Intervention de SEM al-Jafari, Représentant de la République Arabe Syrienne, au Conseil de Sécurité
ONU. Info - Publié le: 16-04-2018 - Mise-à-jour le: 16-04-2018 - Auteur: ONU. Info
Intervention de SEM al-Jafari, Représentant de la République Arabe Syrienne, au Conseil de Sécurité
Monsieur le Président,
A ceux qui veulent quitter la salle, je vais leur accorder un peu de mon temps précieux. Je comprends qu'ils soient effrayés de ne pouvoir contre argumenter et qu'ils soient paniqués d'entendre des opinions qui vont à l'encontre de leurs allégations mensongères (fake news).
Ceux qui viennent de partir ont déclaré que ce jour est un triste jour pour le régime de non-prolifération des armes de destruction massive. Je voudrais quelque peu leur rafraîchir la mémoire en leur rappelant que la violation de ce régime est une spécialité de ces mêmes pays occidentaux. Les Etats-Unis d'Amérique ont utilisé l'arme nucléaire au Japon, les armes biologiques et chimiques au Vietnam et l'uranium appauvri en Irak. La France a utilisé des cobayes humains algériens lors de son premier essai nucléaire dans le désert algérien en 1960.
La France a attaché des Algériens vivants à des poteaux et a lâché sur eux sa première bombe atomique. Et, bien sûr, la Grande Bretagne a effectué tous ses essais nucléaires dans les îles de ses anciennes colonies. Et puis, l'ambassadrice britannique vient nous gratifier de sa tristesse pour le peuple de Douma. L'Anglais n'est pas ma langue maternelle mais je sais qu'il y a des habitants à Douma et non un peuple. Il y a un peuple syrien et non un peuple de Douma. Quoi qu'il en soit, loin de Marx, Engels, Lénine qui ont été cités aujourd'hui, je voudrais citer un écrivain britannique, Shakespeare, qui avait dit un jour : « le mensonge te défigure, sois honnête ou tais-toi ».
Ma collègue britannique a affirmé que la Russie n'est pas apte à aller à Douma et faire la lumière sur l'utilisation ou non d'armes chimiques. Elle trouve que nos amis Russes, qui sont déjà sur le terrain, ne sont pas qualifiés pour examiner la zone. Etrange ! Pourquoi la Grande Bretagne ne se l'est-elle pas dit lorsqu'elle a envoyé ses services de renseignement à Khan Cheikhoum et s'est autorisée à y prélever des échantillons ? C'est ce qu'ils ont prétendu alors ainsi que les Français ; qu'ils se sont permis d'aller à Khan Cheikhoun et de prélever des échantillons qu'ils auraient envoyés à des laboratoires britanniques et français, sans coordination aucune avec le Mécanisme d'enquête conjoint (JIM) ni la Commission d'enquête Fact Finding Mission (FFM). Etrange contradiction ! Ils se permettent ce qu'ils refusent à d'autres.
Comme vous le savez, il y a à peu près deux semaines, la Grande Bretagne a signé avec le prince héritier saoudien un accord pour lui vendre des armes d'une valeur de 100 milliards de dollars. US$ 100 milliards ! C'est beaucoup plus important que le fameux deal « Al Yamama ». 100 milliards pour continuer à tuer les Yéménites, provoquer d'autres conflits dans la région contre l'Iran et la Syrie et impliquer toute la région dans des guerres sans fin. C'est ce que peut faire la Grande Bretagne. Le Mahatma Gandhi, qui connaissait bien les Britanniques, avait raison de dire : « si une dispute venait à éclater entre deux poissons au fond des mers, sachez que les Britanniques en sont la cause ».
La collègue américaine a déclaré qu'il n'y a qu'un monstre qui s'oppose aujourd'hui au monde et ce monstre a financé et armé les terroristes en Syrie durant 7 ans. Moi j'affirme que ce monstre est les USA, la Grande Bretagne et la France, qui ont soutenu le terrorisme dans mon pays pendant 7 ans, et avant cela en Irak, en Afghanistan et en Libye. Ils ont créé des organisations terroristes de al qaida aux talibans, de daech à ennosra et jaych al islam et faylak errahman et les casques blancs. Ces casques blancs sont la dernière création du MI6 britannique. Le monstre dont elle parle est celui qui ment pour détruire, qui agresse et qui colonise, qui envoie ses troupes à des milliers de miles partout dans le monde pour menacer la stabilité, la sécurité et la paix internationales. Le monstre est cet Américain qui refuse encore de détruire son arsenal d'armes chimiques mais qui ne se gêne pas pour prodiguer aux autres les leçons de morale en la matière.
