Pierre à pierre, nous devons construire un environnement salubre et sain, il y va de notre santé.
N'goran Brou - Publié le: 14-09-2018 - Mise-à-jour le: 14-09-2018 - Auteur: N'goran Brou
Pierre à pierre, nous devons construire un environnement salubre et sain, il y va de notre santé.
Voici la fable de colibri, le plus petit des volatiles, et de tatou, non moins petit des quadrupèdes, contée dans le mensuel Le monde diplomatique : Lors d'un incendie, le colibri allant chercher quelques gouttes d'eau avec son bec pour conjurer les flammes, le tatou lui dit, tu n'es pas fou ? Ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que tu éteindras le feu, le colibri lui répond, je le sais, mais je fais ma part.
Oui, chacun doit faire sa part comme le colibri pour rendre notre environnement sain et viable. Les ivoiriens sont incultes de cette philosophie, cette manière de raisonner. Par exemple, on interdit la production et la consommation des emballages en matières plastiques, on continue de les produire et de les utiliser pour rendre notre environnement malsain, bouger les caniveaux. Chaque jour, chaque semaine, la Ministre de la salubrité publique, par des actes, nous demande de rendre propre notre habitat qui n'est pas seulement limité par nos quatre murs, mais au-delà. J'ai lu dans un journal que les actes qu'elle pose commencent à porter ses fruits. Tant mieux ! Mais si cela est vrai dans les autres quartiers d'Abidjan, il n'en est pas de même pour les quartiers d'Adjamé,  d'Abobo et de Yopougon. Les habitants de ces dits quartiers, peut-être par ignorance ou par incivisme, ne se soucient guère du milieu pollué dans lequel ils vivent. Ils s'y plaisent. Les sensibiliser c'est comme prêcher dans le désert. Il ne faut pas avoir peur de le dire, ces quartiers sont habités par le « déchet » humain issu du phénomène exode rural, ils désertent la zone rurale au profit des villes, espérant trouver un hypothétique mieux-être ; ils sont en majorité analphabètes et manquent de savoir vivre en milieu urbain. Dans les zones rurales les ordures ménagères sont déversées à quelques pas de la cour familiale ; la toilette est faite en plein air. Un parent me disait, pour lui s'asseoir sur la cuvette du W.C. lui paraissait comme il déféquait dans une chambre, il n'est pas à l'aise ; ça semble étonnant, mais c'est la réalité ; depuis sa tendre enfance on lui a appris que la nature est une usine de traitement des déchets humains. Il est difficile de le faire changer de comportement du jour au lendemain.
On se demande par quels moyens faut-il employer pour faire comprendre à la population qu'il va de leur bien-être de ne pas jeter n'importe où les ordures ménagères. Un travail de longue haleine en éduquant, en sensibilisant. Cela ressemble un travail de tonneau des Danaïdes.
Les collectivités doivent s'impliquer en créant par exemple des brigades de salubrité qui auraient pour tâches, entre autres, le curage permanent des caniveaux ouverts qui ne consisteraient pas seulement à laisser le contenu sur le trottoir qui serait reversé dans le caniveau dès la première pluie ; se débarrasser des commerces qu'ils ont laissés s'installer dans le désordre sur le trottoir ou sur la chaussée. Leur laxisme et leur complicité ont contribué à créer l'état impropre de nos communes. Sources de déchets polluants et de réserve de microbes ; sensibiliser les habitants de nettoyer aux abords de leur cour. Ces actes seront suivis de sanctions pour ceux qui sont réfractaires aux consignes. Trop de liberté tue l'ordre et la discipline. Nous le constatons chaque jour dans les quartiers (bruits sonores nuisibles, barrage des voies pour des cérémonies familles, etc.). Les habitants des villes se comportent comme ils se trouvent dans un no man's land : le non-respect du code de la route, le non-respect des décrets d'interdiction (téléphoner au volant, fumer dans les lieux publics, se servir des caniveaux comme égouts collecteurs des fosses septiques, tec.).
L'autodiscipline est une denrée rare chez l'ivoirien de telle sorte que les européens font chez nous ce qui est interdit chez eux (fumer dans les lieux publics). Rappeler à quelqu'un de ramasser le mégot ou le kleenex usagé et jeté par terre par inadvertance, c'est recevoir de sa part des injures et des quolibets. J'ai eu à faire la remarque à un européen qui fumait à côté de moi dans un snack-bar où nous prenions le café, il m'a fait comprendre que tout le monde le fait, je lui ai rappelé qu'il ne peut pas faire cela chez lui où son acte est interdit ; nos échanges ont été houleuses à la fin ; il est sorti en claquant la porte. C'est préférable.
