Ouganda: des femmes imposent à leurs maris une «taxe» sur le sexe
francetvinfo.f - Publié le: 18-07-2018 - Mise-à-jour le: 18-07-2018 - Auteur: Eléonore Abou Ez
Ouganda: des femmes imposent à leurs maris une «taxe» sur le sexe
C'est une pratique qui se répand en Ouganda. Pour punir des maris «fainéants» ou «irresponsables», leurs femmes les obligent à payer s'ils veulent avoir des rapports sexuels. Une façon comme une autre d'exister dans cette société patriarcale.

«Tu vas le payer» pourrait être le slogan de cette stratégie lancée spontanément il y a trois ans dans la capitale Kampala. Excédées par des conjoints qui dépensent leurs revenus dans les bars, des Ougandaises décident de se venger en refusant toute relation sexuelle gratuite. Le mari doit changer ou débourser, comme le rapporte le site américain Ozy.
 
Un phénomène social 
Ce qui a commencé avec quelques cas isolés est devenu un vrai phénomène dans le pays, où plus de 30.000 femmes revendiquent cette pratique, selon l'organisation anglicane Mother's Union citée par Ozy.
«C'était d'abord une blague, c'est devenue une réalité», notait pour sa part le journal gouvernemental ougandais The New Vision.
 
La taxe des irresponsables 
Le mouvement, s'il en est un, est soutenu par des organisations de défense des droits des femmes en Ouganda. «Si les hommes sont irresponsables et que c'est la seule façon pour leurs femmes d'avoir de l'argent pour le foyer, laissez-les taxer le sexe», affirme Tina Musuya, directrice du Centre de prévention de la violence domestique (Cedovip), citée par le site Ozy.
 
«Une déchéance morale» 
La «taxe» imposée par les femmes à leurs maris en échange de rapports sexuels vise essentiellement à les sensibiliser et à les rendre plus responsables.

Mais cette approche provoque des réactions. Le ministre de l'Ethique et de l'Intégrité, Simon Lokodo, critique la pratique et la qualifie de «déchéance morale». Pour lui, «le sexe est un devoir conjugal».
 
La grève du sexe 
Cette affaire en rappelle une autre. Celle de la grève du sexe comme moyen de pression. La méthode, qui remonte à l'Antiquité, a déjà été utilisée plusieurs fois dans le monde et notamment en Afrique, comme le rappelleRFI.

Au Liberia d'abord, en 2003, où des femmes ont appelé au boycott du sexe pour se faire entendre dans le processus de paix. Le Kenya, le Togo et le Soudan ont eux aussi eu recours au corps comme moyen de pression politique.
 
L'Ouganda n'est pas en reste, sauf que l'appel à la grève du sexe a été lancé par un homme. En 2010, l'opposant politique Stanley Kalembaye a demandé à ses partisans de ne pas «remplir leur devoir conjugal» si leurs femmes votaient pour le parti au pouvoir. Vu les résultats, cet appel n'a pas été entendu.
Rédigé par: Lago Tape   le: Dimanche 22 Juillet 2018
Ce sont des procédés déjà testés, avec plus ou moins de réussite partout dans le monde par les femmes pour faire entendre leur voix (grèves du sexe ou bien tarification du sexe aux maris, chantage sexuel...) et cela ne date pas d'aujourd'hui. L'histoire nous apprend aussi que ce genre de mesures ne durent pas dans le temps...Dans sa comédie Lysistrata, le dramaturge grec Aristophane est le premier à concevoir une grève du sexe, comme ultime recours des femmes pour se faire entendre. Ecrite en 411 avant J.-C., la pièce relate l'initiative de Lysistrata, une belle Athénienne qui a réussi à convaincre les femmes de toutes les cités de déclencher une grève totale, jusqu'à ce que les hommes reviennent à la raison et cessent la guerre entre Athènes et Sparte.(2002 : Grève du sexe au Liberia pour établir la paix):Lauréate du prix Nobel de la paix 2011, Leymah Gbowee lance en 2002 une grève du sexe pour obliger le régime de Charles Taylor (président du Liberia de 1997 à 2003) à associer les femmes, jusque-là écartées du processus de négociations, aux pourparlers de paix. Une pression à laquelle ne résiste pas Charles Taylor, ex-chef de guerre devenu président ...