Le Juge Kényan David Maraga, un exemple à imiter en Afrique Noire.
Dr Alexis Dieth - Publié le: 11-09-2017 - Mise-à-jour le: 11-09-2017 - Auteur: Dr Alexis Dieth
Le Juge Kényan David Maraga, un exemple à imiter en Afrique Noire.
« Pour la première fois dans l'histoire de la démocratie africaine, une cour a annulé une élection présidentielle », faisait remarquer l'opposant Kényan Raila Odinga tout en soulignant que le jour de cette décision était « un jour historique pour le peuple Kényan et, par extension, pour les peuples du continent africain ». Il conviendrait donc de consacrer à cet évènement historique le temps qu'il faut, afin de retirer toutes les leçons d'une décision progressiste qui devrait faire jurisprudence en Afrique Noire.
Les dessous de la décision du juge David Maraga et de ses collègues de la Cour suprême du Kenya, (cf « La présidentielle kényane a révélé la mascarade qu'est devenue l'observation électorale en Afrique ». LeMonde. 07-09-2017, soulève dramatiquement la question de la pénurie des individus généraux, des serviteurs impartiaux de la Justice, de l'Intérêt général et du Bien commun dans nos magistratures, nos administrations et nos Etats en Afrique Noire.
La massification des sociétés par les dictatures et les partis-Etats, a conduit à l'atomisation sociale, à l'annihilation du sentiment de commune appartenance, du souci de l'intérêt général et du Bien commun. L'instrumentalisation politique de l'ethnicité par les classes politiques dans la lutte pour le pouvoir, a conduit au clivage identitaire et à la division interne de nos sociétés. Ces catastrophes successives ont brisé le nécessaire processus de formation de la citoyenneté et de construction de la Nation. Ils ont détruit l'espace public en nos Etats et empêché la formation d'individus généraux et de piliers moraux, les remparts de l'Unité et de la pérennité des Cités. La pénurie dramatique de ces piliers moraux en nos cités, la vacance du sentiment de commune appartenance, la carence du  sens de l'intérêt général et du Bien commun en nos Etats, font prédominer la loi de la jungle. Cette crise  axiologique  livre nos Etats et nos peuples aux vents contraires de l'histoire, aux appétits de domination des systèmes internationaux de pouvoir, et à ceux des Etats étrangers, dans la concurrence internationale pour la maîtrise et la possession des ressources. Cette fêlure interne gravissime nous  oblige à chercher le levier d'Archimède intérieur sur lequel nous devons nous appuyer pour réunifier nos corps sociaux, résilier le passé et inaugurer le changement politique et social tant désiré et espéré en Afrique Noire. Elle soulève les questions suivantes :
Comment parvenir à produire sur les décombres de l'anomie politique et morale de nos corps sociaux une nouvelle classe dirigeante républicaine, citoyenne et soucieuse, dans sa grande majorité de servir l'intérêt général et le Bien commun, en même temps que les intérêts catégoriels divergents de la pluralité sociale ? Comment produire une Intelligentsia capable de servir des Idées et des projets sociétaux intégrateurs et émancipateurs lorsqu'elle  s'engage en politique ? Comment produire des administrateurs et des magistrats républicains capables d'impartialité et dévoués au service de la République, de la Nation et de la Justice ? Comment créer dans nos armées nationales des officiers généraux soucieux de la Citoyenneté, de la République, de l'intégrité du territoire national et de sécurité des populations au prix de leur vie, de leurs intérêts privés et de leur confort personnels ? Comment créer en nos armées de tels officiers qui refuseraient par conviction républicaine  de se transformer en miliciens et en gardes prétoriennes d'un dictateur et d'un pouvoir prédateur ?
Les deux moyens du progrès historique d'une société sont : l'Ecole et l'Education nationale, qui transmettent la connaissance et les valeurs, l'Exemplarité des actions individuelles qui les incarnent dans la temporalité des cités, l'imitation de ces actions individuelles exemplaires par le reste de la société. C'est la voie classique de la réforme des moeurs
Sur le long terme, la transmission massive des valeurs fondamentales de la République et de la Démocratie revient à une Education Républicaine orientée programmatiquement vers la maitrise de la rationalité instrumentale et  la construction de la citoyenneté dans un objectif de construction nationale, de promotion de l'égalité et de la liberté au moyen de la modernisation économique et politique.
Mais, sur le court terme, cette production massive d'individus généraux en Afrique Noire, cette croissance géométrique du sens républicain et des aptitudes de citoyenneté se trouve dans l'imitation collective des exemples individuels qui les incarnent. L'exemple des héros est destiné à montrer aux hommes ordinaires que le levier d'Archimède, qui rend possible le changement historique, réside dans la volonté personnelle intérieure de liberté et les actions individuelles  qu'elle motive. Le rôle historique des héros et des élites charismatiques d'une société est d'incarner par leur existence et par leurs actions des valeurs et de susciter, par le bais de ces schème pratiques,  l'imitation de la part des autres membres de la cité. Cette imitation des bons modèles permet de reformer, sur le court terme, une société.
L'émancipation républicaine et démocratique des Cités africaines dépendra de la capacité des peuples, de leurs élites et de leurs dirigeants à valoriser et à imiter, de manière volontariste, les actions individuelles locales qui incarnent les valeurs de la démocratie et de la République. Le respect des droits de l'homme, le développement du sens de la République, de la citoyenneté, de l'Intérêt général et du bien commun, dépendront de la capacité des Etats à diffuser ces valeurs et à promouvoir les actions individuelles qui les réalisent concrètement dans  le vécu. (A suivre)
Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie
Rédigé par: Beugré Julien   le: Mardi 12 Septembre 2017
Ce juge devra se trouver un pays d'exil. Dès la réélection de l'ancien président, .........
Rédigé par: Koffi Desire BROU   le: Mardi 12 Septembre 2017
Ce post a tellement de sens à mon avis que je m interroge sur la portée d un tel message tant le niveau de redaction est élévé. S'il est vrai que le contenu de cette publication dénigre les tares de nombre de nos états africains, il reste à savoir combien de personnes pourront lire, comprendre et les traduire dans les faits. Je trouve que c 'est vraiment le mal de l'Afrique. J ai l 'impression que nous figeons aux extrémités de la distribution normale de nos populations, c'est à dire que peu sont les intellectuels relativement à leur population; et ces derniers en voulant s'exprimer à leur concitoyens utilisent un language que beaucoup d 'entre eux ne comprennent pas. Il faut aux intellectuels africains, plutôt que se loger dans leur estime de soi, du fait d avoir fréquenter ou appris la langue d autrui, apprennent à traduire les faits en Africain. La communication africaine est beaucoup simple, souvent avec des images, proverbes pour que le citoyen lambda puisse saisir la susbtance de l écrit ou du message véhiculé