Voici comment on nous traite par notre comportement incivique. Ne soyons pas étonnés quand on nous lance des jurons grossiers comme « sale nègre ». Mon professeur d'économie politique du lycée technique d'Abidjan nous disait quand il venait en Afrique ses parents lui conseillaient de faire attention, nous sommes de petits singes sautant de branche en branche ; il était surpris de nous voir assis sur des bancs l'écoutant. Ces genres d'histoires racontées au sujet des africains sont légion sous plusieurs versions. Essayons d'effacer ces clichés déshonorants et dévalorisants. Ne prêtons pas le flanc.   
 
N'goran Brou
Cadre comptable et financier à la retraite
 
Rédigé par: Fatou Diagne   le: Dimanche 16 Septembre 2018
Où est donc l'Autorité de l'Etat et la crédibilité de nos élus, maires de nos communes ? Par exemple, les ivoiriens paient des taxes de ramassage des ordures (sur leurs factures de la CIE), mais les ordures ne sont pas ramassées. Afin de collecter toujours plus de taxes, les maires de nos communes ont transformé nos cités en un grand marché à ciel ouvert qui est aussi une poubelle à ciel ouvert puisque les ordures ne sont pas ramassées...On vend partout. Sur le moindre recoin de trottoir, il y a des vendeurs de manière anarchique! Il n'y a plus du tout à Abidjan et dans toute la Côte d'Ivoire, de zones résidentielles et de zones commerçantes (depuis l'ère Gbagbo). N'importe qui peut ouvrir un maquis, un débit d'alcool partout, que ce soit en face d'une école maternelle ou primaire ou bien dans une zone d'habitations. Peu importe le bruit et la saleté, ainsi que toutes les autres nuisances causées par les buveurs de bières et de koutoukou (clients de ces maquis ou débits de vente de boissons alcoolisées) qui pissent partout en plein air sans se cacher, la quéquette en l'air, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit...Où est donc l'Autorité de l'Etat et la crédibilité de nos élus, maires de nos communes ?
Rédigé par: Mawa Guediawaye   le: Dimanche 16 Septembre 2018
Regardez ce que nous avons fait de notre lagune et de notre bord de mer ! Imaginez que la ville d'Abidjan, avec cette lagune et cette mer se soit trouvée en Europe ou en Amérique. Nous sommes tous d'accord qu'elle aurait été autre chose, c'est-à-dire une merveille. Et nous sommes tout aussi d'accord sur le fait qu'il est normal qu'elle soit dans cet état parce qu'elle se trouve en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, la baie de Cocody est en train d'être réhabilitée. Mais regardez le reste de la lagune. Allez voir à Blockauss, Vridi, Bingerville, Attécoubé. Et puis, attendez de voir ce que nous ferons subir à cette baie de Cocody, lorsqu'elle sera réhabilitée. Alors, croyons-nous vraiment que nous pourrons "émerger" si nous ne sommes pas capables de nous débarrasser de nos ordures, d'embellir notre environnement, de planter des arbres et des fleurs dans nos quartiers et dans nos villages, d'entretenir nos infrastructures ? Regardez les ouvrages en béton qui séparent nos voies rapides et nos ponts. Ils sont tordus, cassés par endroits et représentent de vrais dangers pour les conducteurs. Regardez les ouvrages en acier qui bordent les ronds-points, surtout celui qui se trouve au début de l'autoroute de Grand - Bassam. Déjà tout tordu alors que cette route vient à peine d'être ouverte. Il y a quelques années, quelqu'un avait installé des horloges à Abidjan le long de certaines voies. Elles se sont arrêtées les unes après les autres, se sont tordues, et sont tombées toutes seules, dans l'indifférence générale. Quel genre de peuple sommes-nous donc ? Sommes-nous vraiment certains que nous voulons "émerger" ?
Rédigé par: Youssef Kouame   le: Dimanche 16 Septembre 2018
Dans notre pays, l'esthétique et la propreté de nos cités sont les cadets des soucis de nos édiles (maires et députés). Apparemment, la seule chose qui les intéresse, c'est d'encaisser le maximum de taxes, et pour cela, il faut installer le maximum de commerçants, partout, le long des principales voies. Dans ce pays, tout le monde veut être commerçant, et personne ne peut dire à qui que ce soit qu'il y a des endroits réservés au commerce. J'ai travaillé pendant quelques années en Tunisie avec la BAD. Et l'une des choses qui m'a le plus frappée est la propreté des villes et les espaces verts. Chaque ville tunisienne a son boulevard de l'Environnement. Et l'on m'a raconté que le maire de la ville d'Hammamet fut limogé un jour par l'ex président Ben Ali sur le champs, parce qu'il avait trouvé la ville sale. Dans notre pays, la saleté ne dérange strictement personne, et l'on vit avec, dedans, à côté, sans état d'âme. Nous adorons nos ordures ; c'est pour cela que nous n'avons jamais interpellé nos autorités face à cette situation. Et ces autorités adorent aussi leurs ordures. Nous avons tous grogné ici parce que les factures d'électricité avaient pris l'ascenseur et que l'ex ministre Gaoussou Touré des Transports avait voulu changer nos permis de conduire. Mais personne à Adjamé, Abobo, Bingerville, Koumassi, Dabou, nulle part, ne grognera un jour parce qu'on le laisse vivre dans la saleté. Nous avons manifesté la plus totale indifférence devant le spectacle de l'ancienne maison d'Houphouët-Boigny et le siège historique du Pdci-Rda à Treichville transformées en dépotoirs. Lorsque nos élites visitent les villes d'autres pays, notamment celles d'Europe et d'Amérique du Nord, elles ne manquent pas de s'extasier sur leur propreté. Mais de retour chez elles, cela ne les intéresse absolument pas de chercher à rendre leurs villes aussi propres et belles que celles qu'elles ont visitées. Parce qu'une ville ordonnée, propre, fleurie, c'est une affaire de Blancs !!!