Monsieur le Président,
Mon collègue français a quant à lui affirmé qu'il a été horrifié par les images qu'il a vues. Toutefois, il n'a pas été horrifié par les images des centaines de victimes civiles tuées en 2016 par des raids aériens français sur Tokhar, un village dans la province de Manbij. 200 victimes civiles dont des familles entières ont été décimées par la France. Leurs images n'ont pas horrifié l'ambassadeur français. Même l'expression « double standard » devient faible pour ces gens.
Monsieur le Président,
En réponse à la campagne calomnieuse initiée par certains pays occidentaux contre mon pays, sous prétexte d'utilisation d'armes chimiques à Douma en date du 7 avril 2018, le Ministère Syrien des Affaires Etrangères a adressé ce jour, le 10 avril 2018, une invitation officielle à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) pour dépêcher une mission de la Commission d'enquête à Douma qui sera chargée d'enquêter sur les allégations d'utilisation d'armes chimiques. Comme je vous l'ai dit hier, la République Arabe Syrienne est prête à accueillir l'équipe d'enquête, assure sa détermination à coopérer pleinement avec elle pour remplir sa mission dans les meilleures conditions, lui garantit sa sécurité et la liberté de ses mouvements, dont toutes les facilités pour toute rencontre et pour tout prélèvement conformément aux conditions référentielles en la matière. La Syrie aspire à ce que la mission accomplisse son travail en toute transparence et avec professionnalisme, en s'appuyant sur des preuves tangibles et crédibles. Et lorsque la commission d'enquête arrivera, si elle arrive, elle trouvera que Douma a été libérée et qu'elle pourra y circuler sans contrainte aucune pour aller là où elle voudra.
Messieurs,
A la lumière de ce qui a précédé, le tableau est très net. Ceux qui ont présenté le projet de résolution américain ne recherchent aucunement la vérité car elle les confondra tout simplement, ainsi que leurs outils terroristes. Au lieu d'attendre la visite de la commission d'enquête relevant de l'OIAC et ses conclusions quant à l'utilisation d'armes chimiques à Douma, ils poussent à l'adoption de projets de résolution non consensuels et qui ne visent pas à ce que la vérité éclate. Mais ils visent la création de mécanismes non objectifs aboutissant à des résultats préétablis qui confirment leurs allégations et leurs accusations pour les besoins de leur agenda politique, tout en sachant que reproduire l'expérience de ce qu'on appelle le JIM sera inacceptable pour les pays qui veulent vraiment savoir qui utilise l'arme chimique contre les civils syriens.
Dans ce contexte, je confirme que les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France sont ceux qui ont mis en échec le JIM et qui l'ont rendu caduc, de par leur entêtement à politiser son travail, l'exercice des pressions et des chantages sur ses membres qui ont renoncé à leurs principes d'objectivité, de crédibilité et de professionnalisme pour fabriquer des rapports accusateurs contre le gouvernement syrien, en s'appuyant sur ce qu'on appelle des « sources ouvertes » dont les casques blancs bien entendu, pour produire de faux témoignages et de fausses preuves dont les sources sont les groupes terroristes, le front ennosra à leur tête et son aile médiatique propagandiste britannique, les casques blancs.
Monsieur le Président,
Ce que nous voyons aujourd'hui dans ce Conseil ressemble fort à ce que nous avons vu il y a exactement un an, lorsque les Etats-Unis ont déclenché une violente agression contre la base aérienne Chouayrat, reposant sur des preuves inexistantes et de faux prétextes d'utilisation d'armes chimiques à Khan Cheikhoun par l'Armée Arabe Syrienne. La fausseté de ces allégations est aujourd'hui prouvée ; les USA et ses obligés ont en effet empêché les experts à se rendre à Khan Cheikhoun, comme ils ont empêché les membres du JIM de procéder à des prélèvements sur la base Chouayrat.
