Côte-d'Ivoire: Dans le sud d'Abidjan à Koumassi, l'éternelle réoccupation des sites après les déguerpissements
Alerte info - Publié le: 15-04-2019 - Mise-à-jour le: 15-04-2019 - Auteur: Hamsatou ANABO
Côte-d'Ivoire: Dans le sud d'Abidjan à Koumassi, l'éternelle réoccupation des sites après les déguerpissements
« La mairie est en train de tout casser, mais franchement, je ne sais pas où partir. Si je quitte le coin, je vais perdre ma clientèle », explique Achirou Mahamadou, vendeur de Garba (semoule de manioc et du poisson frit), à Koumassi, une commune située au Sud d'Abidjan.
Depuis quelques semaines, la mairie mène une vaste opération de déguerpissement des espaces occupés anarchiquement par des commerçants, mais ceux-ci reviennent toujours se réinstaller sur les ruines.
Malgré la poussière ventilée par le passage des véhicules et des grosses mouches autour de sa cuvette de poissons, Achirou sert quelques clients assis sur un banc, sous un parasol qui les protège du soleil.
« Le plus important, ce sont mes clients, malgré le fait que la mairie a démolie ma petite baraque où je faisais mon commerce, je suis très sollicité », se targue Achirou.
A quelques mètres d'Achirou, Sita Kouyaté, vendeuse de bouillie se plaint également du déguerpissement.
« Le nouveau maire est sans pitié », soutient la jeune dame. « Il casse partout, mais on va revenir parce que je n'ai pas un autre travail à part ce commerce et je ne vois pas où je vais déplacer ma marchandise », ajoute-t-elle.
Sous un soleil de plomb, des agents de la mairie de Koumassi s'activent, munis de haches, de pelles, de marteaux, et accompagnés d'un Caterpillar demandent aux commerçants et aux petits curieux de céder le passage, pour leur permettre de démonter les restes de toitures, de planches et de chevrons des baraques de fortune construites en bordure de route.
« Vous cassez la boutique de mon fils ! C'est avec ça, il me nourrit ! Qu'est-ce qu'on va devenir ? » S'insurge dame Kouamé, qui pleure la destruction du magasin de son enfant au quartier Sicogi de Koumassi.
A Haoussabougou, un autre quartier précaire de la commune, Halidou Oumarou, vendeur de matériaux de construction, est assis devant les ruines de ses deux magasins avec quelques carreaux et pots de peinture.
« Je suis obligé de revenir m'asseoir où étaient situés mes magasins, car beaucoup de mes clients ne savent pas que la mairie a détruit mes magasins », affirme-t-il, d'un air triste.
A ses côtés, son voisin Harouna Siddo, réparateur de téléphone affirme tout furieux : « quand il y aura des voleurs, il ne faut que pas les autorités municipales se plaignent parce qu'à cause du déguerpissement beaucoup de personnes sont au chômage ».
A la demande de certains amis, Siddo se calme. Les larmes aux yeux, il explique que sa « fille est inscrite dans une école privée, mais avec (sa) boutique qui a été détruite (il) sera obligé de l'inscrire l'année prochaine dans une école publique ».
« Moi en tout cas, je suis-là, je ne bougerai pas, s'ils ont réussi à détruire ma boutique, ils ne pourront pas me prendre mes tables et mes deux parasols, je ne vais pas laisser mon commerce pour me retrouver à la rue, mon Attiéké poisson marche bien ici », soutient Awa Sissoko.
Un agent de la mairie, qui requière l'anonymat, estime que « les commerçants ne savent pas qu'ils sont sur un passage d'eau. A chaque saison de pluie, Koumassi ressemble à une piscine, à un moment donné, il faut que tout cela s'arrête, nous sommes fatigués de l'anarchie », défend-t-il.
Plus loin, un autre agent de la mairie explique d'un ton colérique à un groupe de petits curieux que « cette voie-là, c'est normalement un grand caniveau qui permet d'évacuer les eaux usées. Quand il pleut vous-même vous voyez que l'eau stagne devant vos maisons. Comprenez donc qu'on doit détruire », insiste-t-il.
Isacc Sery, habitant de la commune quant à lui estime que « le maire Cissé Bacongo fait bien son travail. Koumassi est l'une des plus vilaines commune d'Abidjan, l'anarchie doit cesser, tout le monde est unanime qu'il veut donner une autre image de la commune ».
Sur les propos d'Isacc Sery, les esprits s'échauffent, mais les agents poursuivent leur démolition en s'attaquant à un espace de lavage d'automobile, sous le regard impuissant des propriétaires qui jurent de « revenir ».