Rédigé par: La Perle des Ordures   le: Dimanche 16 Septembre 2018
Pendant longtemps, Abidjan a été la vitrine de l'Afrique de l'Ouest et même de toute l'Afrique noire hors Afrique du Sud( ?). Abidjan était une belle ville caractérisée par ses gratte-ciels, ses rues bitumées bien entretenues et bien marquées, ses quartiers chics comme Cocody, Plateau, 2 plateaux, Riviera, Marcory Zone 4, Bietry, etc., par ses rues propres et salubres, ses immeubles et autres bâtiments aux façades toujours peintes, par ses échangeurs. Tellement belle qu'elle a été surnommée « La perle des lagunes » en référence à la lagune qui la traverse. Une lagune propre dans laquelle on n'hésitait pas à se baigner, à pêcher. Tout le monde voulait voir Abidjan. Tout le monde rêvait d'Abidjan. D'ailleurs, Abidjan était choisie par beaucoup de jeunes mariés Africains comme destination de voyage de Noces car il y avait aussi des hôtels de Luxe, qui n'enviaient rien aux palaces Européens. Abidjan la perle des lagunes a vécu. Abidjan la propre a existé. Abidjan l'enchantée a connu ses heures de gloire comme ville organisée, disciplinée et respectée. Aujourd'hui, Abidjan n'est plus que l'ombre d'elle-même. Comme une star connaissant la déchéance après un règne sans partage. Abidjan ne fait plus rêver. Abidjan est descendue de son piédestal pour devenir la ville la plus sale, la plus indisciplinée, la plus désordonnée, la plus anarchique, la plus insalubre de toute l'Afrique, dans l'indifférence totale de ses habitants, de ceux qui ont en charge sa gestion, par les autorités, toutes les autorités. L'ancienne "perle des lagunes" est devenue "la perle des ordures" et c'est peu dire !
Rédigé par: Mariame Mapouka   le: Dimanche 16 Septembre 2018
Le week-end dernier, j'ai traversé les villes de Daloa, d'Issia, de Guibéroua et de Gagnoa. Et partout, j'ai fait le même constat: des centres-villes sans aucun charme, sans aucune esthétique, encombrés de kiosques, de tables, où l'on vend de tout; des villes sans espaces verts ou monuments, avec des ordures partout. Et c'est la même chose à Bingerville où j'habite, dont la voie principale est aussi encombrée de tables et de kiosques, et où la rue défoncée qui mène à mon quartier de Gbaba-Extension est toujours jonchée d'ordures. à Adjamé, quartier jouxtant celui du Plateau qui se veut la vitrine de la capitale économique, la population vit dans les immondices depuis si longtemps que cela fait partie de l'identité de la commune. Bref, la saleté est devenue maintenant notre nouvelle identité ivoirienne. Nous sommes devenus un pays de la saleté.
Rédigé par: Baruni   le: Vendredi 14 Septembre 2018
Monsieur N'Goran, merci pour cet article, et merci de vous intéresser tant à l'environnement. Personellement, je pense que notre comportement incivique en milieu urbain vient directement de l'anonymat de la ville. En milieu rurale, la vie est encore normale parce qu'il y a le contrôle social. Maintenant, que faut-il faire en milieu urbain où l'anonymat règne? Je n'ai pas la solution, mais je pense que tout peut changer si les responsables veulent que cela change: Depuis la tête de l'Etat jusqu'aux chefs de famille en passant par les directeurs, sous-directeurs, préfets, sous-préfets etc, bref, tous ceux qui ont un rôle de responsabilité. Qui est à même d'insuffler cette volonté? Evidemment, le président de la république. L'environnement ne peut pas se confier à un seul ministère, il s'agit d'une tâche transversale qui doit être contenue dans le cahier de Charge de chaque ministère (c'est-à-dire que chacun mette la main à la pâte) et surtout qui doit s'exécuter avec effort dans la longue durée sans jamais faiblir. Je me souviens que même se mettre en rang pour attendre d'être servi a nécessité un effort de longue haleine. Aujourd'hui, cela est entré dans les habitudes des Ivoiriens. Confier à chaque Service sa part de lutte pour un environnement sain, c'est possible.