Oui messieurs, le tableau est clair. L'approche agressive des USA et de ses alliés demeure inchangée à travers l'histoire et repose sur le mensonge, la désinformation, l'hégémonie et la loi du plus fort. De par sa nature sauvage, cette approche n'a jamais respecté la force de la loi et ne la respectera jamais, n'a jamais pris en considération la légalité internationale et ne le fera jamais. Ce que vit mon pays depuis 7 ans est l'exemple criard de la continuité de cette approche faite de mensonges, de désinformation, de scripts fabriqués que les USA et la Grande Bretagne ont appliqué dans cette même salle pour détruire l'Irak et l'occuper, sous le faux prétexte d'armes de destruction massive. Je me trouve obligé de vous rappeler à chaque fois les déclarations de l'ex-ministre américain des affaires étrangères Colin Powell. J'y étais, j'occupais même le siège de mon collègue le vice-représentant chinois lorsque Colin Powell présentait des films enregistrés, des documents, des cartes, des images qui se sont avérés être faux et fabriqués par la CIA pour accomplir leur invasion de l'Irak, un agenda déjà prêt à l'époque. La même scène s'est reproduite pour la Libye.
Veuillez porter votre attention, chers collègues, sur une vérité amère ; pendant des siècles, notre monde a connu des périodes répétées de colonisation et d'hégémonie dont le but était d'occuper des territoires ou de spolier les richesses des peuples ou d'imposer des agendas géopolitiques. Mais aujourd'hui, la bassesse a atteint un tel degré d'immoralité politique que ces pays vont jusqu'à détruire un pays comme la Libye et assassiner son peuple pour couvrir une affaire de corruption et de malversation financière dans laquelle est impliqué le président d'un pays membre permanent de ce conseil, pays qui se targue des valeurs de la démocratie et de la liberté. Un autre pays membre permanent de ce conseil va jusqu'à contraindre des pays pétroliers, arabes malheureusement, à payer les factures de ses agressions et de ses interventions militaires dans mon pays la Syrie. C'est un rapport qu'on ne peut qualifier que de relation entre un corrompu fortuné et un mercenaire musclé et armé. Les choses arrivent à un point tel que des pays membres permanents veulent aujourd'hui déclencher des agressions contre des pays souverains uniquement pour couvrir leurs crises internes et les luttes de leurs propres élites politiques.
Monsieur le Président,
En Syrie, après 7 ans de guerre terroriste sale qui nous a été imposée, nous croyons que nos choix sont clairs et constituent un grand défi pour les membres de ce conseil qui ont l'obligation de s'opposer à tous ces mensonges et cette désinformation et de se confronter à cette immoralité politique vers laquelle les USA, la Grande Bretagne et la France tentent de vous tirer. Aujourd'hui, la décision vous appartient, messieurs, aujourd'hui et demain ; et soyez assurés que l'opinion publique mondiale, vos peuples et les peuples libres du monde seront les juges de l'exercice de vos responsabilités pour la victoire de la légalité internationale et la protection de la paix et la sécurité dans le monde, sa protection contre le terrorisme noir exploité par ces 3 pays membres permanents pour ébranler la stabilité des Etats et le droit de leurs peuples à l'autodétermination.
Messieurs, je vous invite à adopter le choix victorieux d'appartenir à un modèle politique universel, moral, multipolaire, qui croit aux lois internationales, au droit des nations et des peuples à déterminer leur avenir, et de rejeter les politiques d'hégémonie militaire, économique et politique.
Finalement, monsieur le Président, mon pays condamne fermement toute utilisation d'armes chimiques par qui que ce soit et dans toute circonstance, partout dans le monde et assure sa détermination à coopérer pleinement avec l'OIAC pour découvrir la vérité et exposer toutes les allégations et la désinformation exercées par certains pays occidentaux pour justifier leurs intentions belliqueuses dans le but de réaliser leurs objectifs politiques. Leur flotte se trouve en ce moment-même dans les eaux orientales de la Méditerranée et ils savent que durant cette session, ils obtiendraient un veto pour commencer leur agression.
Je dis à ces pays occidentaux, et qu'ils m'écoutent bien : vos menaces d'agression, vos manouvres, votre désinformation, vos mensonges et votre terrorisme ne nous empêcheront pas, en tant qu'Etat fondateur de cette organisation internationale, et en conformité avec sa charte et notre constitution nationale, d'exercer notre devoir et notre droit de préserver la souveraineté de notre pays et l'unité de nos territoires, et de repousser toute agression quelle que soit sa provenance. Nous ne permettrons à personne, grande ou petite soit-elle, membre permanent ou non permanent, de refaire chez nous ce qu'ils ont fait à l'Irak et à la Libye.
Merci monsieur le Président.