La Politique est l'Emblème de l'Attachement patriotique
Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè - Publié le: 17-01-2019 - Mise-à-jour le: 17-01-2019 - Auteur: Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè
La Politique est l'Emblème de l'Attachement patriotique
L'année politique 2019 commence par deux asymétries politico-judiciaires. D'abord  par des bruissements,  l'ébriété de ces pas de course vers un objet politique, le RHDP, parti unifié. Une sollicitation pressante des citoyens libres pour adhérer à cet objet qui n'existe que comme probabilité. La vérité est que cette création de parti est advenue une donnée co-affectant voire braquant les membres de la société politique du RHDP initial et plus largement, les citoyens. Le modus operandi visiblement précipité, à l'évidence, est donc une donnée de nuisance politique majeure pour tous. Inutilement mué en scalpel et contraposé à la poursuite assidue du dialogue. Mais contrairement au sens commun, il n'y a pas de recomposition structurante de la société politique ivoirienne puisqu'elle est d'essence intramuros RHDP initial. Un dépit amoureux entre alliés n'est qu'un constat. Le revers, les reniements, les alignements, les loyautés feintes, çà et là,  par les uns et les autres dénotent de l'errance du politique autour de la République comme rente.
Ensuite, dans la matinée, l'acquittement, le mardi 15 janvier 2019, du Président Laurent Gbagbo et de son collaborateur, le ministre Blé Goudé par la Cour Pénal Internationale. Dans la fin de cette même journée, le mandat de dépôt sorti par le Procureur d'Abidjan-Plateau contre l'Honorable Alain Lobognon, député de Fresco, poche de loyauté imprenable des Soroïstes. Les avocats, fins procéduriers du Ministre Lobognon sont à la tâche interprétative sur les binômes par disjonction immunité vs opinion vs Tweet vs flagrant délit vs convocation vs jurisprudence Ya, sans préjudice de ce que la représentation nationale fera vu la question de l'immunité de l'élu national dans une république aux trois pouvoirs séparés (Thèse Montesquieu). 
Ces deux accélérateurs de deux dynamiques contraposées en disent long sur la donne politique de demain. Même   s'il n'y a pas de décomposition chaotique de la société politique, il y a le constat des politiques de clarté pour ce qui vient. Les esprits agiles parlent à la suite de Bergson (Conférence de 1911) de mémoire et d'anticipation comme faits distinctifs de la conscience et, en déclinaison, la conscience politique nationale. En ce sens, 2019 est une année chargée voire précocement électorale.  
Dans la mesure même où il n'y a point de divergence idéologique marquée entre les libéraux et les progressistes, de vision programmatique querellée ou d'ordonnancement du réel disputé sur l'avenir ivoirien, de politiques publiques contradictoires sur le processus démocratique et la prospérité partagée, ce qui vient, doit pouvoir consolider la réconciliation, le pardon et l'apaisement démocratique. Pour cela, il ne faut pas que la société politique, celle au pouvoir et sa frange dans la quête du pouvoir, joue les coups-fourrés là où seule la démocratie importe. C'est à ce prix que la Côte d'Ivoire démocratique et réconciliée pour le rassemblement, se portera mieux.
J'affirme aussi que seule la méthode Fast-Track du RHDP-u est le champ de ruines qui nourrit les intentions, les ambitions et les sous-produits de sanctions ou de promotion clientéliste autour de la mangeoire. Créer un parti politique est une grandiose foi en l'avenir qu'il faut saluer. C'est donc la méthode, cette méthode fast-track qui est problématique. Elle est advenue, indéniablement, le socle ferme duquel la Côte d'Ivoire politique libère et se libère des liens de l'enfermement pourvoiriste ou de l'inclusion autour de la République comme rente. Cette évidence ne peut être démentie, je pense, qu'avec l'avènement de la relève générationnelle pour un vrai changement de cap. En attendant ce cap de 2020, permettez-moi, quatre remarques sur les fêlures relevées contre le sens démocratique, l'intérêt général de la réconciliation et de la paix. 
