Quand se marier coûte trop cher en Côte-d'Ivoire
lacroix.com - Publié le: 05-12-2018 - Mise-à-jour le: 05-12-2018 - Auteur: Lucie Sarr
Quand se marier coûte trop cher en Côte-d'Ivoire
En Côte d'Ivoire, le sacrement du mariage est souvent l'occasion pour les couples de réunir famille et amis autour d'une fête. Mais le coût élevé de ces fêtes dissuade certains couples d'aller devant l'autel. Certains attendent d'avoir économisé assez pour se marier.
C'est avec un pincement au cour qu'Irène, 38 ans, regarde les autres communier tous les dimanches. Cette catholique d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, ne communie plus depuis près de dix ans. « Mon époux et moi vivons ensemble depuis notre mariage coutumier en 2008. Mais n'étant pas mariée religieusement, je n'ai pas le droit de communier. », déplore-t-elle. Après son mariage coutumier, le couple avait prévu d'attendre deux ans avant de se marier civilement et religieusement, le temps d'épargner assez d'argent pour convier toute la famille et les amis. Mais leur projet a dû être plusieurs fois reporté. « Je suis tombée enceinte de notre fille aînée et nos économies ont servi à prendre un autre appartement, puis à d'autres menues dépenses. »
Privilégier les besoins des enfants
Le couple n'a ensuite plus réussi à épargner suffisamment pour s'offrir la fête de ses rêves. « Nous avons eu un deuxième enfant, il fallait privilégier leurs besoins. » Alors, à quand le mariage religieux?? Irène hausse les épaules. Son compagnon n'est plus très pressé de l'emmener devant l'autel. « Il trouve qu'il y a d'autres priorités. D'autant plus qu'il n'est pas aussi pratiquant que moi. À bien y penser, je me dis que j'aurais dû attendre de me marier religieusement avant de m'installer avec lui. Fête ou pas. »
 
Comme Irène et son mari, les couples sont de plus en plus nombreux, en Côte d'Ivoire, à retarder l'organisation de leur mariage religieux, après s'être mariés une première fois, selon la coutume. Les époux estiment alors qu'ils n'ont pas les moyens d'organiser une fête assez digne du sacrement. Ils sont considérés par l'Église catholique comme vivant en concubinage, et ils sont donc empêchés, dans les paroisses, d'accéder à la communion ou au sacrement de réconciliation.
Mariages groupés ou en cercle restreint
Le père Hilaire Sylvain Manglé est doctorant en théologie pastorale, spécialiste de la catéchèse. Pour lui, l'organisation de mariages groupés avec une fête commune organisée en paroisse pourrait être une solution pour limiter les dépenses. « Mais certaines personnes n'en veulent pas car les invités sont limités », explique-t-il.
« Nous avions organisé un mariage en commun dans ma paroisse quand j'étais curé à Abobo. Les couples devaient juste payer 50 000 francs CFA. Ils avaient un gâteau commun et un car les emmenait à l'église, explique ce prêtre du diocèse d'Abidjan. Les paroissiens étaient un peu sceptiques sur la possibilité d'organiser plusieurs mariages à la fois, mais nous avons finalement réussi. »
L'autre possibilité est d'organiser des mariages en cercle restreint. « J'ai déjà célébré un mariage avec comme toute dépense deux bières que nous avons partagées avec les mariés à la fin de la messe. La fête ne doit pas servir de prétexte pour retarder le mariage religieux », estime quant à lui le père Norbert Éric Abekan.
3 millions, sinon rien
Mais certains fiancés ne sont pas prêts à réduire le nombre de leurs invités. Sylvie, 29 ans, n'envisage pas de se marier sans recevoir toutes ses connaissances et amis. « Quand on demande à une femme quel est le plus beau jour de sa vie, elle évoque invariablement son mariage. Je ne m'imagine donc pas me marier en catimini », tranche-t-elle.
