi de les empêcher, la maison est détruite. Que vais-je faire avec ces débris ?», lâche, résigné, Boly Richmond, visiblement affecté par les événements.
 
Sylvie Naya