Rédigé par: Lago Tape   le: Mercredi 17 Avril 2019
Selon les données de la Banque mondiale (et de la Banque Africaine de Développement), la très forte croissance ivoirienne n'est pas inclusive. Cette croissance est très inégale, mal repartie et ne profite qu'déjà une minorité, alors que le nombre de pauvres ne diminue pas. Bref, déguerpir les pauvres (qui ont des habitations et des commerces précaires) n'est pas la solution. En effet, ils vont tout simplement s'installer ailleurs ou alors, ils reviennent se réinstaller dans les zones d'où on les a déguerpit. Nos Autorités doivent plutôt s'attaquer à la réduction de la pauvreté directement. (Par exemple, il faudrait que plus de PME locales aient accès aux marchés de l'Etat, qui ne doivent pas être réservés seulement aux grands groupes français, marocains et chinois qui emploient très peu de nationaux et rapatrient l'essentiel de leurs profits). Donner plus de marchés publics aux PME nationales rend la croissance plus inclusive. (Surtout que la croissance actuelle est tirée par l'endettement et les investissements publics dans les infrastructures). Même si les dernières données statistiques sur la pauvreté recueillies en 2015 montrent que le revenu national s'est accru de 80 % entre 2012 et 2015 et, que la Côte d'Ivoire enregistre pour la première fois depuis 40 ans une diminution de son taux de pauvreté, cette diminution reste faible, de 51 % à 47 %, avec le même nombre d'Ivoiriens pauvres qu'en 2008, soit environ 10,7 millions de personnes. En 2015, près de 46 % des Ivoiriens vivaient encore avec moins de 750 francs CFA par jour (environ 1,3 dollars). Les inégalités ne sont pas seulement économiques mais aussi géographiques. Les pauvres sont plus nombreux en zone rurale (56,8 %) qu'en milieu urbain (35,9 % dont 22,7 % à Abidjan), même si cet écart tend à diminuer au fil du temps avec un taux de pauvreté qui s'est réduit dans les campagnes (-5,7 %) entre 2008 et 2015 et, qui a augmenté dans les centres urbains (+6,4 %).
Rédigé par: Mahmoud   le: Mercredi 17 Avril 2019
Merci Fatou Diagne de me soutir et j'ose croire ca atteindra qui de droit.
Rédigé par: Fatou Diagne   le: Mardi 16 Avril 2019
La solution proposée par "Mahmoud" est innovante et a été essayée en Tunisie par exemple sous Bourguiba et Ben Ali. avec de bons résultats
Rédigé par: Mahmoud   le: Mardi 16 Avril 2019
Pour moi , la resolution de ce genre de problemes de maniere efficace et durable passe par une veritable politique de la ville. Une politique dans laquelle, on procedera a la stratification des differents quartiers selon les differents statuts sociaux: riche, clase moyenne, pauvre. Apres ce travail, construire des quartiers de pauvres ou : 1-Les maisons seront tres moins chers a louer et dotees en tous les besoins sociaux. On pourrait par exemple construire des immeubles de milliers de chambre-salons entre yopougon et Sikensi et ou Dabou, entre Port Bouet et Bassam a louer a 15 milles et leur attribuer le statut de quartier pauvre. Dans ces quartiers, l'electricite, l'eau, et les soins doivent etre moins chers que les autres quartiers. 2- Des maisons construites seront echangees avec les maisons insalubres des differents quartiers( ici aussi il faut des faveurs pour inciter les prprietaires de maison a s'inscrire dans ce sens). Si cela est fait , vous verrez que cela aura un impact sur les habitudes.
Rédigé par: BI MICHEL   le: Lundi 15 Avril 2019
il n'y a pas plus de pauvre en RCI que dans les autres pays ordonnés. On peut bien gagner son pain dans un bon environnement
Rédigé par: Beugré Julien   le: Lundi 15 Avril 2019
C'est l'extrême pauvreté qui pousse les ivoiriens à aller habiter ces endroits mortels.
Rédigé par: papus   le: Lundi 15 Avril 2019
C'est l'eternel recommencement,les premiers mois de nos elus sont toujours spectaculaires et apres on retombe dans la routine sans avoir attaque la cause profonde de ces installations anarchiques qui est entre autres l'extreme pauvrete de nos concitoyens. Aujourd'hui comme on le dit souvent tout le monde se debrouille,et le secteur informel a pris le dessus sur toutes activites legales cautionne par le laxisme de nos memes autorites municipales. Pour l'ancien des 220lgts que j'etais,c'est desolant de constater que la gare d'adjame a envahi le cinema liberte pour atteindre meme AGBAN et les exemples sont legions memes dans certains quartiers jadis reputes huppes comme angre
Rédigé par: Lago Tape   le: Lundi 15 Avril 2019
La Mairie de Koumassi ne doit pas déguerpir les commerçants et les habitants sans les relocaliser. Cela est irresponsable et d'ailleurs, cela n'empêche pas les déguerpis de revenir ou de se réinstaller sur d'autres sites, ce qui ne fait au fond que déplacer les problèmes d'insalubrité, d'insécurité et le problème d'installation anarchique des commerces et habitations précaires. Pour ce qui est du logement, on estime aujourd'hui en Côte d'Ivoire à environ 400.000 unités, le déficit annuel en logements. Pour résorber ce déficit, le gouvernement a réajusté son programme de logement en 2015 avec un nouvel objectif de 150.000 logements en cinq ans. Mais dans les faits, les logement sociaux promis tardent à venir et ce sont autour de 3000 unités qui sont livrées chaque année. Bref, notre ministre Bruno "Nabagné" Koné national (monsieur "tout va bien en Côte d'Ivoire") n'a vraiment pas de quoi se vanter! Le gouvernement (y compris les mairies) peut et doit "mieux faire" en ce qui concerne la politique du logement social en Côte d'Ivoire, et en termes d'indemnisation / relocation des "déguerpis"...