Pour elle, le mariage ce n'est pas seulement deux personnes qui s'unissent. « Ce sont deux familles qui s'unissent, deux destinées qui se lient. » Cela fait maintenant quatre ans qu'elle vit avec son compagnon. Le couple épargne pour avoir au moins les 3 millions de Francs CFA (4 600 ?) qu'elle estime nécessaires pour organiser une fête. « En plus des habits et de la coiffure, il faut louer une salle pour la réception, organiser un repas, sans parler du gâteau, des dragées. Le lendemain du mariage, il faut aussi inviter les personnes qui ont aidé à l'organisation pour un petit partage en cercle restreint. » Elle insiste?: « Je ne pense pas qu'on puisse se marier en catimini. »
Lucie Sarr
Rédigé par: Boubacar Diallo   le: Jeudi 6 Décembre 2018
Malgré toutes ces dépenses et sacrifices, curieusement, les divorces sont aussi fréquents que les unions fastueuses. De nombreux jeunes conjoints (partout en Afrique) divorcent après seulement une ou deux années de mariage. Par exemple, selon une enquête au Niger: « En trois ans, les divorces coutumiers enregistrés par l'Association Islamique du Niger sont en augmentation exponentielle. Le phénomène semble concerner aussi bien les unions traditionnelles que civiles. » « Dans nos communautés africaines, le divorce prendrait le pas sur le mariage. » Les causes des divorces sont entre autres : le mariage précoce, la violence de l'homme sur son épouse, le refus du mari de prendre en charge totalement les besoins de son épouse (comme le veut la tradition), la polygamie ou encore l'adultère.
Rédigé par: Youssef le Tunisien   le: Jeudi 6 Décembre 2018
Dans les mariages musulmans, à l'issue de la fatiha, qui dure 1/4 heure, les amoureux sont déclarés mari et femme. Commencent alors les réjouissances : il faut nourrir et faire boire plusieurs centaines d'invités, ainsi que les « imprévus » de dernière minute ! Ceux-ci dévorent des sacs entiers de riz ainsi que des carcasses de moutons ou même de veaux. Les amies de la mariée rançonnent ensuite les garçons d'honneur pour louer les chaises de la séance de tam-tam où les jeunes filles et les femmes dansent. A la tombée de la nuit, les invités se retirent pour que le couple passe sa première nuit conjugale. En principe, à l'aube, une tante de la jeune mariée vient récupérer le drap blanc taché de sang (signe de virginité) ainsi que la mariée qu'elle ramène chez papa et maman. C'est l'instant de fierté, de dignité, de bonne éducation pour toute la lignée, en particulier pour le père et la mère de la fille. Content d'avoir trouvé une amoureuse vierge, le jeune époux offre des bijoux en or et bien d'autres cadeaux de valeur à sa jeune épouse. Le lendemain de la nuit de noces, les parents de la jeune mariée apportent un repas copieux à leur gendre ainsi qu'à ses amis. Puis vient le cocktail dans la soirée. De nos jours, les plus nantis le font dans un hôtel de grand standing. Cela peut coûter, des millions de F CFA la soirée. A la fin de toutes ces festivités, la famille de la mariée envoie, en retour, au jeune couple, des vivres pour une année. Mais également la literie ainsi que d'autres meubles pour orner la maison des nouveaux mariés. Depuis quelques années, certains couples de la capitale vont à la mairie après la cérémonie religieuse pour faire le mariage civil. Rien que la location de la salle leur revient à des centaines de milliers de F CFA. Ajoutons à cette enveloppe, les frais d'établissement de l'acte de l'union, la décoration de la salle, les photographes, l'enveloppe pour l'adjoint au maire qui célèbre le mariage, à la fin, les montants donnent le tournis .
Rédigé par: Abdou Mag   le: Jeudi 6 Décembre 2018
Au Niger, pour mettre un frein à ce gâchis des mariages trop coûteux et permettre aux jeunes d'accéder plus facilement à cette étape incontournable de la vie, les sages de Goudel (une périphérie de la capitale Niamey), ont décidé depuis bientôt 3 ans, de fixer l'ensemble des dépenses à 150 000 F CFA. Une mesure qui porte déjà ses fruits, à la satisfaction générale des habitants de Goudel. A l'université de Niamey, il y a quelques années, l'association des étudiants musulmans avait initié une autre pratique moins coûteuse. Pendant les prêches, les couples désirant s'unir pouvaient se prononcer et le mariage était célébré avec les moyens de bord. Sans tambours ni trompettes.
Rédigé par: Fatou Diagne   le: Jeudi 6 Décembre 2018
Les grands mariages coûteux semblent ne pas durer, non plus!
Rédigé par: kokobliko   le: Jeudi 6 Décembre 2018
hum, affaire de mariage!