  1. Il y a cette embellie des outrances verbales des apparatchiks du RDR contre le Président de l'Assemblée Nationale. Elle dénote de la fébrilité de ses adversaires de circonstance. Mais il n'y a pas de contenu pour mettre en ébullition la république et ses partisans sincères si ce n'est un ultime borborygme pour une algarade improbable. Ces boxeurs putatifs ne sont pas de la même catégorie que le Président Soro. Parce qu'être démuni intellectuellement et juché sur une posture politique circonstanciée et prétendre libérer des politiques doués et surtout déjà libérés, rend l'opérationnalisation de cette volonté mauvaise infiniment plus périlleuse. Les menaces, les injonctions, les sorties de route verbeuses, ces calamités chantantes, marquent le degré zéro de la conscience politique nationale. Au surplus, c'est le constat de la mésintelligence de la nécessité du moment. Elles révèlent aussi, une idiosyncrasie qui affirme et surrestime une multinationale de la pensée forcée avec ses écoles, sectes, lobbies, ses docteurs es arrogance ou es illuminati avec leurs lunettes roses qui se jaugent pour décrocher les médailles de l'Ordre de la colère Samorique 1,  en attendant le graal. Grande souffrance que celle de celui qui veut « chasser » Guillaume. La sagesse relève que cette manouvre pourrait négativement impacter la bonne marche et l'inter-jeu constitutionnalisé des institutions de la république. A moins de dire que désormais, cet inter-jeu est confié au désinvolte de la volonté mauvaise. 
J'observe que Seulela bonne volonté du sage peut amener le Président Guillaume Soro à démissionner. Sa volonté décisoire est libre et personnelle tandis qu'il est la figure emblématique des forces sociales et politiques transversales, des attentes de changement. Somme toute, vouloir Enlever la pierre angulaire de la maison est une intention hallucinatoire. Une vraie méprise sur le socle ferme. Ferdinand Oyono avec sa plume satirique, décrirait cette entreprise de sycophantes comme la saga du vieux nègre et sa médaille. Essayons la sagesse !
Pourtant ces divergences sur la méthode ne sont rien d'autres que l'expérience heureuse et fraternelle de la non-identité politique. D'où la nécessité d'une ascèse personnelle vers la tolérance et la consolidation des choix libres, socle ferme de la paix républicaine et de la stabilité institutionnelle. C'est le seul vrai sujet pour les patriotes africains, nous qui caressons et voulons construire la société démocratique émancipée. L'insolite rode. Mais les Malinké disent que même si le griot n'a pas honte, son front ruisselle de sueur et refuse de tarir. J'y perçois une sueur évocatrice d'effroi, vu ce qui vient en 2020. On ne saurait renoncer à la décence sans souffrance.    
  1. L'interrogation légitime du Président de l'Assemblée Nationale, Guillaume Soro avec amplification par la clameur du peuple de Ferkessédougou est conforme à la nécessité du moment. Le peuple réconcilié pour le rassemblement des Ivoiriens ce 31 décembre 2018, a, ovationné son fils. Sa réflexion à haute voix sur la volonté d'humilier ou de l'insulter est donc d'essence testimoniale. Les esprits ayant rompu avec le sens raffiné et le sens critique ont perçu d'autres catégories politiques relatives aux ruptures de la bonne entente. Ce discours de Guillaume Soro est une convocation de témoins populaires, le dire vrai de convivialité fraternelle, une discursivité ouverte contre les pas de course. Puisque la vérité est sa propre preuve évidente, c'est ce qui nous a été donné de décrire. En l'espèce, le dire vrai transperce toujours la fausse totalité politique qui juge, derechef ; si tu n'es pas avec moi, belliciste, tu es ; contre moi, tu es. Le manichéisme procédural contre le dialogue houphouëtiste ! Nulle part dans ce vaste monde, le fait accompli et le mépris commandent l'obéissance tandis que partout, toute monstration d'autorité est une faiblesse. La société démocratique est donc une société de polémiques, conflits, arguments contre arguments, choix libre et de vote libre au nom du consentement citoyen, source irremplaçable de la légitimité populaire. 
La sortie du leader Guillaume Soro Kigbafori déconstruit donc cette fausse totalité qui instille la dissidence contre la vérité démocratique. La vérité démocratique reste le choix libre, le consentement libre du citoyen, des processus transparents. C'est tout. Maintenant, lorsque les puissants se mettent à pourchasser ceux qui revendiquent leur destin libre, il y a de quoi s'inquiéter. La société ouverte l'est surtout par les choix libres de chaque membre. Le pays de l'espérance promise à l'Humanité, doit d'abord bannir la cupidité, l'assujettissement, la vénalité, le vil et le veule au nom de l'éthique de la responsabilité. La fraternité est consubstantielle au dialogue et il n'y a de dialogue qu'ouvert, à la solidarité et au partage des charges, des responsabilités, des compliments ou sanctions pour laisser éclore l'égalité citoyenne devant la loi, les droits, les libertés et les devoirs. Cette culture du vivre ensemble a fait sa preuve parce qu'elle est primordialement celle de la non-identité. Le processus démocratique constate la non-identité et ordonne le vote transparent pour engager l'avenir. Il faut y revenir et tolérer les divergences et s'astreindre à la compétition électorale loyale. L'humilité commande la grandeur, dit-on. Il y a donc un intérêt stratégique à construire la paix pour laisser prospérer un espace immunisé contre la violence, les diktats. C'est à ce prix que l'Etat démocratique est un formidable habitacle que les Humains ont édifié et continuent de le fortifier au moyen des innovations socio-politiques.   
