Crise togolaise : Les médiations internationales peuvent-elles sauver le pays ?
Le pays - Publié le: 12-10-2017 - Mise-à-jour le: 12-10-2017 - Auteur: le pays
Crise togolaise : Les médiations internationales peuvent-elles sauver le pays ?
 
Depuis que l'opposition togolaise est vent debout pour exiger le retour à la Constitution de 1992, le pays vit au rythme des marches et contre-marches. Déjà, on enregistre des morts liés à cette surchauffe de la température politique. Et au rythme où vont les choses, le pire pourrait être à venir, puisqu'aucun des deux  camps qui se font dangereusement face, n'est disposé à faire la moindre concession à l'autre. Pour l'opposition, gonflée à bloc par sa capacité inédite à mobiliser les foules pour sa cause, c'est le retour à la Constitution de 1992 ou rien. Le pouvoir, qui ne veut pas du tout en entendre parler, a jeté son dévolu sur l'organisation d'un référendum pour trancher le problème. Bref, le pays est dans l'impasse. C'est dans ce contexte que la communauté internationale  est en train d'initier de bons offices à l'effet de calmer la tempête. Et le moins que l'on puisse dire, est que ces initiatives sont nombreuses. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose. Car, on dit en Afrique, « que trop de viande ne gâte pas la sauce ».
On peut saluer la clairvoyance de l'opposition togolaise
 
Mais dans le cas d'espèce, l'on peut faire le constat que les choses sont bien mal parties en ce qui concerne en particulier la sortie de crise proposée par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la médiation projetée par la mission de l'organisation internationale de la francophonie (OIF). Et pour cause. L'opposition a balayé du revers de la main l'idée de la CEDEAO d'organiser un référendum pour trancher le problème. Et elle n'a pas tort, à l'analyse, de refuser catégoriquement de manger de ce pain-là. En effet, les référendums, sous nos tropiques, sont loin d'être des instruments de promotion de la démocratie. Ils s'apparentent le plus souvent à des mascarades tendant à renvoyer aux calendes grecques, toute possibilité d'alternance véritablement démocratique. C'est pour cette raison d'ailleurs que le référendum est le plat préféré des dictateurs qui ambitionnent de pousser leur dernier souffle de vie, scotchés à leur trône. Sassou Nguesso le Congolais y a eu recours au terme de son ultime mandat à l'effet de prolonger son bail à la présidence. Et sans surprise, il a réussi avec brio son référendum. Et les Africains épris de démocratie ne sont pas près d'oublier la phrase assassine de l'ancien président français, François Hollande, à propos de ce référendum et selon laquelle « Sassou Nguesso est libre de consulter son peuple ». Et si les Burkinabè s'étaient laissés prendre dans le piège du référendum que Blaise Compaoré leur avait proposé, nul doute que le pays n'aurait jamais connu une alternance démocratique. Bref, le référendum, en Afrique, surtout lorsqu'il est convoqué par un dictateur, n'est jamais au service de la démocratie. De ce point de vue, l'on peut saluer la clairvoyance de l'opposition togolaise pour avoir fermement signifié à la CEDEAO qu'elle pouvait aller se faire cuire un ouf avec sa proposition de référendum pour une sortie de crise au Togo. Et par cette honteuse recette, la CEDEAO vient d'apporter de l'eau au moulin de tous ceux qui la perçoivent comme une structure corporative de chefs d'Etat. Et en cela, on peut dire qu'elle est un véritable clone de l'UA (Union Africaine). Cette institution, en  effet, a rarement pris fait et cause pour les peuples d'Afrique. Elle a plutôt, très souvent, joué le jeu des dictateurs. Malheureusement, elle est aussi dans le rang des médiateurs qui ont accouru au chevet du Togo.
 
Seuls deux acteurs peuvent sauver le Togo
 
Parlant toujours de médiations internationales, l'on peut évoquer celle que projetait d'entreprendre l'OIF. On le sait déjà, l'opposition togolaise n'en veut pas. L'argument avancé est le suivant : « En réalité, ce n'est pas l'OIF que nous ne voulons pas rencontrer, c'est la personne de Aichatou Mindaoudou pour le rôle qu'elle a eu à jouer en 2016 ». Cette précision vaut son pesant d'or. Car, elle interpelle l'OIF quant au choix des hommes et des femmes qu'elle mandate pour parler en son nom. De ce point de vue, l'OIF gagnerait à être plus regardante sur la qualité morale et politique des membres qui constituent ses messieurs bons offices, si elle veut se donner toutes les chances de réussir ses missions de médiation. Et l'Afrique et le monde francophone ne manquent pas d'hommes et de femmes de ce profil. L'on peut se risquer à avancer les noms de Alpha Omar Konaré et de Abdou Diouf en guise d'illustration. Et au nombre des médiations internationales, l'on peut enfin citer celle que l'ONU est en train de mettre en place. Celle-ci est composée de 5 chefs d'Etat de la sous-région ouest-africaine. Dans les prochains jours, il se pourrait qu'ils déposent leur baluchon à Lomé. Réussiront-ils là où les autres ont échoué ? Pourvu qu'ils se gardent de ne pas appeler le chat par son nom. Qu'ils évitent de s'illustrer par des propositions enveloppées d'ambiguïtés et d'hypocrisie, qui ne feront jamais bouger les lignes dans le sens de la démocratie, la vraie. De manière générale, à propos de toutes ces médiations internationales qui se sont invitées dans la crise togolaise, l'on peut se poser la question de savoir si elles peuvent sauver le pays. Rien n'est moins sûr. Seuls deux acteurs peuvent le faire. Il y a d'abord le président togolais himself. Mais pour cela, il doit impérativement intégrer dans son logiciel, le fait qu'un homme, aussi puissant soit-il, ne peut jamais venir à bout d'un peuple debout, comme c'est le cas du peuple togolais aujourd'hui. L'autre acteur qui peut sauver le pays, c'est le peuple togolais lui-même. Mais pour cela, il doit être prêt à s'assumer jusqu'au bout. Et c'est par là que l'on reconnaît les grands peuples.

 
Rédigé par: GBICH   le: Jeudi 12 Octobre 2017
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