Rassemblement à Paris : «Un peuple uni ne sera jamais vaincu»
.elwatan. - Publié le: 22-04-2019 - Mise-à-jour le: 22-04-2019 - Auteur: .elwatan.
Rassemblement à Paris : «Un peuple uni ne sera jamais vaincu»
Comme vendredi dernier en Algérie, la mobilisation des Algériens de France ne s'essouffle point. Bien au contraire, elle a pris plus de vigueur et de tonus en vue de mettre fin définitivement aux manouvres du régime algérien, qui tente par tous les moyens de diviser le mouvement.
Un dimanche à Paris. La place de la République a retrouvé, pour un énième dimanche, ses occupants, ses drapeaux algériens et berbères, visés par des intimidations infructueuses de la part de la police algérienne lors de la marche de vendredi dernier à Alger.
Le collectif «Libérons l'Algérie» a été le premier à occuper l'espace. Dans une ambiance conviviale et bon enfant, ses animateurs ont installé des tables et des stands pour accueillir les manifestants à qui ils proposaient des prises de parole. Drapeaux algériens et berbères sur les épaules ou brandis, ils ont annoncé la couleur avec une pancarte qui balaie toutes les tentatives du pouvoir de diviser les Algériens. «Un peuple uni ne sera jamais vaincu», pouvait-on lire sur un tissu blanc suspendu au-dessus d'un stand. Plus loin, c'est un vieil émigré qui est venu avec ses petits-enfants participer à la manifestation. Affalé sur une chaise en bois, un chapeau vissé sur la tête, il les regarde, assis eux aussi à une table en train de déjeuner et de jouer.
«Il n'y a que des voleurs au gouvernement»
D'autres familles étaient au rendez- vous pour dire non au régime algérien «corrompu» et «sanguinaire», selon une mère de famille. «Personne ne pourra oublier ce qu'ils nous ont fait en 1980 en Kabylie et en 2001 à Alger. Ils payeront le sang versé de nos enfants sortis manifester mains nues», a-t-elle crié. A la place de la République, l'ancienne génération a retrouvé la nouvelle.
Et les écarts culturels, sociaux ou politiques, qui pouvaient autrefois les séparer, ont été gommés par un seul et unique objectif, celui de mettre hors d'état de nuire ceux qui «ont privatisé l'Algérie et volé ses richesses», selon Ahcène, un vieil émigré de 78 ans, qui n'est jamais retourné en Algérie depuis qu'il a pris le bateau en 1962. Originaire des Ouadhias en Grande Kabylie, il participe pour la première à un rassemblement en faveur de l'Algérie. «J'ai toujours su que l'Algérie est gérée par les militaires depuis l'indépendance.
Il n'y a que des voleurs au gouvernement. Ils se remplissent les poches puis vont aller vivre à l'étranger ni vu ni connu.» Il ajoute avec un brin de tristesse : «C'est pour cette raison que je ne suis jamais retourné dans ce pays. Je ne connais même pas ma fille qui a aujourd'hui des petits-enfants. Les douaniers et la police des frontières sont tellement injustes qu'ils peuvent m'arrêter et me jeter en prison pour une simple bouteille de pastis ou de boîte de chocolat sans aucune raison.»
Les anciens et les jeunes ensemble pour faire tomber le régime
C'est un ami à lui qui l'a convaincu de venir voir ce qui se passe à la place de la République. «Je suis content de voir cette jeunesse demander ses droits. Si les choses s'arrangent, je pourrai retourner et finir le peu de jours qui me restent à vivre dans mon village et être enterré là-bas. Mais je crains que ce ne soit pas demain la veille.»
 
En plus d'être un endroit symbolique de contestation contre le régime algérien, la place de la République est devenue depuis deux mois un repère pour de nombreux vieux émigrés. Chaque dimanche, ils viennent prendre la température et s'informer des dernières nouvelles du pays. Leur présence auprès des jeunes et des étudiants, qui participent en masse, donne encore plus de légitimité et de visibilité aux rassemblements réunificateurs.
Si en Algérie, les Algériens se sont reconnus et découverts, c'est le cas également en France et en Europe. La haine du pouvoir et des régimes autoritaires successifs a fini par unir toute la diaspora algérienne dans le monde.
«Zerhouni, l'ancien ministre de l'intérieur en 2001, doit être jugé»
Comme les autres dimanches aussi, les slogans n'ont pas beaucoup changé. Les organisateurs les ont juste adaptés en fonction des développements politiques survenus la semaine dernière. On pouvait lire notamment : «Restons unis. Notre union est leur point faible», «Une société sans diversité n'est pas une société» ou «Nous voulons le départ de tout le système. Y compris d'Ahmed Gaïd Salah» et «Libérez l'Algérie».
Par ailleurs, le cour battant de la manifestation était bel et bien présent, avec de nombreux jeunes étudiants, mais aussi de sans-papiers qui ont joué un rôle prépondérant dans le maintien de la flamme de la contestation à Paris et dans d'autres villes françaises. «Vous avez mangé le pays, oh vous les voleurs», «Vous êtes des voleurs, mais vous vous considérez nationalistes», «L'Algérie est unie et indivisible, vous ne pourrez pas nous séparer», étaient autant de slogans lancés par les manifestants venus également en masse hier à la place de la République.
Coïncidant avec la commémoration du 20 Avril 1980, le rassemblement de la place de la République avait pris des couleurs jaune et vert, avec la présence de nombreux étudiants kabyles qui ont tenu à marquer cette date à travers des chants, des images et des témoignages. «On n'oublie pas», pouvait-on lire sur des pancartes.
D'autres hommages ont été rendus aux martyrs du Printemps noir en 2001. Certains jeunes ont demandé à la France de juger l'ancien ministre de l'Intérieur Zerhouni, qui aurait donné l'ordre à la police de tirer. Il vit actuellement à Paris. «La France ne peut continuer à accueillir des tueurs de jeunes enfants sortis pour manifester pour la liberté et la dignité.» A la place de la République, hier était un jour de tous les hommages et de toutes les couleurs.