Un universitaire niçois condamné en appel pour aide aux immigrés
liberation.fr - Publié le: 12-09-2017 - Mise-à-jour le: 12-09-2017 - Auteur: Renaud Lecadre
Un universitaire niçois condamné en appel pour aide aux immigrés

Pierre-Alain Mannoni avait été relaxé en première instance. Un appel aux dons est lancé pour payer son amende, histoire de contester ce «délit de solidarité».

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Il ne fallait surtout pas que son dossier fasse jurisprudence. Lundi, la Cour d'appel d'Aix-en-Provence (1) a condamné Pierre-Alain Mannoni à deux mois de prison avec sursis pour «aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France». Le code pénal ne rigole pas avec ça : sur le papier, cinq ans de prison et 30 000 euros d'amende.
En octobre 2016, cet ingénieur de l'université Sophia-Antipolis, membre du CNRS, était interpellé à quatre heures du matin par des gendarmes, au volant de sa Citroën et en compagnie de trois jeunes Erythréennes. Il les avait prises en charge dans un squat occupé par des militants pour ensuite les conduire à la gare. A son domicile, les enquêteurs avaient relevé la présence de trois matelas, signe d'un précédent coup de pouce ponctuel à des migrants.
En première instance, le tribunal correctionnel de Nice l'avait relaxé purement et simplement, au nom d'une «immunité pénale» liée au contexte humanitaire de son intervention. L'article L622-4 prévoit en effet que, en cas de «danger actuel ou imminent», il peut être «nécessaire de sauvegarder la vie ou l'intégrité physique de l'étranger». En l'espèce, les premiers juges estimaient que les trois jeunes femmes, malades et blessées, «vivaient dans des conditions indignes, ne permettant pas d'assurer leur sécurité». Fallait-il les laisser dépérir sur place ? Non, estimait ce jugement, qui donc ne fera pas tache d'huile :«Pierre-Alain Mannoni était contraint de les véhiculer. Dès lors, il ne serait ni juste ni proportionné» de le condamner.
Le parquet avait illico fait appel, requérant trois mois de prison avec sursis devant la Cour. Au motif que ce prof est «un citoyen ordinaire qui ne respecte pas [la] loi en la connaissant très bien du fait de ses activités militantes», en présentant dès lors un «risque de réitération très important». Militant, le mot est lâché. «Dans sa bouche, c'est une insulte», confiait Pierre-Alain Mannoni à Libération, quelques jours avant la décision en appel. Le même argument avait servi contre Cédric Herrou, agriculteur niçois, condamné par la même Cour d'appel d'Aix pour le même motif. Car si l'aide accordée par ces passeurs est financièrement désintéressée, l'accusation voit dans la satisfaction d'une «cause militante» une sorte de retour sur investissement.
L'universitaire invoque les valeurs héritées de ses parents, celles qu'il essaie de transmettre à ses enfants. «Je ne suis pas un militant, ni membre d'une association, et je découvre la justice. Elle devrait juger selon l'esprit des lois, au lieu de poursuivre la militance», nous disait-il avant sa condamnation. Après, sur les marches du Palais, il était incrédule : «Moi, la loi, je ne la connais pas dans les détails, mais j'en connais les grands principes d'égalité et de fraternité. Aujourd'hui, ça va être un peu compliqué de l'expliquer à mes enfants.» Un appel aux dons a été lancé sur la plateforme de financement participatif GoFundMe. Le surplus récolté au-delà de ses frais judiciaires sera reversé à des associations ouvrant pour la protection de la dignité humaine. Quand aux trois jeunes Erythréennes, deux sont aujourd'hui en Allemagne, avec une demande de visa en cours ; la troisième, la plus jeune, est prise en charge dans un foyer pour mineurs à Paris.
Renaud Lecadre
Rédigé par: Forestier de Lahou   le: Mercredi 13 Septembre 2017
Le titre est incomplet. Il faudrait écrite "aide aux immigrés illégaux".