3. Les Soroïstes croient dans ces valeurs de la république et sont sourcilleux sur le renvoi de chaque citoyen à ces universaux que l'Etat démocratique et impartial incarne au profit de tous pour arbitrer entre ceux qui courent derrière le lucre et ceux qui espèrent vivre la paix républicaine.  
 Hélas, certains animateurs des réseaux politiciens de la volonté mauvaise ont fière allure comme si, en cultivant à leur corps défendant les incertitudes politiques, ils allaient conjurer l'incertain de la balance dans les mains du peuple. Mais l'allégresse est d'un autre genre. Pourquoi ? Précisément parce que, rappelle, le très Honorable Guillaume Soro Kigbafori, nos mamans ici au village, quand elles doivent préparer-là, on met trois cailloux. C'est bien ça ? Si on enlève un caillou, la marmite tombe, si on enlève un autre caillou, la marmite tombe. Mais la marmite ne tombe pas lorsque son architectonique est duelle. Les Soroïstes sont de l'attachement sincère et viscéral aux Ivoiriens réconciliés et rassemblés autour de la marmite familiale dans la diversité, soucieux  du sort des plus vulnérables de la société ; écouter et entendre leurs attentes légitimes. C'est le credo indépassable pour l'atteinte de la prospérité partagée par le renforcement du processus démocratique au profit de tous. Parce que la politique est l'emblème de l'attachement patriotique des dirigeants aux membres de leur communauté en raison même d'une somme de vécus sociaux, émotionnels partagés, d'une certaine idée du destin commun. 
Nul ne doit donc être exclu de son droit de participer à la gestion, à la prise de décision nationale concernant sa communauté. Le dirigeant politique responsable n'est donc pas la figure différenciée entre le poursuivant d'intérêts privés et celui qui promeut le bien commun.  Il en est la figure arbitrale équitable. Je pense que le sens discursif de l'intervention d'engagement pour le bien commun du Président Guillaume Soro y trouve sa sève. Ni rupture, ni guerre ouverte contre qui que ce soit puisqu'une société ouverte est une société démocratique toujours en devenir.  Au nom de l'Etat souverain, le chef est l'ultime régulateur du juste et du bon. Il s'ensuit qu'il accueille avec bienveillance les divergences posturales voire les bisbilles torrentielles. Et aucune humiliation de qui que ce soit n'est nécessaire puisqu'elle procéderait de l'exclusion du citoyen humilié de la participation au débat démocratique de sa société. 
4. C'est pourquoi, j'affirme avec Adorno que les membres d'une société émancipée, une société juste, sont ceux qui sont libres d'affirmer leurs opinions, leurs divergences et leurs différences sans crainte d'être renvoyés des emplois de la république, stigmatisés, bannis, objets d'opprobre, j'en oublie. L'expérience de la non-identité, constatée entre le RHDP-unifié, le PDCI-RDA, les Soroïstes, le FPI, les partisans du régime de vérité et ceux du régime de la fabulation, est véritablement du ressort du tribunal de la réalité politique de 2020 (3è mandat Ouattara, candidatures de Bédié, Soro, Gbagbo, Gueu Dro, Yasmina, Blé Goudé, Tano, Toikeusse, .). Que d'ambitions légitimes ! Seul le ticket habile estgagnant, l'emportera parce qu'il pèse lourd. Deux destins de feuilles mortes ne gagnent pas un marathon. Le printemps des cigales effarouchées est aussi fugace. Il ne faut pas s'en faire, pourrait dire le créateur de balances de Bouaké puisque le jour de la pesée démocratique arrive. Sa Sainteté, Le Dalaï Lama dit : « Les problèmes qui ont une solution, il ne faut pas s'en faireLes problèmes quin'ont pas de solution, il ne faut pas s'en faire ». Maîtrisons seulement notre jugement et que le juge constitutionnel ne joue pas à la Tia Koné. Les Stoïciens nous rendent visite. La pesée arrive. Le jour arrive. Créons avec responsabilité, les circonstances et le contexte de paix. C'est largement suffisant comme bilan politique et bienveillance.    
A tous et à toutes, une Annus Mirabilis 2019 !
  1. L'Almamy Samori Touré a ordonné la mise à mort de son fils ainé qui, revenu d'un voyage en France, a tenu un discours public devant le peuple rassemblé pour affirmer et soutenir la fin de la résistance, vu la supériorité militaire de l'occupant français.  J'appelle cette colère du chef la colère samorique. Mais le père,  Samori Touré, une fois rentré chez lui, s'effondra en larmes devant son épouse. Le destin des peuples et de leurs dirigeants rime parfois avec ces mélodrames passagers.